Après la démission d’Hulot, de nouvelles voix pour les écolos à Bordeaux
Ecologie 

Après la démission d’Hulot, de nouvelles voix pour les écolos à Bordeaux

actualisé le 19/09/2018 à 21h37

Près de 2000 personnes ont annoncé leur participation à la Marche pour le climat, ce samedi à Bordeaux. Trois jeunes Bordelaises jusqu’ici non engagées sont à l’origine de cette initiative, lancée après l' »électrochoc » de la démission du gouvernement de Nicolas Hulot. Ce geste plane aussi sur le festival Climax, qui a démarré ce jeudi à Bordeaux, avec un débat sur la nature et les cibles des actions à mener. 

« Je suis l’actualité environnementale depuis longtemps, je m’inquiétais des cris d’alerte des scientifiques, explique Emma Dugain. Mais quand Nicolas Hulot a décidé de quitter le gouvernement, cela a fait un déclic. Je me suis dit que je n’allais pas rester les bras ballants, à avoir peur dans mon coin. »

Alors cette jeune éditrice freelance lance sur Facebook un appel à marcher pour le climat, pour « adresser un message au gouvernement » :

« Je ne voyais pas trop quoi faire d’autre. Comme beaucoup de gens je fais attention à ma façon de consommer, de voyager, de me déplacer. Je donne de l’argent à des associations. Mais ces petits gestes paraissent insuffisants face à l’urgence. J’ai un garçon qui a 6 ans, et j’ai la trouille pour lui. Et c’est pas dans 10 ans qu’il faut agir, c’est tout de suite, le compte à rebours est lancé. »

Marche ou crève

Emma ne réalise pas que la date choisie – le 8 septembre – est une journée mondiale d’action, ni que des marches similaires sont annoncées à Paris et à Bordeaux. Trentenaires bordelaises salariées d’un site de e-commerce, Anne-Charlotte Lambert et Charlotte Plaisance ont en effet la même idée, et pour les mêmes motifs, raconte la seconde :

« On n’est clairement pas engagées au sens strict, on essaye de faire des choses à notre niveau. Mais les nombreuses études scientifiques qui sortent montrent que ce n’est plus seulement l’avenir de nos enfants qui est en jeu, c’est le notre. Or en disant clairement son incapacité à agir dans un gouvernement, Nicolas Hulot a été un déclencheur. Nous voulons monter de de montrer qu’il y a une vraie conscience collective et qu’on en a ras-le-bol de l’inaction, et de n’entendre parler que du poids des lobbies. »

Vendredi dernier, les deux jeunes femmes lancent leur page et voient alors après coup « ce que signifiaient la journée 8 septembre avec les actions recensées par l’ONG 350.org, et qu’une marche venait d’être annoncée à Paris. On s’est alors dit qu’il fallait clairement y aller, et on a rapidement collecté plus de 1000 intérêts. »

Pour une coalition climat

Les deux pages bordelaises, qui appellent à un rassemblement à partir de midi pour un pique-nique au Miroir d’eau, et un départ de la Marche à 13h, ont à cette heure intéressé plus de 7000 personnes, près de 2000 déclarant leur volonté de participer. Surtout, pour veiller au bon déroulement de leur action, les organisatrices se sont rapprochées de militants écolos chevronnés, comme ceux de Greenpeace, et de Darwin, où doit arriver la Marche à l’occasion du festival Climax. Mais pour quoi faire ensuite ?

