Avant l’effondrement, un Bordelais crée un générateur d’excuses à nos enfants
Ecologie  Numérique 

Avant l’effondrement, un Bordelais crée un générateur d’excuses à nos enfants

Pour expliquer aux générations futures pourquoi nous n’avons pas réussi à stopper la crise écologique, le site internet Sorry Children, imaginé par Grégory Poinsenet et ses acolytes, propose des dizaines d’excuses plus ou moins recevables, et des pistes d’actions.

Que dire à nos enfants sur notre lit de mort ? Faudra-t-il s’excuser auprès de nos rejetons de n’avoir rien fait, ou si peu, alors que tous les signaux sont au rouge ?  Comme l’affirment les prévisions de plus en plus pessimistes des scientifiques, dans moins de 50 ans, la moitié des espèces vivantes aura en effet disparu du globe, et l’élévation de la température moyenne changera radicalement les conditions de vie sur Terre.

Nous n’aurons alors plus que nos yeux pour pleurer, affirme Grégory Poinsenet. Cet ancien salarié de la Fondation Nicolas Hulot, puis fondateur de Whybook, une plateforme internet d’interpellation des décideurs, vient donc de lancer Sorry Children (pardon les enfants, en bon français), un générateur d’excuses à destination des générations futures.

J’avais piscine

Le fonctionnement est simple : on clique sur ce que l’on estime être son degré d’engagement actuel, et des dizaines d’excuses plus ou moins valables sont proposées. Exemples :

« Je n’ai rien fait parce que : Je n’ai pas eu le temps, il y avait une super série sur Netflix ; Le point de non-retour était déjà atteint ; Je ne savais pas ; Je pensais que l’écologie était une mode propagée par les bobos hipsters »…

Ou encore :

« Je n’ai pas fait tout ce que j’ai pu parce que : J’aimais trop la bidoche ; J’aimais trop voyager ; J’ai passé mon temps à m’occuper de vous et vous amener à l’école ; On ne pouvait rien faire contre les lobbies », etc.

Cliquer sur « J’ai fait tout ce que j’ai pu » vous renvoie automatiquement un « Etes-vous bien sûr ? » et vous propose de consulter la page Agir du site. « Plutôt que de s’excuser demain », celle-ci suggère une variété de solutions, la plus exhaustive possible, pour s’engager, des façons de s’informer au militantisme dans une zad, en passant par les gestes du quotidien.

Electrochoc émotionnel

Car derrière l’ironie et le second degré visant les boubours ou les biobios fans de voyages en low-cost, c’est bien là où veut en venir Grégory Poinsenet et ses associés. Leur société MoOt-Points tente de faire coopérer les entreprises et la société civile.

« Mais on s’est dit qu’il manquait une étape avant pour qu’elles comprennent l’urgence d’agir et de coopérer vraiment, pour atténuer l’effondrement et reconstruire. On a développé l’offre « électrochoc », qui présente les données environnementales les plus fiables et des pistes d’action pour les entreprises. On parle de stratégie d’entreprises, mais il fallait quelque chose pour toucher intimement les gens, et créer un choc de responsabilité par rapport à leurs enfants. Rien n’est jamais totalement altruiste. Moi-même j’agis car je ne veux pas me retrouver dans la situation de devoir m’excuser auprès de mon fils, ou que celui-ci soit contraint de ne pas avoir d’enfant. »

Sorry Children est la version grand public de ce travail mené auprès des entreprises, pour les sensibiliser à l' »effondrement ». Ce concept fort est développé notamment par l’historien et anthropologue Jared Diamond, ou encore l’ingénieur agronome Pablo Servigne, qui a travaillé sur Sorry Children.

« D’après Servigne, le mot « effondrement » explose différemment dans la tête des gens, explique Grégory Poinsenet.  Cela ne veut pas dire la fin de tout, ou celle de l’humanité, mais de notre modèle de société globalisée et hyperconnectée, fondée sur l’énergie fossile et l’exploitation de tous les stocks finis de matières premières. Telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, notre civilisation est amenée à disparaitre.On peut faire aujourd’hui en sorte que ce soit plus ou moins brutal. Si l’augmentation de la température est de 10° par rapport au XIXe siècle, c’est sans doute la fin de l’humanité. Si celle-ci se limite à 2°, on pourra reconstruire des sociétés humaines très différentes. L’espoir et le sens sont là : diminuer les souffrances de nos enfants, que nous avons mis sur Terre et qui n’ont rien demandé. »

Temps de cerveau disponible

Alors que les connaissances et les solutions sont sur la table,il s’agit désormais, poursuit Grégory Poinsenet, de toucher nos cerveaux :

« Selon l’écopsychologue Jean-Pierre Le Danff, qui a bossé avec Nicolas Hulot sur le pacte écologique, puis avec nous, des biais cognitifs nous bloquent. La dissonance cognitive, par exemple, est un état de tension causé par le fait que les informations qui nous arrivent sont tellement en contradiction avec notre comportement que notre cerveau produit de manière naturelle des mécanismes pour nous rassurer : le déni, la colère, l’inaction, l’apathie… C’est normal, mais il faut arriver à dépasser cela. »

Grégory Poinsenet, créateur de Sorry Children (SB/Rue89 Bordeaux)

C’est là qu’intervient aux yeux de Grégory Poinsenet un autre mécanisme psychologique précieux : l’interaction spéculaire, une forme de mimétisme.

« Tu vas faire quelque chose si tu penses que les autres vont le faire aussi. Aux citoyens, aux associations, aux entreprises d’agir, car on ne peut plus se contenter d’attendre que les politiques agissent les premiers. Il suffit de voir le bilan de ce gouvernement, malgré la présence de Nicolas Hulot en son sein. Bien sûr qu’il faut voter et faire de la politique, mais la politique en tant qu’organisation de l’intérêt général ne se fait plus dans le système politique actuel, même dans nos démocraties. »

Le Bordelais cite l’exemple de Philips, qui vise la neutralité carbone pour 2020, et rêve qu’une boîte comme MacDo annonce l’abandon de la viande d’ici 3 ans. Il y a du pain sur la planche.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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