Évacuation des squats à Bègles : interpellations et obligations de quitter le territoire
Société 

Évacuation des squats à Bègles : interpellations et obligations de quitter le territoire

actualisé le 01/08/2018 à 10h17 : Réaction d'Aude Saldana-Cazenave, coordinatrice régionale de Médecins du Monde

Soixante-dix personnes, des Albanais, Bulgares et Kosovars, ont été évacuées par les forces de l’ordre de deux squats situés à Bègles. Trois d’entre elles ont été interpellées pour une affaire judiciaire et celles en situation irrégulière « auront vocation à quitter le territoire français » a fait savoir la Préfecture.

L’évacuation a eu lieu ce mardi matin à 6 heures. Les forces de l’ordre ont procédé, suite à une décision de justice, à l’évacuation de deux squats situés 166 et 170 rue Alexis Labro à Bègles occupés par environ 70 ressortissants bulgares, albanais et kosovars, « essentiellement des hommes seuls » précise la préfecture de la Gironde.

Les lieux sont les anciens locaux de pôle emploi et de l’ancien Lidl, appartenant à la Fab Bordeaux-Métropole et au groupe Pichet. Aussitôt rendus à leurs propriétaires, des travaux de démolition ont été engagés.

Interpellations

Selon la préfecture, les opérations se sont déroulées dans le calme, en présence des services de la direction départementale de la sécurité publique (DDSP), de la police aux frontières (PAF), de la direction départementale de la cohésion sociale (DDCS). Dans un communiqué, celle-ci déclare :

« Les quatre familles avec enfants présentes sur les lieux au moment de l’évacuation se sont vues proposer une solution d’hébergement temporaire. Deux l’ont acceptées. Aucune famille ne présentait les critères lui permettant de bénéficier d’un accompagnement social au titre de la Maîtrise d’œuvre urbaine et sociale (MOUS).

La situation administrative des personnes qui n’étaient pas en capacité de justifier de la régularité de leur séjour a été examinée au commissariat central de Bordeaux. Trois personnes ont été interpellées pour une affaire judiciaire pour des faits commis en Dordogne. Les personnes en situation irrégulière auront vocation à quitter le territoire français. »

« Retournez dans votre pays »

Les personnes évacuées ont pu quitter les lieux avec leurs affaires personnelles affirme la préfecture. Pourtant, selon Brigitte Benayoune, infirmière bénévole pour l’aide des personnes à la rue, « les occupants ont eu l’impression qu’on les a roulés dans la farine » :

« La police leur a demandé de laisser leurs affaires personnelles dans les caravanes, de fermer celles-ci, leur promettant de pouvoir revenir plus tard récupérer les affaires et la caravane. Les bulldozers ont commencé par détruire les bâtiments et ensuite les caravanes avec tout ce qu’il y a dedans. »

Des faits confirmés par Aude Saldana-Cazenave, coordinatrice régionale de Médecins du Monde, qui évoque « une expulsion inutile et contre-productive […] réalisée sans diagnostic social préalable » :

« Des expulsions qui rendent malades par l’indignité de traitement, […] indignité et honte de détruire les affaires personnelles, les papiers d’identité, même les biberons ont été écrasés : les forces de police ont demandé aux personnes de fermer leurs caravanes à clé et de sortir. Ces personnes ont vu leur caravane et leur quelques pauvres biens être détruits devant eux, devant les enfants, quelle violence pour des enfants scolarisés avec nos enfants… »

Un post sur la page Facebook du collectif Réfugiés 33 accuse les forces de l’ordre d’avoir « interdit aux familles avec des enfants en bas âge de prendre dans leur caravane leurs biberons de lait pour nourrir leurs enfants » et d’avoir « déchiré la plupart des passeports des personnes albanaises ». Réfugiés 33 affirme par ailleurs que des membres des forces de l’ordre ont proféré : « Retournez tous dans votre pays, on ne veut pas de vous ici. »

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication

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