« Certains sont sceptiques, reconnaît Emma Dugain. Je pense que cela permet de rencontrer des acteurs mobilisés, pour savoir comment les aider ensuite, et de rassembler les forces alors qu’il y a plein d’associations qui œuvrent chacun de leur coté. »

Lors du festival Climax au Rocher de Palmer, le 6 septembre 2018 (SB/Rue89 Bordeaux)

Charlotte Plaisance indique que « des prises de parole de citoyens » auront lieu samedi et que des « groupes de parole et des prises de contact » seront prévues à l’issue de la marche. Elle espère en tous cas donner une issue concrète à cet évènement :

« Tisser quelque chose à l’échelle de Bordeaux ce serait déjà énorme, comme une Coalition climat que l’ont pourrait échafauder avec l’aide de 350.org. »

Arrache toi de là t’es pas de ma bande

Mais certains ironisent sur l’ampleur réelle de a prise de conscience, comme le maire adjoint de la rive droite, Jérôme Siri, écrivant sur Facebook : les personnes intéressées « se disent que si le dérèglement climatique permet d’avoir 35°C à la plage ce we, alors iront bronzer ».

Dubitatif sur l’engagement des futurs marcheurs, le collectif « On vaut mieux que ça Bordeaux » a quant à lui lancé une invitation à une « Marche NRV pour le climat » :

« Nous ne nous imaginons pas écologistes sans être anti-capitalistes, anarchistes, autonomes, zadistes, squateurs et squateuses, libertaires, saboteurs et saboteuses, révolutionnaires et activistes… (…) Les évènements écologistes sont systématiquement sabordés par des naïfs et naïves de tous poils : individualistes, colibris, égologistes, « consom’acteurs », réformistes, green washeurs, « capitalistes verts » et autres start-uper bio’… et nous avons pour habitude de ne pas y mettre les pieds. Pourtant ce sont ceux et celles-là mêmes que l’on regarde et assimile aux « écolos ». (…) Bien sûr, nous ne les avons jamais rencontré sur les foyers de lutte loin du confort urbain : les Zad, les trouées routières faites par Vinci, les centrales nucléaires, les abattoirs, les tribunaux… Nous pensons que nous ne devons pas leur laisser tout le terrain dans nos villes, il nous faut aussi faire entendre un autre son de cloche et à l’occasion les secouer un peu. »

L’initiative inquiète les organisatrices de la marche, qu’elles veulent « apolitique, pacifique et familiale », et pour laquelle leur responsabilité est engagée auprès de la préfecture. Si un échange direct entre les parties a permis de calmer le jeu, avec la volonté commune de présenter une « unité citoyenne » sur le sujet, le débat illustre cependant une question de fond : celle du débat sur la nature des actions à mener, et de l’impuissance des formes traditionnelles d’action politique à faire bouger les choses.

Remobiliser le public

Pour Darwin, organisateur du festival Climax qui a démarré ce jeudi, et se poursuit jusqu’à dimanche à la Caserne Niel, il s’agit d’attirer l’attention du plus grand monde, et de discuter avec toutes les parties prenantes. D’où un partenariat avec le Conseil des vins de Bordeaux (CIVB) autour d’une œuvre d’art sur le bâtiment sur ce dernier, qui a relancé les accusations de « greenwashing » (lire encadré ci-dessous).

Tentacules des artistes Les artistes contemporains Pete Hamilton et Luke Egan sur l’immeuble du CIVB (SB/Rue89 Bordeaux)

Et l’interrogation sur les formes de l' »éco-mobilisation » traverse les participants au festival Climax en ce « moment historique », comme l’explique un de ses organisateurs, Jean-Marc Gancille :

« Les déclarations de Nicolas Hulot ont provoqué un électrochoc, mais aussi exprimé une tragique forme d’impuissance dont chacun craint qu’elle n’aboutisse à de la résignation. Chaque intervenant essaie donc de faire en sorte que le public ne soit pas démobilisé ».

Ce jeudi au Rocher de Palmer, à Cenon, lors d’une table-ronde sur les réfugiés climatiques, Cécile Duflot, désormais à la tête de l’ONG Oxfam France, a ainsi expliqué qu’agir localement – pour faire fermer les 38 centrales à charbon encore en activité en France, ou pousser à l’augmentation de l’aide au développement, encore très insuffisante -, pouvait aider les populations du Sud à prévenir le réchauffement global, ou s’adapter à ses conséquences (95% des déplacés restant dans leur propre pays).

