Municipales : les Insoumis veulent un ticket rouge-vert pour les transports gratuits à Bordeaux
Politique 

Municipales : les Insoumis veulent un ticket rouge-vert pour les transports gratuits à Bordeaux

Les Insoumis bordelais ne sont pas insensibles à l’appel du pied des écologistes et de Matthieu Rouveyre pour une liste commune à gauche. Ils fixent pour cela quelques « lignes rouges programmatiques », dont le rejet de la cogestion à la métropole et la gratuité des transports en commun.

Le mouvement créé autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle est à la croisée des chemins. A Bordeaux, après son excellent score au premier tour en 2017 (23,40%, derrière Emmanuel Macron) et sa déconvenue aux européennes (6,20%), les Insoumis s’interrogent sur la meilleur stratégie à suivre pour peser lors des municipales de 2020.

Première information : dans la métropole bordelaise, malgré son quadrillage du terrain par ses militants, la France insoumise (FI) ne partira pas forcément à l’assaut sous ses propres couleurs. Si elle a décidé de coordonner son discours à l’échelle métropolitaine, elle donne à ses groupes d’action locaux une certaine marge pour conclure des alliances.

« On ne gagnera pas seul et on le sait, observe Guillaume Latrille, une des chevilles ouvrières du mouvement. Mais beaucoup glissent vers nos positions, et toutes les forces de gauche à Villenave d’Ornon sont d’accord pour partir ensemble, PS, EELV Génération.s et Insoumis. »

A Bordeaux, Loïc Prud’homme, député FI de la troisième circonscription, se dit prêt à travailler avec un large spectre « de lanceurs d’alertes associatifs et de citoyens engagés qui ont la légitimité de porter une liste citoyenne ».

Ambitions communes

Les Insoumis saluent « le travail de fond de Matthieu Rouveyre », notamment sur le logement, même s’ils regrettent qu’il soit encore au parti socialiste. Et Loïc Prud’homme trouve « intéressants » les propos de Pierre Hurmic, l’élu écologiste qui a lancé un appel pour les municipales  :

« Il pose la question des propositions politiques, ”qu’est-ce qu’on veut faire” plutôt qu’ ”avec qui”. Nous sommes sur le même mode de fonctionnement. Et on partage les mêmes ambitions : on veut réintroduire du végétal dans la ville – on s’est battus contre l’abattage des marronniers de Gambetta –, on veut redonner le droit à la ville, en arrêtant la densification et la gentrification complètement folles de Bordeaux. L’immobilier d’affaires dans un quartier comme Euratlantique chasse les classes populaires de plus en plus loin. »

L’élu insoumis apprécie en outre que Pierre Hurmic s’oppose vigoureusement à la cogestion, ce partage des pouvoirs entre les maires de Bordeaux Métropole :

« On ne transigera pas là dessus. A quoi cela sert d’aller voter aux municipales si c’est pour avoir les pieds et poings liés au niveau métropolitain où on mène les mêmes politiques depuis 70 ans ? Nous serons cohérents là dessus, et il faudra que les forces politiques avec lesquelles on s’associe clarifient leurs positions. »

Les Insoumis visent notamment Clément Rossignol-Puech, maire (EELV) de Bègles, accusé d’approuver la cogestion, et surtout d’avoir soutenu la fusion de l’hôpital Robert Picqué avec la fondation Bagatelle (projet Bahia).

Lignes rouges

Car la France insoumise pose donc quelques « lignes rouges programmatiques », dont la défense des services publics et la question des transports gratuits.

« On soutiendra ce choix là partout, et s’il n’y a pas d’accord avec ce marqueur là, ce sera sans nous », ajoute Guillaume Latrille, qui y voit là une façon de « changer la vie des gens » en conciliant fin du monde et fin du mois.

Mais cette proposition ne risque-t-elle pas de détourner de la FI quelques alliés potentiels plus dubitatifs sur la question ? Si la gratuité fonctionne bien dans les communes où les bus roulaient à moitié vide, comme à Dunkerque ou Libourne, sa mise en œuvre à Bordeaux est plus discutable à Bordeaux, où elle pourrait en effet aggraver l’état du réseau déjà saturé dans le centre.

A Bordeaux Métropole, les communistes sont les seuls à défendre une telle mesure que Christophe Duprat, vice-président en charge des transports, chiffre (à la louche) à 300 millions d’euros par an (entre les 82 millions d’euros de billetterie perdus et les coûts supplémentaires de fonctionnement). Délicat, alors qu’un projet comme le RER Métropolitain va déjà mobiliser des investissements importants pour réhabiliter les lignes de la SNCF.

« Cela peut commencer par une gratuité partielle des transports, en cas de pollution ou de canicule, ou pour plusieurs catégories de populations, et on l’étendrait au fur et à mesure, pour une gratuité totale au mandat suivant », nuance Loïc Prud’homme.

La FI pourrait par ailleurs se trouver en porte-à-faux avec EELV sur le dossier de la zone à faible émission (ZFE), qui interdirait le centre-ville aux véhicules les plus polluants. Actuellement à l’étude à la métropole, et jugé indispensable par les  écologistes pour lutter contre la pollution atmosphérique, elle est considérée comme un péage urbain infligé aux travailleurs les plus modestes par Loïc Prud’homme.

Machines lancées

Le député insoumis pourrait-il se lancer lui même dans la bataille des municipales ? Donné à 13% dans le sondage Ifop commandé par Esprit Bordeaux (le parti du maire, Nicolas Florian), il n’est pour l’instant pas candidat.

« On ne construit pas un parti de notables ! La décision n’est pas encore prise, on va en discuter avec les Insoumis. Mais nous voulons être un outil au service des gens, pour une révolution citoyenne par les urnes. Ce serait compliqué de vouloir d’un côté que les citoyens s’emparent de la politique, et de l’autre décider que c’est moi, député France insoumise, qui serait seul capable d’être candidat. Si tout le monde me supplie à plat ventre je serai peut être obligé de m’y résoudre… »

La France insoumise débat toujours de son cadre programmatique dans ses groupes d’action. Et élargira ses échanges à l’automne avec tous ceux qui sont prêts à en discuter.

« Ce serait imbécile qu’on n’arrive pas à s’unir sur des propositions politiques qui se ressemblent, conclut Loïc Prud’homme. Mais les gens se détournent de la politique quand ils voient que ceux qui se combattent aujourd’hui s’allient pour sauver leurs fesses. On veut éviter ce truc illisible, d’autant qu’on a pas d’élus à sauver. »

Mais alors que d’autres machines sont déjà lancées vers 2020, comme Esprit Bordeaux derrière Nicolas Florian, ou Renouveau Bordeaux du candidat LREM Thomas Cazenave, la gauche va devoir accélérer si elle veut saisir la chance historique d’une première alternance au palais Rohan depuis 75 ans.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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