Rideau pour la discothèque La Plage suite aux violences répétées de ses videurs
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Rideau pour la discothèque La Plage suite aux violences répétées de ses videurs

La préfecture de la Gironde ordonne ce jeudi la fermeture pour deux semaines de La Plage, à Bordeaux, « en raison d’atteintes répétées à l’ordre public ». L’arrêté est fondé sur un rapport pas piqué des hannetons, faisant état de 54 plaintes pour des violences de videurs de la discothèque, dont 42 ayant entraîné des interruptions temporaires de travail.

La goutte de vodka ayant fait déborder le cocktail a-t-elle été la plainte d’un étudiant de 21 ans suite à une double fracture de la mâchoire et une dent cassée à l’issue d’une soirée dans la boite du quai de Paludate, la semaine dernière ? Le jeune homme avait accusé le service de sécurité, entraînant en retour une plainte pour diffamation du patron de l’établissement, Patrick Lalanne.

Selon la préfecture, la fermeture temporaire de La Plage s’appuie en fait sur un rapport de la Direction départementale de la sécurité publique de la Gironde, datant du 14 mars dernier, ne laisse guère place au doute sur la réalité des violences à la Plage. Il « fait état d’un nombre important de plaintes déposées par des clients de l’établissement ; d’actes de violence, parfois graves, mettant en cause le service de sécurité de la Plage ayant entraîné des dommages corporels et matériels ; d’utilisation d’armes sur la voie publique sans autorisation ».

Depuis le 1er janvier 2017, ses videurs sont mis en cause par 54 plaintes, contre 25 pour des faits similaires dans les 26 autres établissements de l’agglomération bordelaise sur la même période ! En gros, il y a une bagarre violente impliquant des agents de sécurité par an dans les autres boîtes, et une par semaine à La Plage – qui est, il est, vrai une des plus grandes d’Europe en centre ville.

Gare aux gorilles

Mais c’est surtout la gravité des faits qui surprend. Dans 42 procédures, les plaignants ont présenté des interruptions temporaires de travail (ITT) : de 10 jours pour deux jeunes femmes évacuées de la boîte, jetées au sol et battues après avoir refusé « de réaliser un acte de nature sexuelle » à la demande du DJ ; de 21 jours pour un père frappé à coup de poing par les videurs alors qu’il voulait récupérer son fils « qui tournait mal » ; de 35 jours pour une personne assommée après qu’on lui ait refusé l’entrée au simple motif qu’elle protestait pacifiquement ; de 50 jours pour un client victime d’une fracture du poignet et du nez causées par les agents de sécurité, suite à un différend avec un autre client…

Sous les pavés, la Plage (SB/Rue89 Bordeaux)

Or sauf dans le cas de la légitime défense, « les acteurs de la sécurité privée ne doivent jamais user de violences, même légère », selon le code de la sécurité intérieure. Ils doivent se comporter « en toutes circonstances de manière respectueuse et digne envers le public », et n’ont pas à relever l’identité des clients, leur confisquer leur téléphone portable ou user de gaz lacrymogène. Ce qui a été dénoncé à plusieurs reprises.

Pour la direction de la sécurité publique, qui a confronté la version des plaignants avec celle de l’établissement et aux vidéo des caméras de surveillance, le constat est sans appel :

« Les agents de sécurité de la discothèque La Plage ont commis de nombreuses fautes dans l’exercice des fonctions de surveillance et de sécurité, ont violé de manière répétée le code de déontologie des personnes physiques ou morales exerçant des activités privées de sécurité, ont fait usage de droits et de prérogatives sans disposer ni de la qualité ni des autorisations le permettant et on blessé, parfois gravement, des clients de l’établissement en dehors de tout cas de légitime défense d’elle-même ou d’autrui. »

Une sanction à rendre jaloux les zadistes

Le rapport estime par ailleurs que, malgré six licenciements opérés en 2014 et 2015 par la société Plage Audit Conseil Sécurité pour des faits de violence, « le choix de M. Patrick Lalanne de recourir exclusivement à cette société pour assurer la sécurité au sein de son établissement permet de craindre la réitération de faits similaires ». Précisons ici que ce prestataire est géré par une certaine Pauline Lalanne….

15 jours de fermeture pour des faits d’une telle nature, la décision pourrait surprendre plus d’un zadiste trainé en justice. Certains considérant que l’arrêté relève de ce qu’on peut qualifier de mansuétude. Patrick Lalanne et son avocate ont, lors de leur audition, fait valoir que « le public de la nuit a évolué en 20 ans, avec l’usage de drogues qui accroissent l’agressivité » et que « toutes les plaintes jugées (contre les agents de sécurité, NDLR) ont été classées sans suite ».

Ils ont aussi souligné que « la diminution du nombre de discothèque fait peser une responsabilité, bien plus importante qu’avant, sur les agents de sécurité de La Plage ». Mais aussi que « la sécurisation de l’espace public a été abandonnée par les pouvoirs publics, et qu’il existe un transfert de responsabilité, de fait, vers les gérants des discothèques implantées sur le quai de Paludate ».

Son patron est d’ailleurs considéré comme un interlocuteur fiable par les autorités locales, et par le directeur de l’aménageur Bordeaux Euratlantique, avec lequel Patrick Lalanne prépare la création de nouveaux établissements nocturnes dans le quartier. Ce dernier a récemment menacé de renoncer à ses projets si la fermeture de La Plage était décrétée. Il a aussi joué de l’argument économique devant la direction de la sécurité :

« Une fermeture aurait des conséquences financières et sociales importantes tant pour les salariés que pour les fournisseurs mais aussi pour les clubs sportifs qui bénéficient du mécénat de la discothèque La Plage », dont l’Union Bordeaux-Bègles.

Bref, une solidarité improbable entre videurs, police et rugbyman.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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