Rentrée sous tension à l’APEEF, son directeur s’explique
Droit de réponse  Société 

Rentrée sous tension à l’APEEF, son directeur s’explique

Le 1er aout dernier, l’Apeef informait de sa situation critique un millier de familles bordelaises dont les enfants sont accueillis sur ses trois sites – le Jardin de l’eau vive, la Maison des enfants et à la Maison soleil -, ou suivent des activités périscolaires dans 10 écoles bordelaises. Le refus de la mairie de Bordeaux d’accorder une subvention complémentaire de 200000 euros plongeait en effet dans l’incertitude l’association et ses 110 salariés. Mis en cause pour sa gestion par dans un article de Rue89 Bordeaux, François Marquet, directeur de l’Apeef, répond aux accusations, alors que se tient ce lundi une AG du personnel.

Rue89 Bordeaux : Dans quelle situation se trouve l’Apeef en ce jour de rentrée ? Êtes-vous en capacité de recevoir ou encadrer les enfants ?

François Marquet : La rentrée est perturbée, et dépendra de ce que décidera la majorité du personnel. Nous réunissons ce lundi 3 septembre une assemblée générale des salariés. Je leur ferai un point sur la situation, et leur demanderai ce que collectivement nous souhaitons faire pour défendre notre outil de travail, nos intérêts et nos emplois. Nous déterminerons qui a la légitimité pour le faire. Je ne m’engagerai qu’avec une majorité des salariés derrière moi, et dans un cadre collectif.

Pour assurer la rentrée, nous devrons d’abord faire un emprunt bancaire. Et pour pouvoir emprunter les 200 000 euros qui nous manquent pour nous financer jusqu’à la fin de l’année, nous avons simplement besoin d’un courrier de la municipalité de Bordeaux prouvant que celle-ci s’engage à hauteur de 600 000 euros en 2019. Cela nous permettra d’attendre les financements de 2019 – la mairie nous subventionne à hauteur de 1,6 million d’euros par an, sur trois millions de budget -, et donnera de l’air à nos équipes. Nous pourrons alors reprendre au plus tôt le travail, et accueillir familles et enfants.

Quelles sont vos relations avec la Ville, qui n’est pas tendre avec la direction de l’Apeef ?

J’ai eu quelques échanges avec les services, et des engagements oraux. Dans un premier temps on ne demande rien d’autre à la mairie de Bordeaux qu’un papier signé, et une confirmation écrite pour participer à un comité de pilotage que j’ai commencé à constituer avec la CAF, le conseil départemental et un administrateur provisoire. Je souhaite que l’animation soit confiée à quelqu’un d’extérieur, et bénéficie du conseil juridique d’un cabinet spécialisé en économie sociale.

« Brutalité »

Nous sommes aujourd’hui dans un tel imbroglio que plus personne ne sait comment s’en sortir. Nous dépendons de plusieurs cases politiques – petite enfance, éducation, culture… -, chaque équipe gère son budget et au final personne de veut payer. On critique nos coûts d’exploitation, mais dans celle-ci il fait intégrer la valeur locatives des bâtiments mis à notre disposition par la Ville, et qui ne seront jamais à nous ! Si on les enlève, l’Apeef n’est pas ridicule face à la concurrence.

Que répondez vous aux critiques sur votre gestion de l’association ?

La brutalité avec laquelle on nous traite n’est pas normale. On peut entendre des choses, mais on doit être accompagnés. Et la meilleure façon pour cela, c’est de se mettre autour d’une table, pas de nous demander des copies et de nous rendre un zéro pointé à nos business plans, comme cela dure depuis deux ans avec la mairie.

Contrairement à ce que vous dites dans votre article, les problèmes financiers datent de 2004, avec un premier plan social en 2006, ils ne se sont pas aggravés depuis 2014 et mon recrutement. Ils ont fait l’objet d’un audit de la CAF en 2006, d’un rapport de la chambre régionale des comptes en 2010, donnant lieu à un vote du conseil municipal en 2013 et à un courrier de M. Juppé. Tous évoquaient les problèmes de direction et de pilotage de l’association, dans son ancienne formule de gestion territoriale, avec trois directeurs chacun dans leur coin et un conseil d’administration de parents bénévoles qui ne faisaient rien du tout.

François Marquet, directeur général de l’Apeef (SB/Rue89 Bordeaux)

On m’a embauché en 2014 pour répondre à cette demande municipale de restructurer l’association, avec un directeur général à sa tête. J’ai restructuré une boîte en grande difficulté, qui a été à l’équilibre entre 2014 et 2016. Sur 4 ans, nous avons fait économiser 1,2 million d’euros à la structure, sans contraindre les salaires, en éradiquant la précarité, et en créant 25 équivalent temps plein ! En outre, contrairement à d’autres structures privées, nous n’avons aucun turn over chez nos collaborateurs. Dire que je ferais de la  mauvaise gestion est totalement faux et scandaleux, dire comme le font certains parents que c’était mieux avant, c’est une vue de l’esprit.

