France 3 Aquitaine a-t-elle censuré une charge des CRS contre les gilets jaunes ?
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France 3 Aquitaine a-t-elle censuré une charge des CRS contre les gilets jaunes ?

Devenue virale, la vidéo d’une journaliste coupée en plein direct depuis la rocade de Bordeaux dépasse les deux millions de vues. Censure ? Non, impératif de l’antenne.

C’est une vidéo à 2,4 millions de vues, plus de 100000 partages sur Facebook. Et un titre qui donne envie de cliquer : « France 3 COUPE UN DIRECT lorsque une journaliste parle de CRS QUI MENACENT LES MANIFESTANT. »

En direct depuis le pont d’Aquitaine, la journaliste Laurianne De Casanove revient en effet sur le blocage en cours sur la rocade de Bordeaux pour le journal de France 3 Aquitaine du dimanche 18 novembre à midi :

« Malheureusement, la situation se tend. Ça ne vient pas des manifestants qui sont toujours plutôt bonne enfant mais des forces de l’ordre […] Derrière moi, les CRS sont arrivés avec leurs matraques et leurs boucliers. Ils se sont mis en ligne… »

En plateau, la présentatrice du JT, Sandrine Valéro se fait tranchante :

« Merci… Merci Lauriane… On est obligé de couper ce direct… A ce soir, on reviendra bien sûr sur ces informations. »

Pendant ce temps, sur le terrain, la journaliste termine sa phrase que l’on entend à peine : « ils [les CRS] menacent désormais de charger sur les gilets jaunes… »

Parmi les 3800 commentaires sous cette vidéo virale, on peut lire : « Elle coupe le direct pour pas qu’on sache que les CRS tapent sur les gilets jaunes. » Les accusations de censure et les insultes fusent.

Et la vidéo se duplique sur Youtube, Dailymotion… De nombreux comptes twitter la commentent- notamment d’extrême-droite. D’autres sites la reprennent – dont le « Discord Insoumis », plateforme internet militant pour la France Insoumise, où elle fait plus d’1,3 million de vues.

La liste, sans doute, n’est pas exhaustive. Elle comprend aussi la création d’une cagnotte portant certes le nom de la reporter mais sans préciser l’utilisation prévue pour les fonds qui seraient récoltés.

La main de l’État est-elle derrière cette coupe ? La solution est plus simple et est mentionnée dans la première intervention de Sandrine Valéro : « Pour refermer ce journal. »

Aléas du direct

En effet, le JT se termine et le calibrage est précis explique-t-on à France 3. Sur son compte Twitter, le journaliste Pierre Guillaume-Creignou précise :

Il indique également que ce genre de coupe est « assez classique, malheureusement, la durée d’un JT régional n’est pas extensible à l’envi ». Delphine Vialanet, déléguée au numérique de France 3 Nouvelle-Aquitaine, explicite les circonstances de cette interruption du direct :

« Samedi midi, il nous restait un peu de temps avant la fin du journal. Le rédacteur en chef a décidé que l’on pouvait refaire un duplex depuis le pont d’Aquitaine de Bordeaux. Elle avait une trentaine de secondes. Vu les conditions, l’ambiance, ça a été un peu chaud pour la journaliste de tenir le temps. Elle n’a pas entendu dans son casque qu’il fallait conclure. Ça a obligé la présentatrice de conclure pour elle un peu sèchement. »

La direction assure de son soutien les deux journalistes, alors que de nombreux commentaires laissaient croire que la reporter pourrait être licenciée.

« Même les meilleurs journaux ont une fin… »

On ne peut pas dire que les gilets jaunes n’ont d’ailleurs pas eu une couverture médiatique à la hauteur de leur évènement – sans doute même plus forte et bienveillante que les dernières mobilisations sociales intersyndicales importantes, avec par exemple moins de place données aux gens « pris en otage ».

Dans ce journal du samedi midi, le JT de France 3 Aquitaine a ainsi consacré la moitié de son édition à la très forte mobilisation. Quant aux interventions policières, elles sont à nouveau mentionnées le soir dans l’édition du 19/20 Aquitaine.

Le compte twitter de la chaine régionale tente d’en sourire : « Même les meilleurs journaux ont une fin… » Reste à le dire aux plus de 2 millions d’internautes visionneurs. La chaine régionale se serait peut-être bien passée de ce record d’audience…

L'AUTEUR
Xavier Ridon
Xavier Ridon
Rémois, devenu journaliste à Tours, installé à Bordeaux. Bref, file vers le Sud avec un micro et un stylo.

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