Gilets jaunes : un maire de Gironde claque la porte au « grand débat national »
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Gilets jaunes : un maire de Gironde claque la porte au « grand débat national »

Maire de Saint-Yzans-de-Médoc, Segundo Cimbron a annoncé son refus de participer à l’organisation du « grand débat national » voulu par le président de la République pour résoudre la crise des Gilets jaunes.

Alors qu’Emmanuel Macron veut mettre à contribution les communes pour la mise en œuvre et l’organisation de ce débat, l’élu de cette petite commune de Gironde (392 habitants) lui délivre une fin de non recevoir. Il le fait dans une lettre ouverte diffusée ce lundi sur Facebook, et déjà partagée plus de 300 fois:

« Je ne puis que vous dire ma satisfaction que vous vous souveniez enfin de l’existence d’élus locaux de proximité autrement que pour leur transférer des responsabilités nouvelles qui relèvent des compétences de l’État (et parfois de ses devoirs régaliens) sans leur transférer les moyens de les assumer. (…) Je suis cependant au regret de vous dire que je ne participerai pas à ce débat, ni en tant que citoyen, ni en tant que maire. »

« La couleur du papier peint »

Assurant être « démocrate et tout à fait persuadé que c’est par le débat et l’échange que la société avancera », Segundo Cimbron juge en effet que ces discussions, qui seront pilotées par la CNDP (commission nationale du débat public), sont une « mascarade » :

« Je ne peux pas faire comme si je n’entendais pas, « en même temps » que votre proposition d’ouvrir ce débat, les déclarations de vos ministres à longueur d’antenne et dans la presse, et votre propre allocution du 31 décembre indiquant qu’il n’y aura « pas de changement de cap » et que les premiers 18 mois de votre présidence ne seront pas « détricotés ». Vous ouvrez le débat en indiquant que ses conclusions sont déjà écrites et qu’il ne servira qu’à discuter de la couleur du papier peint d’un édifice qui est précisément celui que conteste le mouvement des gilets jaunes », écrit l’édile médocain.

Alors que le gouvernement a indiqué son refus que soient notamment débattus un retour de l’ISF ou une réforme des droits de succession, l’élu girondin dit préférer participer aux échanges des Gilets jaunes, « soutenus par les trois-quarts des Français » :

« Ce débat – je puis vous en assurer pour les avoir rencontrés et pour y participer – beaucoup n’ont pas attendu que les institutions leur organisent pour l’avoir, entre eux, là où ils sont, dans ces ronds-points où ils découvrent qu’ils ne sont pas seuls dans leurs difficultés quotidiennes et redécouvrent la chaleur de la fraternité dans la solidarité. »

Extrémistes hurluberlus

Joint par Rue89 Bordeaux, le maire (sans étiquette et non encarté, mais soutien de Jean-Luc Mélenchon à la dernière présidentielle) affirme être « totalement solidaire des gilets jaunes sur l’essentiel » de leurs revendications :

« C’est vrai qu’ils n’aspirent pas à devenir milliardaires, comme le président de la République a pu inviter les jeunes à en faire le but de leur vie. Ils réclament le droit de vivre dignement et d’avoir les moyens d’élever leurs enfants. Je ne comprends pas qu’on les traite d’extrémistes parce qu’une minorité d’hurluberlus tient des propos racistes. Y compris dans le Nord Médoc où le FN est très influent, où ont été élus deux conseillers départementaux d’extrême-droite, et où je suppose que beaucoup de ceux présents sur les ronds points ont voté Le Pen, les migrants ou l’identité ne sont pas au cœur de leurs préoccupations. »

Maire depuis 2008, Segundo Cimbron s’insurge pour sa part de l’inégalité entre territoires ruraux et métropoles, renforcée selon lui par les décisions publiques :

« Aujourd’hui, la dotation d’équipement des territoires ruraux (attribuée par une commission où l’Etat a une voix prépondérante) est captée à 60% par l’agglomération bordelaise alors que ses communes n’en ont pas besoin et ne devraient même pas y avoir droit ! Alors que nous, nous n’arrivons pas à avoir des aides quand on veut créer une piscine ou une zone d’activité. Des sous il y en a mais ils vont pas au bon endroit. »

Pour l’instant, le maire médocain assure n’avoir été contacté ni par la CNDP (commission nationale du débat public), qui pilotera le « grand débat », ni par la préfecture.

« Je prends simplement les devants. Si je suis contacté par le préfet pour organiser le débat, j’en discuterai avec mon conseil municipal. Mais l’État n’a aucune possibilité de nous contraindre si on n’en a pas envie. »

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L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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