Guérilla verbale au « procès politique » du maire Gilet jaune Segundo Cimbron
Société 

Guérilla verbale au « procès politique » du maire Gilet jaune Segundo Cimbron

Le maire de Saint-Yzans-de-Médoc, Segundo Cimbron, comparaissait ce lundi 27 mai devant le tribunal correctionnel de Bordeaux pour « provocation directe non suivie d’effet à un attroupement armé ». Le 8 janvier, il avait déclaré durant une réunion avec des Gilets jaunes à Moulis qu’il lui semblait « tout à fait logique de faire des actions de type guérilla ». Le parquet a requis 5000 euros d’amende.

Sous les parapluies, ils sont une soixantaine à attendre Segundo Cimbron devant le tribunal correctionnel de Bordeaux ce lundi après-midi. Annick est venue soutenir l’édile, « parce que le principe du délit d’opinion n’est pas acceptable ». Selon elle, « on veut intimider les gens qui ne sont pas d’accord ».

Plusieurs écharpes tricolores sont visibles dans la foule. Le député Loïc Prud’homme (France insoumise) est présent. Jean-Jacques Corsan, conseiller régional socialiste est également venu défendre le maire de Saint-Yzans :

« Les accusations sont ridicules quand on connaît la personnalité de Segundo. C’est un poète, un chanteur. Surtout pas un adepte de la violence. »

« Procès politique »

Le maire a été convoqué par le procureur de la République suite à une plainte de Didier Lallement, alors préfet de Gironde. Ancien adhérent au Parti communiste, le prévenu dénonce un procès « politique » :

« Le 7 janvier, j’ai envoyé une lettre à Macron pour lui dire que je refusais de participer au grand débat. Le lendemain, je suis à la réunion avec les Gilets jaunes. Et on m’accusera de propos tenus ce jour-là. »

Segundo Cimbron, ce 27 mai au tribunal de Bordeaux (HR/Rue89 Bordeaux)

Côté romantique

Jugé pour « provocation directe non suivie d’effet à un attroupement armé », Segundo Cimbron assure qu’il n’appelait pas à la violence.

« En 3 minutes 22, vous prononcez à 4 reprises le terme ”guérilla” devant les 250 personnes présentes ce jour-là, note la juge. Ce n’est pas de la maladresse, vous connaissez le poids des mots. Etait-il judicieux de parler de guérilla ? »

Réponse du maire :

« On ne trouve pas toujours les mots justes. Comme après chacun de mes discours, je suis rentré en me disant que j’aurais dû dire les choses autrement. C’est le mot qui m’est venu. Je suis franco-espagnol et c’est un terme d’origine espagnole. Il y a peut-être chez moi ce côté romantique, comme vous dites. »

« J’aurais dû préciser ”guérilla sociale” », reconnaît ensuite le prévenu. La présidente réplique : « Si vous l’aviez souhaité vous l’auriez fait. » Une partie de l’assistance lance un « oh ! » scandalisé. A plusieurs reprises, la juge demande le silence dans la salle comble.

Guérilla Wikipédia

La présidente de séance demande alors au prévenu de préciser ce qu’il entend par la « guérilla de Gandhi », dont il dit s’inspirer. Segundo Cimbron raconte ce modèle de la « non-violence », qui a aussi appelé à la « désobéissance civile ».

« La guérilla ça veut dire faire de petites actions au lieu d’actions spectaculaires et importantes, détaille-t-il. Occuper un rond-point, aller devant un supermarché, ça ne se fait pas forcément avec pistolets et fusils, ça se fait avec des banderoles… C’est la guérilla sociale. »

Le débat sémantique occupe une grande partie des deux heures d’audience.

« Il y a également la guérilla parlementaire. Et la guérilla commerciale. Toujours avec l’idée de harcèlement et de petites actions », explique le prévenu.

Les définitions du terme sont toutes égrenées. Si bien que la juge demande à l’élu s’il a « bûché Wikipédia »…

5 000 euros d’amende requis

« Si j’avais estimé que vous aviez une personnalité primaire, je ne plaiderais pas de la sorte, affirme Lionel Marconi, représentant de l’Etat et de la préfecture de Gironde. La responsabilité doit être équivalente au sérieux et à l’intelligence. »

L’avocat déplore que Segundo Cimbron ait « [mis] de l’huile sur le feu en présence de 250 personnes, pour certaines déjà très excitées ».

Nathalie Noël, avocate du prévenu, affirme que les propos tenus ne peuvent « s’analyser comme une consigne ». « On ne condamne pas sur une ambiguïté », conclut-elle, avant de plaider la relaxe.

Le procureur insiste sur un point en particulier : le statut de maire du prévenu, qui incombe une grande responsabilité. « Le 8 janvier, vous vous êtes présenté en tant que maire de Saint-Yzans, vous avez délibérément engagé la parole d’un élu. » Elle requiert une peine de 5 000 euros d’amende, dont une partie assortie de sursis.

Sorti de la salle d’audience sous les applaudissements, Segundo Cimbron se dit « serein » :

« Si j’étais condamné ne serait-ce qu’à un euro symbolique, je ferais appel. Je veux que mon innocence soit reconnue. »

Le jugement est mis en délibéré au jeudi 6 juin.

L'AUTEUR
Hippolyte Radisson
Hippolyte Radisson
Apprenti journaliste à l'IJBA, suit en particulier les mouvements sociaux

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