Gilets jaunes : « J’ai été en garde à vue de manière arbitraire ce samedi à Bordeaux »
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Gilets jaunes : « J’ai été en garde à vue de manière arbitraire ce samedi à Bordeaux »

Ce samedi, 125 000 gilets jaunes ont manifesté en France contre la politique d’Emmanuel Macron. Selon le ministère de l’intérieur, 2000 arrestations ont donné lieu à 1700 gardes à vue, dont 54 à Bordeaux. Parmi elles, Benoît (tous les prénoms ont été modifiés) a passé la journée au poste après une interpellation « injustifiée et arbitraire », selon lui. Il témoigne.

Je suis menuisier en Dordogne et je n’avais jamais participé à des manifestations. Ce samedi 8 décembre, j’ai décidé avec des amis de venir à Bordeaux et de soutenir le mouvement des gilets jaunes. Nous étions quatre, tous autour de la quarantaine.

En plus de manifester, j’avais pris une caméra vidéo pour filmer. L’idée était d’avoir quelques images des événements autres que celles des médias. De ce fait, nous avions prévu d’aller très près des affrontements si ceux-ci se produisaient.

Une amie nous a alors conseillé quelques équipements pour éviter les lacrymos des CRS. Nous nous étions équipés chacun de lunettes et foulards. En plus, j’avais pris une boite entière de sérum physiologique pour me rincer les yeux si nécessaire.

Devant le Grand Théâtre

Nous sommes arrivés le samedi matin. Nous avons laissé la voiture à l’extérieur de Bordeaux et pris le tram pour le centre-ville de Bordeaux.

Arrivés vers 13h à Bordeaux, une heure avant le départ de la manifestation, nous cherchons un endroit pour déjeuner. Nous passons devant le Grand Théâtre où un important dispositif de sécurité st déployé. Il y a de nombreux camions et beaucoup de policiers, impressionnants par leurs lourds équipements.

Un policier en civil avec un brassard, suivi d’un CRS, nous demande d’inspecter nos sacs à dos. Chose que nous acceptons bien volontiers.

Dans le premier sac, le policier trouve une paire de lunettes et un bandana ; dans le deuxième, des lunettes de piscine… Confisqués ! Dans le troisième sac, une paire de gants de moto et des affaires de rechange que le policier juge très suspectes. Dans mon sac, un masque de ski, un petit foulard en coton, des gants fin et la boite de sérum physiologique.

Ensuite, ils contrôlent nos pièces d’identité.

Garde à vue

Peu aimable, le CRS ordonne : « Ces deux-là, vous les embarquez. » Il désigne Arnaud et moi. Je ne comprends alors pas trop ce qui se passe.

Nous sommes emmenés à part, à côté des véhicules de police. Les policiers remplissent un papier pour chacun de nous alors que mon ami est menotté immédiatement, pas moi. Il se fait traiter de casseur et insulter par un passant.

Je ne réalise toujours pas ce qui nous arrive. Je parle tranquillement avec un policier et je plaisante avec une policière, tout sourire et détendu. Une personne de la sécurité d’un grand magasin en face vient vers moi et me parle, pensant que je suis un policier en civil. A ce moment-là, je crois que les policiers procèdent à des vérifications et que nous allons être ensuite relâchés.

Je demande à être informé et un policier me dit que nous allons être conduits au poste pour être placés en garde à vue. Je suis alors à mon tour menotté puis embarqué dans un fourgon cellulaire.

Une fois celui-ci rempli, direction Mériadeck.

Arnaud, à travers les grilles du fourgon cellulaire.

« Vous aimez la violence ? »

Au poste, je suis interrogé par un inspecteur calme et courtois. Il examine mon téléphone portable : sms, photos, etc. Il relève aussi le code IMEI (code qui permet je crois, de tracer un téléphone). Dans le procès verbal, il précise  que « la fouille du téléphone n’a apporté aucun élément intéressant à l’affaire ».

Il me demande pourquoi j’ai une caméra. Il me pose des questions insidieuses comme : « Vouliez-vous filmer des violences ? Vous aimez la violence ? » Il me demande si mon foulard était destiné à dissimuler mon visage, je lui réponds que c’était pour me protéger des lacrymo. Les lunettes de ski ? Même réponse.

Après une fouille au corps, je suis placé dans une cellule, seul, sans mes affaires. Il faut même que j’enlève les lacets de mes chaussures. Mon ami est dans une autre cellule avec d’autres personnes. Je demande combien de temps je vais rester enfermé, on me signifie que le procureur ne nous relâchera probablement que le soir, quand la manifestation sera finie.

Vers 19h, je suis libéré. Je récupère mes affaires, signe le registre, puis un inspecteur me tend un papier : « C’est pour vous. »

Rappel à la Loi

Sur le papier, en bas de l’entête et de mon identité, il est inscrit ce que l’on me reproche :

« … d’avoir à Bordeaux, (Gironde), le 08/12/2018, en tout cas sur le territoire national et depuis temps n’emportant pas prescription, participé sciemment à un groupement, même formé de façon temporaire, en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, de violences volontaires contre les personnes ou de destructions ou de dégradations de biens, circonstance que les fait ont été commis en réunion. »

Plus loin :

« Informons l’intéressé que monsieur Viver Darviot Martin, substitut du procureur de la république près le TGI Bordeaux a décidé de ne pas donner de suite judiciaire à la présente procédure, à la condition qu’il ne commette pas une autre infraction dans un délai de 3 ans et qu’à défaut, il sera poursuivi devant un tribunal. »

En sortant du commissariat, je retrouve mon ami. Nous sommes tous les deux stupéfaits de ce que nous venons de vivre. J’ai l’impression, après une interpellation injustifiée et arbitraire, que nous allons faire partie des belles statistiques bientôt annoncées par le ministère de l’intérieur sur les interpellations et les gardes à vue de « dangereux criminels et casseurs »… pour avoir été en possession de gants, de lunettes, et de foulards.

L'AUTEUR
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