On a fait la « route des Roms » et des gens du voyage à Mérignac
Société 

On a fait la « route des Roms » et des gens du voyage à Mérignac

Lors d’une visite de campements illicites et de bidonvilles, le maire de Mérignac a réaffirmé sa volonté d’accueillir sur sa commune une aire de grand passage pour les gens du voyage et un espace temporaire d’insertion pour les Roms. « La métropole ne respecte toujours pas ses obligations légales », tonne Alain Anziani.

« C’est la route des Roms », lâche un journaliste en embarquant dans le minibus affrété ce mercredi par la mairie de Mérignac. La saillie détend un peu l’atmosphère, alors que le programme proposé à la presse prête peu à la rigolade : lors de ce tour du quart-monde aux portes de la métropole bordelaise, les journalistes ont pu voir trois sites, dont un bidonville dans la zone d’activité extra rocade.

Une centaine de personnes – des Roms d’un côté, des gens du voyage sédentarisés depuis trois ans de l’autre -, vivent ici, rue Laplace, dans une quasi décharge à ciel ouvert. Aucun n’est toutefois sorti des cabanes ou des caravanes discuter avec les visiteurs du jour. Sur ce terrain privés, la métropole leur a laissé des bennes et collecte les déchets. Mais aucun accès à l’eau n’est assuré.

Mérignac dénombre actuellement au moins 5 installations de gens du voyage, 2 camps de Roms (plus 5 squats dans des maisons) soit environ 800 personnes vivant dans des conditions indignes.

« Nous avons le sentiment qu’on ne prend pas cette question complexe à bras le corps », démarre Alain Anziani, évoquant « des moyens d’action trop limités pour les maires ».

« On ne va pas les jeter à la Garonne »

Selon l’édile de Mérignac, « il est urgent de faire preuve de fermeté et d’humanité » :

« De l’humanité car il faut bien offrir une alternative. On ne va pas jeter ces gens à la Garonne, et on ne peut expulser les Roms roumains et bulgares, issus de pays européens. Mais on doit aussi faire preuve de la fermeté car leurs conditions de vie sont inacceptables pour tout le monde. Je comprends et partage le mécontentement des riverains, on ne peut pas vivre à côté d’un campement. »

Alain Anziani défend ainsi sans états d’âme les expulsions. Il évoque le coût faramineux pour les propriétaires privés de l’évacuation des déchets, une fois les occupants partis – de l’ordre de 100000 euros les 220 tonnes laissées sur place. Il prend note de la recrudescence de vols et de dégradations sur un chantier voisin d’un terrain occupé par des gens du voyage. Et il raconte une visite dans un bidonville infesté de rats, ou encore dénonce « la dangerosité des branchements électriques, les fuites d’eau liées aux raccords sur les bouches ».

Fermeté, humanité… la ligne de crête est étroite entre les deux positions. Tout comme cette visite de presse crée un léger malaise : la volonté légitime de présenter la situation des Roms et des gens du voyage sans faire de voyeurisme ou s’imposer, en débarquant avec micros et caméras, se traduit par une absence de dialogue avec les occupants des lieux.

Près d’un terrain occupé par les gens du voyage à Mérignac (SB/Rue89 Bordeaux)

Kiling rats

Quelques femmes se rapprochent toutefois de la grille, lorsque le minibus arrive près du bassin d’étalement Innolin, où sont stockées les eaux d’écoulement de la rocade. Des dizaines de caravanes se sont rangées près de ce lac artificiel.

« On doit rester ici car nous avons un cousin malade qui fait des chimios, et c’est le seul emplacement qu’on a trouvé, raconte Kathia. Il n’y a qu’une seule aire d’accueil dans l’agglo, à Bacalan, mais il n’y a que 10 emplacements alors qu’on a 60 caravanes. Et c’est sale, il y a des rats. »

Pourtant, ce terrain de Mérignac, qui appartient à la métropole, ne l’enchante pas – elle trouve notamment la présence du bassin trop dangereuse pour les enfants, et il n’y a pas de raccordement à l’eau ni à l’électricité. C’est aussi l’avis d’Alain Anziani, qui rappelle que sa ville « fait des propositions pour donner des lieux de vie convenables et éviter des problèmes d’hygiène considérables ».

Alors que la métropole ne respecte pas son obligation légale de créer trois aires de grand passage pour les gens du voyage, la deuxième commune de l’agglo propose en effet un terrain qui pourrait comporter 200 places, sur le boulevard Marcel Dassault. Elle doit désormais exproprier le propriétaire, qui réclamait un prix trop élevé.

Procédures accélérées

Si Bordeaux Métropole se mettait en conformité avec le schéma départemental des aires d’accueil et de grand passage, cela permettrait la mise en oeuvre des procédures d’expulsion en urgence prévues par la loi, souligne Mérignac. Dans la situation actuelle, une expulsion peut prendre deux semaines à plusieurs mois, « aggravant ainsi le préjudice subi par les propriétaires, les riverains ou les entreprises ».

Or Mérignac est soucieuse du développement économique de sa zone d’activité autour de l’aéroport, en plein boom. Mais le maire pointe aussi le fait que sa ville est la seule, avec Bordeaux et Bègles, à candidater à l’accueil d’un espace temporaire d’insertion (ETI) pour les Roms. Un terrain lui est même réservé,près de l’échangeur 12 de la rocade.

Dans le bus qui s’arrête à côté, Alain Anziani et ses services détaillent ce projet. 30 à 60 personnes pourraient loger, soit dans des préfabriqués, soit des camions frigorifiques reconvertis en habitats. Ils y seraient encadrés par des médiateurs, et auraient en échange de ces logements des devoirs – apprentissage de la langue, scolarisation des enfants…

« Mérignac fait partie des mairies leaders sur le sujet, et on se réjouit que la métropole cherche des solutions dignes et pérennes, salue Morgan Garcia, de la mission squats de Médecins du Monde. Mais la solution ne pourra pas être trouvée à l’échelle d’une commune, et même si trois ETI sont créées, cela résoudra la situation au mieux de 300 personnes, sur un millier de personnes à la rue. Un acteur majeur, l’Etat, devrait se saisir du problème, afin de résorber les bidonvilles. »

La solution passera selon le responsable de l’ONG par un panel de mesures – mobilisation des bailleurs sociaux, Logement d’abord, intermédiation locative, baux précaires… -, alors que la métropole ne semble pour l’heure qu’en privilégier une seule, du moins pour les sédentaires.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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