Gilets jaunes et « colère noire » : carte blanche à Jean-Michel Becognee
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Gilets jaunes et « colère noire » : carte blanche à Jean-Michel Becognee

Le photographe Jean-Michel Becognee a couvert les manifestations des Gilets jaunes depuis le premier acte. Pour Rue89 Bordeaux, il présente une sélection un samedi/une image. S’il a manqué deux rendez-vous, c’est pour une raison de santé : il a perdu 25% de ses capacités respiratoires à cause des gaz lacrymogènes.

Jean-Michel Becognee a fait un choix pour le moins étonnant. Lors des actes des Gilets jaunes, et en particulier aux moments les plus tendus où des gaz lacrymogènes sont utilisés par les forces de l’ordre contre les manifestants, il ne porte pas de masque. Pourquoi ? « Je veux être reconnaissable sur le terrain », explique le photographe.

Egalement sapeur-pompier volontaire, il est soumis à des examens réguliers au Service départemental d’incendie et de secours (SDIS). L’un d’eux révèle 25% de perte de capacités respiratoires. Outre les deux semaines de repos qui lui sont imposées, ce constat ne le décourage pas dans sa couverture des manifestations des Gilets jaunes à Bordeaux.

Sapeur-pompier, photographe, enseignant…

Jean-Michel Becognee pratique la photographie depuis 25 ans. Il n’en a pas fait son métier pour autant :

« Il y a longtemps, j’ai essayé de passer un examen pour devenir JRI (journaliste reporter d’images, NDLR), je l’ai raté. J’ai laissé tomber et je me suis tourné vers l’enseignement. »

Enseignant référant ASH dont les compétences portent sur les élèves en situation d’handicap, il enseigne, depuis quelques années, le français à la maison d’arrêt de Gradignan aux adultes étrangers et donne des cours de citoyenneté à des mineurs incarcérés.

« L’enseignement est mon métier, mais tout ce que je fait est lié. Mes pratiques sont tournées vers les gens et mes passions aussi. Ça prend du temps : les vacances, les week-end… et je ne dors pas beaucoup. »

Désobéissance

On pourrait imaginer que ce quinqua hyper-actif a de quoi remplir tout son temps. Oui, mais ce n’est pas tout.

« Depuis une dizaine d’années, j’assemble des motos. J’achète une moto, je la désosse et j’en construis une autre autour du moteur. J’essaye de fabriquer un bel objet. J’ai commencé par refaire ma moto, une Harley Davidson, parce que c’est une moto mythique et qui se prête aux transformations. »

Tous les deux ans, Jean-Michel Becognee produit un « Molotow » (en référence aux bombes de peinture du street-art, « la rue encore ! »). Cette création est le symbole d’une quête de liberté, mais aussi de pensée. Dans un article publié dans le magasine Wild Motorcycles, il écrit :

« J’ai imaginé un Molotow comme un devoir de désobéissance. L’absence de nombreux éléments a radicalement contribué à cette insoumission. […] En ultime pied de nez, je me suis résolu à jeter la clef. Pas de klaxon, pas de clignotants, pas de commodos, pas de compteur, pas de peinture… »

Avec un sens indéniable de l’esthétique, mais pas que, le pompier-enseignant-photographe-motard se réfère surtout à Günther Anders, éternel critique de la technologie et de l’humanité.

Tout le monde fait partie du décor

Est-ce ce penchant pour la révolte qui le rapproche des Gilets jaunes ? S’il dit se réjouir que la société se soulève enfin pour réclamer de meilleures conditions, s’il dit rencontrer des personnes attachantes à qui il laisse toujours son contact pour offrir des photos, « je ne suis pas Gilet jaune », assure t-il.

« Il y a beaucoup d’individualités dans ce mouvement. Il n’y a pas une démarche politique commune. Si je pose mon appareil, ce serait pour un engagement plus fort encore. J’ai suivi Notre-Dame-des-Landes, j’ai suivi les manifestations de la loi travail, je suis fasciné par la volonté des peuples. C’est compliqué de se révolter. Moi le premier j’en souffre. »

Au fil des samedi, Jean-Michel Becognee approche et photographie manifestants et policiers ; sans la moindre lassitude, et sans la moindre contraintes. Malgré la destruction de son premier appareil par un coup de canon à eau des forces de l’ordre, il emprunte pour en acheter un autre et repartir sur le terrain, accumuler des images, et pourquoi pas faire un livre en hommage à tous ceux dans la rue chaque samedi.

« De semaine en semaine, tout le monde est là, tout le monde fait partie du décor, et tout le monde se connait et se reconnait. »

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication

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