Quant à mon salaire personnel, il est passé de 2500 à 4000 euros par mois en accord avec le CA, car le niveau de rémunération proposé lors de mon embauche était ridicule pour une structure de 110 salariés. C’est l’échelle basse dans la grille de l’économie sociale et solidaire. Dans le privé je gagnerais entre 10 et 15000 euros…

Comment rétablir l’équilibre aujourd’hui ?

On souhaite que l’Apeef soit financée à la hauteur qui est la sienne, celle de la deuxième association d’animation de Bordeaux. Nous avons développé de nouvelles activités, mais la mairie ne les finance pas. J’ai réussi à avoir une visite des services de la Ville concluant que les conditions étaient insalubres dans les locaux. Mais on m’a répondu que les travaux coûteraient trop chers, et qu’il fallait fermer ces structures. Alors que j’apprends parallèlement qu’une grande association sportive va recevoir une subvention de 2 millions d’euros pour réhabiliter son patrimoine privé, la mairie nous répond qu’elle n’est pas en capacité de remettre en état la Maison soleil et le Jardin de l’eau vive, qui lui appartiennent !

« Pas le club des Joyeux Pétanquistes »

Je suis directeur de 110 salariés pas des 4 du seul Jardin de l’eau vive, je suis obligé de traiter les choses dans leur globalité. C’est honteux de nous faire passer pour des gens qui n’ont aucun souci du Jardin de l’eau vive. Face au problème de vétusté et de sonorisation, la première chose que j’ai faite c’est de doter les personnels de bouchons d’oreille et de plancher sur les mesures d’insonorisation. J’ai fait travailler le CHSCT sur l’amélioration des conditions de travail. Vouloir faire croire que la direction s’opposerait à ses services comme tentent de le faire 4 ou 5 parents, c’est totalement aberrant.

Il vous est aussi reproché de ne pas avoir diversifié les rentrées financières de l’association, et d’être trop dépendant de la mairie.

Aujourd’hui les crédits d’État se raréfient. Les collectivités doivent faire des arbitrages qui ne nous sont pas favorables. On sait qu’on a un projet éducatif qui génère des surcoûts. Comme la Ville nous a dit officiellement ne plus soutenir le projet d’origine et nous demande de faire des économies. Le problème, c’est que nous n’avons aucune latitude sur  99% de notre chiffre d’affaires, car nos tarifs sont bloqués – nous ne sommes pas le club des Joyeux Pétanquistes qui peuvent passer leurs frais d’adhésion de 10 à 20 euros.

On essaye donc de développer depuis 2014 des activités plus lucratives, notamment en créant un organisme de formation. Aujourd’hui il fonctionne, on espère pouvoir le développer, mais ce n’est pas en un coup de cuillère à pot qu’on peut dégager 200000 euros de bénéfice. Nous avons aussi discuté avec le CA de la possibilité de créer un fonds de développement pour recueillir les dons et legs de particuliers ou d’associations. J’avais aussi proposé de se mettre sur les rangs pour obtenir une nouvelle crèche dans le quartier Belcier, mais le CA n’a pas voulu aller plus loin, en estimant qu’il fallait stabiliser l’association plutôt que de se développer.

Quant aux aides de l’Europe ou de la région, que les parents les demandent s’ils le veulent. Je suis déjà à 70 heures par semaine sur l’Apeef, je ne peux pas dépasser et me perdre dans des dossiers de subvention.

Quid de la situation de l’association, dont la présidence est vacante ?

Alors que le CA était stable depuis 20 ans, les quatre coprésidents ont démissionné pour exprimer leur ras-le-bol du positionnement de la mairie. Je me suis retrouvé seul face face à un emeute de 4 ou 5 parents qui ont tenté de prendre le pouvoir de façon illégale, en faisant fi des statuts et de la volonté de la majorité des salariés, et en donnant à la Ville tous les argumentaires possibles pour nous dissoudre. En défendant les 5 salariés du Jardin de l’eau vive, ils risquent de mettre par terre une structure de 110 familles, il faut que ça s’arrête

J’ai mandaté un cabinet pour la nomination d’un administrateur provisoire, c’est mis en délibéré par le tribunal au 17 septembre. Je suis pas un tyran avide de pouvoir, je suis moi-même censé exercer un contrat de travail ! C’est une situation de crise très dure à vivre, et je comprends l’inquiétude des salariés.

Mais je crois en notre avenir. Nous avons un projet éducatif, culturel et artistique fabuleux, nous faisons un travail reconnu qu’à aucun moment la direction ne veut laminer. C’est un outil précieux pour la ville de Bordeaux, allons-y ! Pour ça, mettons nous autour de la table, c’est tout ce que  je demande.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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