Gilets jaunes : des photojournalistes bordelais victimes de violences policières
Société 

Gilets jaunes : des photojournalistes bordelais victimes de violences policières

Ils ont rencontré la directrice de cabinet du préfet de la Gironde ce vendredi 25 janvier à Bordeaux. La réponse de la préfecture, reçue dans la soirée, ne calme pas leurs inquiétudes.

Fabien Cottereau, photojournaliste pour Sud Ouest, est arrivé avec une béquille. Samedi dernier, lors de l’acte 10, il a reçu un projectile sur le genou gauche. Bilan : 10 jours d’incapacité totale de travail (ITT). Devant la directrice de cabinet du préfet de Gironde, il déballe trois palets qu’il a retrouvés le jour même à ses pieds. Il montre aussi une genouillère qui fait partie de son attirail de protection.

« Si je ne l’avais pas, je préfère ne pas penser à ce qui serait arrivé à mes ligaments croisés. »

La directrice de cabinet demande s’il était identifié. C’était le cas avec « un brassard et un casque sur lequel était marqué presse ».

Les projectiles reçus par des tirs de la police lors des manifestations des Gilets jaunes (WS/Rue89 Bordeaux)

Thibaud Moritz, photojournaliste pour l’agence Abaca press travaillant pour Libération, raconte s’être fait bousculé et matraqué par les forces de l’ordre, avec Ugo Amez, photojournaliste pour l’agence Sipa, malgré leurs brassards « presse » au bras et leurs identifications orales à l’attention des forces de l’ordre.

Tous les deux, excédés par ces conditions de travail – et la casse de matériel à hauteur de 2000 € pour le premier –, ont initié un groupe WhatsApp pour avoir des témoignages similaires de leurs confrères à Bordeaux et pour prendre des dispositions face à ces difficultés d’exercer leur profession. Ils sont à l’origine de la rencontre à la préfecture.

« 7 à 8 blessés »

C’est finalement une quinzaine de photojournalistes qui étaient au rendez-vous pour témoigner d’agressions diverses et de violences policières à leur encontre lors des manifestations des Gilets jaunes. Ils dénoncent, exemples à l’appui, un manque de respect pour leur travail.

« On est empêché de travailler sur le terrain avec le ressenti qu’on ne doit pas montrer certaines images », explique Thibaud Moritz. « On est à 7 ou 8 blessés chez nous », ajoute Patrick Bernard, photojournaliste pour l’agence Bestimage. « C’est regrettable. On est en France et on est obligé de travailler avec un gilet pare-balles ! » surenchérit Mehdi Fedouach, photojournaliste pour l’AFP.

Après un tour de table, une lettre a été remise par le groupe à l’attention du préfet de la Gironde.

« Nous souhaitons vivement attirer votre attention sur le fait que nous sommes régulièrement empêchés, insultés, menacés, et même parfois brutalisés. Nous sommes pourtant clairement identifiés comme journalistes, grâce à des brassards ou des marquages stipulant notre profession. Cette situation est à la fois dangereuse et inadmissible. Nous exigeons de ne plus être malmenés, aussi bien oralement que physiquement, dans l’exercice nécessaire de notre profession. »

Thibaud Moritz (à droite) avant son agression par les forces de l’ordre (photo Ugo Amez)

Boycott ?

Avec le sentiment d’avoir été écoutés, les photojournalistes repartent sur la promesse de consignes particulières qui seront transmises aux forces de l’ordre.

C’est finalement un mail qui a été envoyé dans la soirée à l’attention des photojournalistes :

« Face à l’absence totale d’organisation de la part des manifestants et dans un contexte de violence, il est indispensable que vous puissiez attester de votre profession et être suffisamment identifiables lors des manifestations. La carte de presse doit être parfaitement visible afin qu’il n’y ait pas de confusion possible, surtout lorsque votre habillement ne vous différencie pas (casques, masques…) des manifestants. La présence d’indications “presse” autre que la carte de presse ne permet pas d’avoir l’assurance de votre profession, d’autant plus que des manifestants utilisent de tels sigles. Il vous est également proposé de couvrir l’événement à l’arrière du dispositif des forces de l’ordre en vous signalant avant le début de la manifestation afin que vous puissiez travailler dans des conditions de sécurité optimales. »

Celui-ci a été accueilli avec déception et l’impression que des conditions de travail peu confortables leurs sont imposées. Certains photojournalistes évoquent ouvertement le boycott des manifestations et des « actes » à venir : « Il serait temps de poser les boîtiers et les caméras. »

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L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication

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