« C’est la première fois que nous sommes confrontés à des enjeux de Terriens, et on a du mal à conceptualiser ça, d’autant que les décisions prises par les COP (conférences internationales sur le climat, NDLR) n’ont pas d’effets immédiats, estime l’ancienne ministre.  Mais nous avons la capacité cognitive de penser ce qui nous arrive et les solutions techniques pour faire face au réchauffement climatique et aux crises écologiques. C’est un problème de volonté au plus haut niveau de grande transformation politique qui n’est pas là comme l’a dit Nicolas Hulot. »

Barbarie intérieure

Pour l’ex-patronne des Verts français, il faut donc « un sursaut citoyen » à tous les niveaux, bien que la confiance de ceux-ci en leurs dirigeants et dans le système soit sérieusement entamée. A l’image de Cécile Duflot qui a mis fin à sa carrière politique, Emma Dugain et Charlotte Plaisance privilégient aussi l’engagement associatif.

Au Rocher de Palmer, lors d’une présentation de la primatologue Sabrina Krieff à Climax (SB/Rue89 Bordeaux)

D’autres ont au contraire renoncé à voter ou sont séduits par les populismes, relève à Climax le philosophe Patrick Viveret, qui appelle à lutter contre « la barbarie intérieure » :

« Le vrai problème, c’est la ruine spirituelle et morale. Les votes pour Trump, Orban ou Le Pen sont la conséquence de l’absence de sens et de reconnaissance, que le système marchand est incapable d’offrir aux exclus et aux perdants. Ils seront à l’écoute de n’importe quel démagogue capable de leur en donner, qu’il s’agisse du djihadisme, du Rassemblement national ou de la Ligue du Nord. Cela rend les mobilisations des formes de vie autour de l’entraide, de la coopération, de la joie de vivre d’autant plus essentielle. »

Pourvu que celles-ci soient au rendez-vous samedi entre le Miroir d’eau et la Caserne Niel.

Tentacules vertes et « greenwashing » ?

Étrange scène ce mardi au siège du CIVB (le conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux). Invités pour une table-ronde intitulée Viticulture et biodiversité, le public invité a finalement eu droit à de courtes écouter interventions de quatre intervenants – deux représentants du CIVB, le vigneron Philippe Bardet et le négociant Benoit Calvet, Madina Querre, anthropologue et fondatrice du Biotope festival à Saint-Emilion, et Vincent Lassalle Saint-Jean, l’un des responsables de Darwin.

L’objectif était en effet surtout d’expliquer les raisons du partenariat conclu entre le CIVB et le festival Climax autour des tentacules jaillissant du bâtiment, signé des artistes contemporains britanniques Pete Hamilton et Luke Egan. Pour Darwin, c’est l’occasion de faire le buzz, et de « s’associer à une institution prestigieuse », et à une « filière « engagée dans une démarche de protection de la biodiversité ». Pour le CIVB, c’est « l’occasion de faire savoir au grand public le travail engagé en faveur de la biodiversité depuis des années », comme les techniques de lutte biologique.

Porte-parole de l’association girondine « Alerte aux toxiques », Valérie Murat a profité de l’occasion pour critiquer une « propagande de façade » du CIVB , qui « se paie des artistes et un festival à bobos ». alors que selon elle les viticulteurs girondins ont utilisé

« Le CIVB ne sait plus quoi faire en matière de communication pour essayer de faire accepter l’inacceptable à l’opinion publique. C’est-à-dire la mise en danger des ouvrier agricoles, les vignerons, et les enfants riverains de ces parcelles viticoles qui sont pulvérisées ».

La militante rappelle qu’en 2016, la viticulture bordelaise a utilisé 226 tonnes de glyphosate, 203 tonnes de mancozèbe, 169 tonnes de folpel, des pesticides CMR (cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques). Et que des haies n’ont pas été installées partout pour protéger les écoles des épandages, notamment à Villeneuve-de-Blaye.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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