Ils ont bloqué l’usine Lafarge pour que la loi Elan n’entrave pas les handicapés
Société 

Ils ont bloqué l’usine Lafarge pour que la loi Elan n’entrave pas les handicapés

Une demi-douzaine de manifestants a occupé l’usine Lafarge de Lormont ce mardi pour protester contre l’article 18 de la loi Elan qui prévoit de baisser le quota de logements accessibles aux personnes en situation de handicap de 100 % à 10 %.

« Le handicap était censé être la priorité du quinquennat Macron, or le projet de loi Elan réduit de 90% la production d’appartements neufs en rez-de-chaussé ou desservis par ascenseur qui doivent être accessibles pour les personnes en situation de handicap » martèle Alexandre Ribeiro.

Ce citoyen engagé, non encarté, est à l’initiative du rassemblement devant la centrale à béton Lafarge de Lormont. Le lieu du rendez-vous surprend…

« On bloque ainsi les chantiers en cours de construction, poursuit le militant. Lafarge est l’une des plus grosses entreprises du bâtiment du pays et fait partie de la Fédération Française du Bâtiment. Cette même fédération avait proposé de baisser les quotas dans un rapport dès 2013. »

C’est une façon de soutenir le mouvement de blocage initié à Toulouse. La mobilisation n’est pas vraiment au rendez-vous mais qu’importe : si Alexandre a pu trouver un logement, il veut penser aux autres.

« Je suis allé dans toutes les mairies où j’avais déposé un dossier pour suivre l’avancement de ma demande, ça a abouti au bout de deux mois. Mais j’ai été chanceux, beaucoup de personnes ne peuvent pas se déplacer en autonomie et leur dossier reste sur une pile pendant des mois. »

Un blocage « en douceur »

Devant l’usine, des salariés de Lafarge ont apporté des cafés aux manifestants et font signe aux camions qui souhaitent rentrer qu’ils ne pourront pas ressortir, durant la durée de la mobilisation.

« Je comprends leur colère mais je préfère ne pas prendre position » souffle l’un d’entre eux.

C’est un blocage « en douceur où tout le monde est serein » se réjouit Rémi, militant de la France Insoumise venu protester contre l’article 18 de la loi Elan.

Finalement seul un camionneur maugrée un peu avant de finalement prendre son mal en patience. C’est-à-dire jusqu’à 15 heures :

« A partir de ce moment là ça ne vaut plus la peine de livrer du ciment sur les chantiers, c’est trop tard. On aura donc bloqué une journée de travaux », résume Alexandre.

Des manifestants ont bloqué la centrale à béton Lafarge de Lormont pour protester contre la loi ELAN (KLC/Rue89 Bordeaux)

Seule une demande sur quatre aboutit

Anthony Faye n’est pas allé manifester mais soutient la mobilisation. Coordinateur du pôle ressource logement au GIHP Aquitaine (groupement pour l’insertion des personnes handicapées), il reçoit plus de 500 nouvelles demandes de logement social accessible chaque année et parvient à proposer environ 130 solutions adaptées.

« On en est à un quart de solutions trouvées chaque année mais il y a encore 852 dossiers en attente aujourd’hui. D’après la préfecture, le délai d’attente est estimé à 3 ans. »

Les besoins sont variés poursuit Anthony Faye :

« Certaines personnes vivaient déjà dans un logement social mais leur situation physique a évolué et le logement n’est plus adapté à leur besoin. Une personne qui ne peut plus marcher se retrouve recluse dans son appartement s’il n’y a pas d’ascenseur dans l’immeuble. Parfois ce sont des personnes qui vivaient dans des logements adaptés dans le secteur privé mais elles n’ont plus les revenus suffisants pour payer le loyer. »

Et certaines villes de la métropole sont encore plus saturées que les autres comme Mérignac, Pessac ou Talence.

Pas d’apéro sur le balcon

Que va changer pour lui la loi Elan ?

« Les décrets ne sont pas encore sortis, alors plutôt que d’être vent debout maintenant que la loi est votée, je préfère prendre les devants », tranche Anthony Faye qui passe 80% de ses journées à échanger avec les bailleurs sociaux sur leur cahier des charges.

Il déplore le « flou total » de la loi qui propose de troquer les 100% de logements accessibles contre 10% de logements accessibles et que le reste soit évolutif. « C’est à dire qu’on puisse rendre visite à quelqu’un si on est en fauteuil à condition de rester dans l’entrée, le salon, ou les WC. »

Le rapport rendu par la FFB préconisait même « de supprimer l’obligation de rendre accessibles la douche, le balcon et/ou la terrasse. Bien évidemment, un logement visitable devra pouvoir être adapté en cas de besoin ». « Mais autant éviter de devoir faire sauter une cloison non ?! » sourit Anthony Fay. Pour lui, la solution reste le tout accessible.

« Si les bailleurs sociaux mettent 10 logements en accessibilité au lieu de 25, vous imaginez le nombre de personnes supplémentaire qui vont rester sur le carreau ? » s’inquiète t-il avant de rappeler la plus value d’un logement accessible. « À l’horizon 2027, plus de 14% de la population régionale aura plus de 75 ans, le nombre de personnes âgées qui vivront à domicile va exploser et les besoins de logements adaptés aussi. »

Les militants qui étaient à Lormont ce mardi se sont donnés un nouveau rendez-vous devant la MDPH de Mériadeck mercredi midi. Ils se rendront ensuite à la mairie de Bordeaux pour demander à ce que soient maintenus les 100% de logements accessibles sur la commune.

L'AUTEUR
Klervi Le Cozic
Klervi Le Cozic
Journaliste pigiste passée du cidre au bordeaux, je jongle entre médias parlés et écrits pour raconter la ville et donner la parole à ceux qui l'habitent.

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