Une escale réconfortante à Bordeaux pour les familles en errance
Société 

Une escale réconfortante à Bordeaux pour les familles en errance

Installée depuis le mois d’octobre au sein de l’Espace Solidarité du Secours Populaire à Bordeaux, l’Escale des familles est la nouvelle halte de jour des familles sans logement fixe. Dans ce lieu chaleureux et convivial, les parents peuvent suivre des cours de français, être accompagnés dans les démarches administratives ou simplement se reposer, pendant que les enfants profitent des jeux. Visite.

Mercredi 30 janvier 2019. Il est 14h lorsque les premières bénévoles poussent la porte de L’Escale des familles, installée rue Malbec à Bordeaux. Depuis le 24 octobre, elles sont 23 avec Lucie Joreau, responsable de l’Escale, à accueillir petits et grands trois après-midi par semaine : mercredi jusqu’à 19h30 et jeudi et vendredi jusqu’à 17h.

« Notre volonté était de créer une halte de jour pour les familles qui n’ont pas de résidence stabilisée, explique Lionel Estrade, responsable de l’antenne bordelaise du Secours Populaire. Parfois elles sont sans abri ou dans des hôtels et il leur fallait un lieu accueillant pour qu’elles puissent rester la journée, au chaud, pour discuter et se reposer. »

Il y a encore quelques mois, la grande pièce accueillait une brocante, laquelle a laissé place à un endroit chaleureux et coloré destiné aux familles.

Partage

À gauche, contre l’escalier qui mène aux salles de cours, un canapé et des fauteuils confortables invitent les visiteurs à s’asseoir et à échanger autour d’une boisson chaude.

« L’autre fois, je jouais avec une petite fille aux sept familles pendant que sa maman prenait des cours, raconte Marie-Jeanne, une bénévole. Ce n’était pas facile avec la barrière de la langue, mais on regardait les images, on se faisait des signes. C’est parfois plus facile de se comprendre avec des enfants scolarisés qu’avec des adultes. »

Les nouveaux arrivants sont souvent orientés ici par d’autres organismes ou guidés par le bouche-à-oreille. Un ordinateur en libre-service leur permet de s’informer et d’être accompagnés dans les démarches administratives.

« Certains viennent de très loin, ont fuit une catastrophe en ayant un parcours migratoire terrible, ils arrivent en France avec des rêves, l’envie de trouver un travail, indique Laurence, chef de projet dans une agence d’événementiel et bénévole à L’Escale. Mais c’est un nouveau parcours du combattant pour avoir des papiers… Déjà que le système administratif peut être compliqué pour nous, on se doit de les accompagner dans cette démarche » .

Au fond de la pièce, un espace est destiné aux enfants avec une grande cuisine en bois, des peluches, des jeux, un tapis d’éveil pour les plus jeunes et un coin bibliothèque avec de nombreux livres. Un petit garçon découvre l’Escale pour la première fois : jeux de société, château fort et figurines, xylophone, il veut tout essayer.

Un coin lecture et jeux dédié aux enfants. (LD/Rue89 Bordeaux)

Cours de français

Le cours de langue commence dans 30 minutes, Régine, professeure de sciences économiques et sociales à la retraite, photocopie la leçon du jour.

« Dans ma salle je peux accueillir jusqu’à six élèves mais souvent j’en ai moins que ça, souligne-t-elle. Quand ils sont peu nombreux ça me permet de m’adapter à leurs demandes, par exemple préparer un entretien d’embauche. Même s’ils sont libres de venir ou pas, c’est important que ça reste un plaisir d’apprendre pour qu’ils aient envie de continuer. »

D’un niveau intermédiaire, les personnes qu’elle reçoit arrivent à échanger à l’oral à propos de situations quotidiennes. Quatre mineurs de passage ont suivi ses apprentissages : la découverte de la ville et de ses lieux publics, la lecture d’un plan, les règles de politesse et les codes de vie en société. L’Escale organise en effet des visites guidées pour découvrir les monuments emblématiques de Bordeaux mais aussi ses administrations…

« On a aussi abordé le thème des émotions afin qu’ils mettent des mots sur ce qu’ils ressentent :  joie, colère, tristesse…, continue Régine. Cela a permis de décoincer certaines situations, quelques uns ont parlé de moments vécus qui les ont touchés, de leur passé avant d’arriver en France. »

Depuis plusieurs semaines, ce sont surtout des mères de famille qui assistent aux cours. L’Escale est un atout pour ces femmes qui peuvent étudier pendant que leurs enfants, surveillés par des bénévoles, jouent à l’étage en dessous.

