Moi, nudiste, arrêté par les gendarmes pour exhibition sur le Bassin d’Arcachon
Témoignage 

Moi, nudiste, arrêté par les gendarmes pour exhibition sur le Bassin d’Arcachon

Bordelais de 61 ans, Jean (le prénom a été changé) aime bien se baigner et bronzer nu. Mais sa méconnaissance de la législation française, qui ne tolère le naturisme qu’en certains endroits bien définis, l’a mené de la plage de Lanton au poste de gendarmerie d’Andernos. Résultat : un fichage pour exhibitionnisme, et la menace d’être condamné à un an de prison et 15000 euros d’amende.

Depuis que je suis né, il y a 61 ans à Arcachon, j’ai l’habitude de me baigner nu. Je vais sur les plages de Montalivet, de la Jenny, de Biscarosse et toutes les plages de France… Pour moi, le littoral était naturiste, avec une convention selon laquelle les plages centrales seraient dédiées aux « textiles » et les nudistes tolérés plus loin, sur les côtés. En tout cas, j’ai toujours vu ça. Je ne connaissais pas la loi française, et il a fallu que je me fasse interpeller pour l’apprendre !

Jeudi dernier (9 août, NDLR), je vais me baigner sur une plage de Lanton, sur le Bassin d’Arcachon, que les gens du coin appellent le trou d’eau. J’aime bien cet endroit car il est tranquille, j’y vais 4 ou 5 fois par an depuis 15 ans. Le bassin est réservé aux textiles, mais je me pose à l’écart. Il y a des pierres et des arbustes qui cachent bien la vue, et je mets un parasol sur le côté pour ne pas être à la vue des gens. Ce jour-là, vers 17h, il n’y a pas un chat sur la plage.

En sortant de l’eau, à 100 mètres de moi, je vois quelqu’un m’interpeller en me faisant des grands signes. Je retourne m’allonger sur ma serviette. Et là, je vois arriver un policier municipal de Lanton qui me dit qu’il est interdit d’être nu sur la plage. Je lui dis que je ne suis pas au courant, et lui fais remarquer qu’il n’y a pas de panneau à cet endroit.

Menotté devant 50 personnes

Il commence à me tutoyer, je lui demande de quel droit. Il me dit que les gens « qui font ça » le dégoutent ; une famille se serait plainte auprès de lui d’un nudiste jouant à cache-cache sur la plage avec des petits garçons et des petites filles. Puis me lance que si je le prends « comme ça », il appelle la gendarmerie. Ce qu’il fait, me demandant alors de me rhabiller. J’obtempère, tandis que le policier reste à côté de moi pour me surveiller en attendant que les gendarmes arrivent d’Andernos.

Ceux-ci décident alors de m’embarquer au poste. Sur le parking, devant 50 personnes, ils me passent les menottes dans le dos, comme si j’avais tué ou volé, alors que mon seul tort est d’avoir bronzé les fesses à l’air ! Ils me disent qu’ils y sont obligés, que c’est la procédure. Ils me font monter dans leur véhicule. Le conducteur, un jeune gendarme avec des lunettes de soleil, se met à rouler comme un fou, le gyrophare allumé, en doublant toutes les voitures pour faire 15 kilomètres.

A la gendarmerie d’Andernos, on me malmène un peu, on me retire violemment ma casquette et mes lunettes et on me laisse les menottes. J’apprends alors qu’ils sont à la recherche d’une personne qui fait de l’exhibitionnisme sur Biganos. Après avoir vérifié auprès de la brigade de cette commune l’identité de cet exhibitionniste, et vérifié qu’il ne s’agissait pas de moi, ils me soumettent à un interrogatoire en règle, me demandant même si j’ai des accointances politiques !

ADN et code napoléonien

Finalement, ils me prennent en photo sous tous les angles, prélèvent mon ADN et mes empreintes digitales. C’est, me disent-ils, la procédure (en cas de délit d’exhibition sexuelle, NDLR), un peu lourde pour quelqu’un qui n’a rien à se reprocher, à part d’avoir été vu se baigner à poil. Une gendarmette me dit : « J’ai des enfants, j’aimerais pas qu’ils voient une personne comme vous nue ». Je lui réponds qu’on est en 2018, pas en 1900, et qu’entretemps personne n’est allé interpeller Brigitte Bardot quand elle se baignait nue à la Madrague ! On n’arrête pas non plus les femmes qui font du topless.

Deux heures et demi plus tard, après m’avoir fait signer des papiers, ils m’ont laissé libre de partir. Mais j’ai du faire du stop et prendre trois voitures différentes pour retrouver ma voiture. La dernière personne à m’avoir accepté dans son véhicule était un Allemand, totalement scandalisé par ce qui m’était arrivé. En Belgique ou en Allemagne, les lois distinguent en effet la nudité et l’exhibitionnisme intentionnel. Or moi, il fallait vraiment le vouloir pour me mater à 150 mètres de distance.

En France, notre code pénal date de Napoléon (l’article 330 sur l’ « outrage à la pudeur », datant de 1810 est devenu l’article 222-32 du Code Pénal de 1994, punissant « l’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible aux regards du public » d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende, NDLR). Toute personne prise en état de nudité, même non intentionnelle, et même à son domicile si elle est visible depuis l’extérieur, peut être taxée d’exhibitionniste. Sauf pour le naturisme dans des lieux spécialement aménagés à cet effet.

Aujourd’hui l’affaire est dans les mains de la justice et j’espère que le procureur de la République va classer sans suite. Ce qui m’inquiète c’est que dans un premier temps je suis fiché comme exhibitionniste, et que je ne pourrai peut-être pas me déplacer librement dans certains pays.

Je mets en garde les naturistes : toutes les plages nous sont interdites, sauf celles où on nous parque. Et je lance un appel pour que la loi soit changée et qu’on fasse la différence entre le naturiste et l’exhibitionniste, synonyme d’être pervers et mal dans sa peau.

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