A Bordeaux, les coursiers à vélo toujours pas crevés
Société 

A Bordeaux, les coursiers à vélo toujours pas crevés

Ce mardi, les coursiers à vélo de Bordeaux ont montré qu’ils attendent du changement sur leur statut toujours précaire. Ils ont manifesté devant le local de Deliveroo et rencontré un député en charge d’un amendement qu’ils jugent favorable aux plateformes.

Ils sont une trentaine à occuper la voie avec leurs vélos, rue des Ayres, dans le centre de Bordeaux. Même s’ « il y a beaucoup de râleurs mais tous ne viennent pas… » s’agace Nicolas surnommé « Paf ». Sur le dos, ils portent les sacs Deliveroo et leurs colères. Ils seraient plus de 700 à rouler (plus ou moins souvent) pour cette plateforme numérique de livraison de repas à domicile. Et donc autant à voir que leur contrat est en train de changer.

Jusqu’alors la livraison leur rapportait 5 euros – qu’importe la distance. Désormais, la direction promet un tarif « plus équitable, basé sur la distance » selon des documents internes que Rue89 Bordeaux a pu consulter. Deux euros rétribuent la prise de commande, un euro valorise la livraison, et s’ajoute un montant variable selon la distance (1,75 euros minimum) soit un minimum assuré de 4,75 euros.

Les premiers contrats signés par quelques-uns ne mentionnent qu’un « prix forfaitaire global (…) pour chaque livraison effectuée ».

« Mises aux enchères »

Une perte semble donc actée d’autant que les coursiers affirment ne pas savoir les critères qui feront varier le montant « distance ». Pierre, livreur depuis plus de trois ans, parle de mises aux enchères des courses.

« On n’a pas la main sur le prix, on a rien contractuellement. Pour une course, la distance et le prix sont affichés. On peut juste accepter ou refuser. Et si on refuse, on peut justifier s’il y a trop d’attente ou si c’est trop loin ou s’il y a des travaux sur la route. Mais on ne peut pas dire que ce n’est pas assez payé. »

Car en bossant 40 heures par semaine, Pierre arrive à se faire entre 1500 et 2000 euros de revenus mensuels après avoir retiré les charges comptables mais sans se payer de congés puisque sous le statut des indépendants auto-entrepreneurs. Le document interne de la direction affirme pourtant :

« Votre chiffre d’affaires sera le même que précédemment, voire même plus élevé. Si ce n’est pas le cas, nous vous paierons la différence. »

« Toujours plus loin »

Pas de quoi rassurer Pierre ni son camarade coursier Nicolas « Paf » qui se lance dans une métaphore arboricole :

« Le restau est une scierie, le client une forêt et nous sommes les bucherons. Nous consommons les premiers arbres qui ne repoussent pas, ne nous rappellent pas forcément car les plats arrivent en vrac, pas assez chaud… Donc, on est obligé d’aller chercher des arbres plus loin, toujours plus loin.. »

La suite est simple : des distances plus longues produiront des livraisons toujours plus froides et donc des déçus ce qui engendrera des distances encore plus longues à couvrir pour tenir son chiffre d’affaires (jamais les coursiers ne parlent de salaires) ou alors voir celui-ci irrémédiablement baisser.

« Deliveroo veut proposer des contrats où le prix de la prestation n’est contraint d’aucun mesure. Ils capitalisent sur l’anarchie de l’uberisation » conclue-t-il.

Manifestation des Deliveroo devant le local à Bordeaux (XR/Rue89 Bordeaux)

Ces modifications régulières des tarifications et le risque de voir disparaitre sa plateforme (comme ce fut le cas avec Take Eat Easy ou récemment Fetch) contraignent les coursiers à s’inscrire dans plusieurs (voire toutes) les sites existants (Deliveroo, Foodora, Uber Eats, Stuart, pour Bordeaux).

Désormais organisés à travers plusieurs collectifs (le Clap étant le principal, à Paris) et syndicats (CGT, Sud et CNT), les livreurs à vélo comptent mobiliser dans la rue, sur les réseaux sociaux et… auprès des autorités. Ce mardi, alors que ses camarades manifestaient dans la rue, le secrétaire du syndicat CGT des coursiers à vélo plaidaient sa cause auprès du député de la majorité présidentielle Aurélien Taché.

Peur de la requalification

L’élu a inséré un amendement dans le projet de loi sur l’avenir professionnel qui propose aux plateformes d’établir une charte « déterminant les conditions et modalités d’exercice de sa responsabilité sociale, définissant ses droits et obligations ainsi que ceux des travailleurs avec lesquels elles sont en relation ». L’idée peut paraître bienveillante sauf que le député motive ce document pour que les éléments qui y sont exposés « ne constituent pas des indices de requalification de la relation contractuelle en relation de travail salarié ».

« La requalification c’est la seule chose qui leur fait peur, aux plateformes » analyse Arthur Hay.

Le secrétaire des CGT coursiers à vélo, ex-Deliveroo et co-fondateur de la coopérative bordelaise Les Coursiers Bordelais regrette en plus que la concertation pour établir cet amendement n’avait été faite jusqu’alors qu’avec les plateformes.

« Il dit vouloir faire des choses mais il a commencé en donnant clairement son appui aux plateformes. Ce serait le début d’une longue liste des avancées à venir. Si c’est un début il n’est clairement pas en faveur des coursiers… »

Pour le député, après cette réunion, il affirme que son amendement « rend possible la nécessaire construction d’un espace de dialogue social ».

Si pour les coursiers Pierre et Nicolas, les victoires sociales seraient très maigres voire inexistantes dans le milieu des coursiers. Arthur Hay se montre plus optimiste saluant les dernières mobilisations de juillet (ce mardi mais aussi durant la Coupe du Monde de football) qui ne sont pas issues des organisations existantes mais de coursiers autonomes et volontaires (puis soutenus par les organisations).

« C’est amusant, ils ont proposé de remettre le contrat qu’ils souhaitent voir à l’œuvre. Dommage que personne ne leur ait répondu… Mais si on revient une ou plusieurs fois, ils vont bien finir par nous ouvrir. A l’inverse d’il y a un an, les gens ont visiblement un peu plus envie de se battre de l’intérieur. »

L'AUTEUR
Xavier Ridon
Xavier Ridon
Rémois, devenu journaliste à Tours, installé à Bordeaux. Bref, file vers le Sud avec un micro et un stylo.

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