Figure (et voix) de la gauche bordelaise, Gilbert Hanna est décédé
Société 

Figure (et voix) de la gauche bordelaise, Gilbert Hanna est décédé

Militant syndical et associatif, fondateur de Sud PTT et Solidaires en Gironde, Gilbert Hanna a présidé et animé la Clé des Ondes, radio alternative bordelaise. Il vient de mourir, à l’âge de 71 ans.

Tout un symbole : Gilbert Hanna a fini par raccrocher le jour où commence le procès de France Télécom, dont les méthodes de management ont poussé au suicide 19 salariés.

Parmi les familles de victimes représentées figure celle de Rémy Louvradoux qui en 2011, s’était immolé par le feu devant le site de Mérignac. Cadre de l’entreprise publique et fondateur de la section girondine de Sud PTT, Gilbert Hanna soutenait la femme de son collègue et ses enfants.

« La famille (…) veut qu’il y ait des suites judiciaires, politiques, sociales, à cette affaire clairement liée à la souffrance infligée à Rémy par France Télécom depuis plusieurs années », déclarait-il le 27 avril 2011.

La main tendue

Le militant syndical et homme de radio bordelais – il a longtemps présidé la station associative La Clé des Ondes, fondée en 1981 -, n’aura pas pu assister à ce procès. Gilbert Hanna, 71 ans, est mort ce lundi des suites d’une longue maladie.

« Gilbert emporte avec lui tout un pan de cette vie militante qu’on a pu partager, évoque son ami et ancien collègue, René Bordenave. Il avait pris à bras le corps le combat pour dénoncer ce harcèlement moral chez France Télécom, organisant des soirées, des projections, des débats… Mais il combattait toutes les injustices, et tendait la main aux plus faibles, notamment les SDF et les sans papiers. C’était un type bien, qui luttait pour ses convictions, et était respecté de tous, même des patrons avec lesquels ils pouvaient négocier âprement. »

Issu de la CFDT, Gilbert Hanna a fondé Sud PTT Girondes puis Solidaires dans les années 90. Laurent Pailhès, de Sud, le côtoyait depuis les grandes grèves de 1995 :

« On savait qu’il luttait depuis des années contre la maladie, mais aujourd’hui on est tristes, abattus. Il va laisser un grand vide : c’était un militant exemplaire qui a montré le chemin. Et on le voyait partout. »

« Sans concession »

Dans un post publié ce lundi sur sa page Facebook, la Clé des Ondes rend hommage à Gilbert Hanna, sa « voix chaleureuse », son « ton sans concession » et ses combats : « la lutte contre les pesticides, le combat des personnels en Ehpad ou hospitaliers, les demandes de libération d’Abdullah Oçalan, de Salah Hamouri et bien sûr de Georges Ibrahim Abdallah (Free Georges Abdallah) [qu’il] rencontrait souvent à la prison de Lannemezan ».

Gilbert Hanna (DR)

L’homme « était de toutes les manifs, de tous les points chauds », poursuit Xavier Ridon, dirigeant de la radio, citant notamment Nuit Debout, Loi Travail, solidarité avec la Palestine, et soutien aux actions de RESF, dont la défense de Drita Kurtsmajlaj…

« Il a toujours voulu faire de ses émissions, notamment Kaléïdoscope, un carrefour politique, social et culturel, où se croisaient des figures locales. Gérard Boulanger et Michel Slitinsky, dans tous les moments compliqués du Procès Papon pourront notamment compter sur la Clé des Ondes pour les soutenir. Gilbert souhaitait que la Clé reste un lieu de discussion pluraliste à gauche, et sorte de son studio pour impulser la discussion avec d’autres. C’est pour ça qu’il a organisé un festival à Saint-Michel, Musiques en couleurs, où ont joué Zebda et Manu Dibango. La clé avait aussi un camion qui diffusait de la musique pendant les manifs. Et il programmait plein de films avec débats à l’Utopia. »

Né au Sénégal de parents libanais, Gilbert Hanna a été expulsé en 1968 avec « d’autres étudiants qui avaient lancé une révolte d’ampleur avant d’être parqués puis éjectés du pays » sur ordre du président Leopold Sedar Senghor. Il est alors arrivé en France, à Bordeaux, où il se fond très vite.

« Gilbert était extrêmement avenant, il arrivait à débloquer la parole chez un paquet de gens, se souvient Xavier Ridon. D’ailleurs, il avait toujours un micro sur lui, et quand il rencontrait quelqu’un, après avoir papoter 20 secondes, il pouvait faire une interview. Car il avait la volonté de faire entendre des gens et des acteurs qu’on a pas l’habitude d’entendre. »

« Nous continuerons tes combats », conclut la Clé des Ondes.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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