Les élèves improvisent des dialogues de la vie quotidienne. (LD/Rue89 Bordeaux)

L’ambiance est studieuse dans le cours des débutants. Marta* (*prénom modifié), son fils de cinq mois sur les genoux, prend des notes sur son cahier déjà bien rempli :

« J’étudie ici deux fois 2h par semaine, mais je suis aussi des cours de français dans d’autres associations pour apprendre plus rapidement », précise la jeune éthiopienne.

B.a.-ba

Lee* et sa soeur Chan* se sont exercés sur la leçon du jour avant de venir. Les deux adolescents, originaires de Chine, ont encore du mal avec la prononciation. Entre deux rires gênés, ils répètent les mots plusieurs fois alors que les bénévoles les encouragent.

Sur les murs de la salle sont accrochées de grandes feuilles sur lesquelles sont inscrits le b.a.-ba de la langue française : abécédaire, chiffres, auxiliaires avoir et être au présent, verbes pour se présenter, arbre généalogique, parties du corps…

Aujourd’hui, Marlène et Marie-Christine ont prévu d’aborder les produits alimentaires, les commerces et de réviser les unités de mesures en écrivant la recette d’un gâteau au yaourt, suggéré par Marta. Ensuite, tous s’improvisent client, boulanger et épicier pour jouer des scènes de la vie quotidienne.

« Ici c’est les meilleurs ! » plaisante Sylvie qui donne aussi un cours dans la pièce d’à côté. Le niveau est plus élevé et l’objectif de cette année est la lecture du Petit Prince dont les élèves réclament des dictées.

« On voit la conjugaison des temps que l’on utilise le plus, pour ne pas compliquer les choses on reste sur du français courant. Certains ont encore du mal avec la place des mots dans la phrase. J’avais un monsieur géorgien qui dans sa langue natale, le verbe était en fin de phrase donc la construction française était difficile pour lui. »

Succès

Pendant ce temps, au rez-de-chaussée, les bénévoles préparent la galette des rois qui sera partagée avec les bénéficiaires et les associations partenaires du projet. Les membres du Carillon de Bordeaux et de la Maison des familles, autre halte de jour rue Kléber, en profitent pour découvrir les lieux.

Bénévoles et familles partagent une galette solidaire. (LD/Rue89 Bordeaux)

Tous se réjouissent de voir ce lieu vivant et animé qui a déjà reçu 156 adultes et 34 enfants. Dans les mois à venir, l’Escale devrait continuer à se développer en intégrant une laverie solidaire, des ateliers bien-être, mais aussi en enrichissant l’accès aux loisirs et aux sports.

Le vestiaire, toujours en vogue

Bien que la brocante ait été remplacée par l’Escale, Le vestiaire attenant est toujours ouvert au 3 rue Malbec. On y trouve un large choix de vêtements, chaussures, accessoires et linge de maison, vendus à un tarif solidaire. La boutique est accessible à tout public du mardi au vendredi de 14h à 18h, sauf le mercredi où elle ferme ses portes à 17h. Régulièrement, Le vestiaire organise des braderies d’articles neufs, offerts par des enseignes de prêt-à-porter. La prochaine aura lieu samedi 9 février 2019.

Si le Secours Populaire était connu pour ses autres activités – aide alimentaire, accès à la culture et aux vacances –, ce nouveau lieu dédié aux familles est un pari réussi. Trois mois après son ouverture, l’Escale a trouvé son public entre nouveaux arrivants et habitués qui ont déjà pris leurs marques.

A 18h, la nuit tombe et les lieux se vident : Laurence part en direction d’une autre association pour laquelle elle s’investit, Marta* déplie la poussette pour y installer son bébé, une famille ramasse ses sacs et valises. Certains reviendront le lendemain, d’autres étaient de passage uniquement pour la journée. Tout le monde se salue en espérant que leurs chemins se croisent à nouveau.

L'AUTEUR
Lisa Douard
Journaliste en formation, en licence des sciences de l'information et de la communication de l'université Bordeaux Montaigne.

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