Pourquoi des députés girondins ont voté en faveur du CETA
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Pourquoi des députés girondins ont voté en faveur du CETA

Le 23 juillet, l’Assemblée Nationale a voté la ratification du CETA, l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union Européenne. Sept députés girondins ont donné leurs voix.

Pascal Lavergne, député du Sud-Gironde, éleveur et viticulteur, parle d’un acte « particulièrement douloureux ». Le lendemain de ce 23 juillet, il découvre sur des bottes de paille de son exploitation des tags peu avenants : « Tu oublies d’où tu viens », « Menteur », « Trahison ».

« Je connais tous les jeunes agriculteurs du coin, […] ils auraient pu me téléphoner. On est dans les mêmes coopératives agricoles, on se prête du matériel, on se connaît. Je suis resté le gars accessible que j’ai toujours été, on peut venir me voir, discuter. Ça m’a renvoyé à des choses que je réprouve, je suis très attaché à la démocratie. »

Pas les mêmes valeurs environnementales

Ceux qui ont porté ce « coup dur » à cet éleveur et viticulteur lui reproche son vote pour le CETA. Lui, et d’autres députés LREM de Gironde (Dominique David, Catherine Fabre, Bérangère Couillard, Benoit Simian, Florent Boudié, et aussi la Modem Sophie Mette), ont donné leurs voix à cet accord économique et commercial entre l’Union Européenne et le Canada s’attirant les foudres de l’opposition, et aussi le milieu agricole.

Les agriculteurs craignent en effet une concurrence sur leurs marchés, qui pourrait leur faire perdre des sommes importantes. Plus encore, ceux qui valorisent leurs productions par le biais d’engagements environnementaux, sont soucieux d’être face à des produits qui, à l’inverse, ne partagent pas les mêmes valeurs environnementales.

L’ex-ministre de l’environnement, Nicolas Hulot s’est opposé publiquement à la ratification du traité à travers une lettre ouverte publiée sur France Info. Il avait dénoncé les « premiers effets concrets en matière de coopération réglementaire » :

« Pour permettre l’accès au marché intérieur européen à des produits canadiens, la Commission Européenne a commencé à relever nos limites maximales de résidus (LMR) autorisées pour certaines substances et produits. En les multipliant par 10 par exemple pour la clothianidine, un pesticide néonicotinoïde interdit en Europe, utilisé au Canada sur les pommes de terre. »

CETA, c’est quoi ?

Le CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement) prévoit notamment une réduction des droits de douane entre les continents pour favoriser les échanges. Entré en vigueur le 21 septembre 2017, sa ratification a été votée à l’Assemblée nationale, à 266 voix pour et 213 contre. Parmi les députés favorables à cette nouvelle version du traité, six élus girondins doivent désormais faire face à des critiques du monde agricole, qui craignent de devoir faire face à une concurrence étrangère de taille.

Ce traité de libre-échange entre le Canada et l’Union Européenne unit les pays concernés par une simplification de la certification des échanges commerciaux. Les agriculteurs sont directement concernés, car les exportations entre l’UE et le Canada seront facilités par la réduction de droits de douane. En clair, les marchés seront davantage ouverts. Par exemple, le Canada pourra exporter seize fois plus de viande de bœuf en Europe sans payer de droits de douane, tandis que les pays de l’UE pourront vendre davantage de fromages.

Pratiques identiques

Pascal Lavergne, professionnel depuis 20 ans « et pas par héritage familial », est installé à Monségur.

« Quand on est député de la nation, il faut voir l’intérêt général global, et pas la somme des intérêts particuliers des uns et des autres qui peuvent être complètement divergents d’un secteur, d’une région à l’autre. »

Le député se veut rassurant :

« Quand on ouvre nos frontières à des échanges internationaux, il faut veiller à ce que les conditions de production qu’on impose à nos producteurs soient également respectées. En l’occurrence, comme le Canada a des pratiques différentes par rapport aux hormones de croissance, ou à l’utilisation d’antibiotiques on ne peut pas accepter que ces produis soient importés sur notre sol, et en l’occurence le traité du CETA le prévaut. Ne pourront accéder au marché que les exploitations canadiennes qui ont des pratiques identiques aux nôtres. Les échanges dans le cadre du traité se font déjà, donc on a pu observer les exportations et importations depuis 12-18 mois. »

Il ajoute, « je considère que cet accord bilatéral est plutôt une avancée par rapport à l’OMC (organisation mondiale du commerce), qui permet de faire tomber des droits de douane favorables au consommateur, permettant de faire baisser les prix. La filière fromage, vin, foie gras peut accéder au marché plus facilement qu’elle ne pouvait précédemment ».

Pour revenir aux inscriptions, il compte porter plainte, afin de « savoir de qui il s’agit, pour discuter avec ces gens ».

« Véto climatique »

Bérangère Couillard, député LREM de la 7e circonscription de la Gironde, l’explique via sa page facebook. Il s’agit, à son sens, d’un traité qui « ne remet pas en cause la réglementation européenne en vigueur » :

« Les règles sanitaires européennes, qui sont parmi les plus strictes au monde, sont pleinement préservées avec le CETA. Il impose le respect des accords environnementaux dont fait partie l’Accord de Paris » ajoute-t-elle.

Plus encore, « Le CETA permet un meilleur contrôle et un suivi en continu des importations pour répondre aux craintes de certaines filières agricoles. Il protège les savoir-faire français. Désormais 42 indications géographiques protégées françaises sont reconnues au Canada grâce au CETA contre zéro auparavant. Une bonne nouvelle pour tous nos producteurs fromagers, d’huile d’olive, de piment d’espelette ou encore d’huîtres… »

Quant à la problématique climatique soulevée par ses opposants, elle répond que « le ”véto climatique” est une innovation majeure demandée par la Commission Schubert et les parlementaires et obtenue par le Gouvernement. […] Il protège, contre les recours des investisseurs, toutes les lois d’intérêt public comme la biodiversité ou les droits sociaux notamment. » 

« Tout benef »

De son côté, interrogé par Rue89 Bordeaux, le député médocain Benoit Simian, fils d’apiculteur argumente son choix d’avoir voté en faveur du traité.

« Dans le Médoc, on a une relation historique avec le Canada, territoire ami. En tant que député du Médoc, en ce qui concerne la viticulture, je suis très sensible aux échanges commerciaux, le CETA c’est tout benef pour encourager les échanges avec le continent nord-américain. Le sujet qui agite le plus est celui des éleveurs. Or, on voit bien en proportion quand on regarde le nombre de tonnes importées est de 12 tonnes équivalent carcasse importées en 2018 sous contingent CETA pour un marché français de 1,5 millions de tonnes. Cela est dû au fait que la filière canadienne n’est pas équipée pour répondre à nos normes. Il faut être clair sur le CETA, uniquement les produits aux normes européennes ne peuvent rentrer sur le territoire national. »

Sur la problématique des accords climatiques, il tient à rappeler les « énormes avancées » :

« Au Canada les fermes sont de l’ordre de 75 000, et seules 36 pourraient importer leurs produits sur le territoire français. Le CETA n’a donc à ce stade pas eu d’impact sur ces filières. Je préfère un accord bien cadré, régulé plutôt que la dérégulation à outrance et des marchés sauvages. » 

Benoit Simian promet cependant de rester « extrêmement exigeant sur les futures négociations notamment concernant le Mercosur, le texte en l’état n’est pas satisfaisant ».

L'AUTEUR
Claire Mayer
Claire Mayer
Journaliste pigiste web et presse écrite, passionnée d'actualité

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