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Policier municipal, un métier en tension à Bordeaux Métropole

Face au désengagement de la police nationale, Bordeaux et Mérignac veulent embaucher des policiers municipaux, mais peinent à recruter. La métropole bordelaise pâtit d’un coût du logement élevé par rapport aux salaires des agents, et du fait que les candidats privilégient les villes où la police dispose d’armes à feu. Le maire de Bordeaux veut ouvrir ce débat, dans un contexte sécuritaire épineux.

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Policier municipal, un métier en tension à Bordeaux Métropole

Ville de Bordeaux cherche désespérément 19 policiers municipaux. La mairie, qui veut gonfler ses effectifs de 110 à 140 agents, peine à recruter, tout comme plusieurs communes de l’agglomération. Mérignac a par exemple décidé au printemps de passer de 18 à 30 fonctionnaires, mais n’a pas encore trouvé preneurs pour les quatre premiers postes ouverts.

« Comme la police nationale, très occupée par les Gilets jaunes, s’est désengagée de ses missions classiques et est moins présente sur le terrain, nous voulons déployer nos propres moyens, explique Alain Anziani, maire de la deuxième ville de l’agglomération. Mais toutes les villes sont aujourd’hui dans la même perspective : aussi les candidats peuvent choisir les meilleures conditions d’embauche ».

Et celles ci ne sont pas en faveur de la métropole bordelaise, poursuit Alain Anziani

« Les prix des loyers et de l’essence n’incitent pas les policiers municipaux actuellement en Dordogne ou dans le sud Gironde à quitter leur poste soit pour s’installer chez nous, soit pour faire des allers-retours. »

Appel du large

Mérignac a donc récemment décidé d’augmenter son régime indemnitaire. Mais cela ne suffit pas toujours : lorsque les villes parviennent à recruter, les nouveaux policiers municipaux repartent rapidement, indique Jean-Louis David, adjoint au maire de Bordeaux en charge de la sécurité :

« Une fois formés et qualifiés, nos agents cèdent souvent à l’appel du large, vers les communes de la périphérie qui se dotent aussi de polices municipales. Ils le font souvent pour des questions de logements trop coûteux à Bordeaux, ou pour se rapprocher de leur domicile. »

Une policière à Toulouse (Wikipedia.commons)

Sur les 30 policiers municipaux recrutés par la Ville ces dernières années, 20 ont ainsi déjà mis les voiles. Si la concurrence entre communes qui recrutent massivement est réelle, ce problème est, selon Jérôme Desorthe, délégué syndical CGT de la police municipale de Bordeaux, « mineur par rapport aux questions locales » :

« Nous sommes payés au diapason des autres polices (entre 1500 et 2400 € selon le grade et l’ancienneté, NDLR) mais se loger à Bordeaux coûte cher, il faut donc vivre en périphérie. Beaucoup de gens recrutés, qui sont parfois en passerelle de l’armée ou de la police national, ne restent pas car les moyens de notre police municipale sont encore en dessous de ses ambitions. Ainsi, la répartition des policiers par quartiers est une idée intéressante, mais comme nous n’avons pas encore tous les effectifs, nous nous retrouvons en sous nombre, avec des conditions de travail difficiles. Nous estimons que cela nécessiterait 200 agents. Les candidats en parlent sur les forums, et si au bout de deux ans on n’arrive pas trouver des gens, c’est qu’il y a un loup. »

Dans la ligne de mire

Le responsable syndical de la CGT pointe un autre problème : l’armement des policiers municipaux.

« L’air du temps est aux armes à feu. Est-ce justifié ou pas, je ne sais pas, et je ne suis pas pro-armement en tant que tel. Mais en attendant, pour la plupart des gens qui voudraient venir et qui ont déjà travaillé avec une arme de poing, c’est une condition sine qua non. Cela crée un frein pour les recruteurs, même si ce n’est heureusement pas un frein principal ».

Caméras piétons de la police municipale bordelaise (CA/Rue89 Bordeaux)

Le phénomène est loin d’être circonscrit à la métropole : le syndicat de défense des policiers municipaux (SDPM) estime qu’il manque entre 3 et 4000 agents sur tout le territoire. Mais pour Cédric Michel, président de ce syndicat (non représenté à Bordeaux), « les agents vont là où les polices municipales sont armées et où les salaires sont les plus intéressants, et  l’Aquitaine est à la traîne sur ces deux points ».

Le responsable de ce syndicat corporatiste souligne en outre que « Bordeaux est l’une des rares grandes villes de France où les policiers municipaux ne sont pas armés ».

Taser de rien

Le SDPM milite il est vrai avec constance sur ce dossier, et ce en toutes circonstances – pour critiquer le désarmement des agents par la préfecture de l’Essonne après la descente du maire de Wissous contre des gens du voyage, ou estimer en mars dernier que les caméras piétons pour les policiers bordelais ne sont pas à la hauteur :

« De part leur présence continue sur l’espace public, les policiers municipaux sont très souvent les primo-intervenants sur tout type de situation, les exposant de plein fouet à l’insécurité, réagit-il alors dans un communiqué. En privant les agents de police municipale du moyen de défense vitale qui est l’armement à feu, le Maire engage sa responsabilité vis à vis des agents mais également des citoyens de Bordeaux. »

Alain Anziani reconnaît que la question des armes à feu revient souvent lors des entretiens avec les aspirants policiers.

« C’est devenu un critère, et c’est un vrai débat, estime le maire de Mérignac. Si on demande à nos agents de faire le travail de la police nationale, ils vont rentrer en contact avec des bandes et courront le risque de confrontations physiques à 3 contre 30. Je ne crois pas devoir les doter d’armes létales, mais je ne suis pas opposé à ce qu’on les équipe de pistolets à impulsion électrique (Taser). Portés à la ceinture, cela peut déjà intimider et refroidir certaines ardeurs. »

« J’ouvre le débat »

A Bordeaux , la police municipale dispose de Tasers depuis 2016. Et le maire, Nicolas Florian, envisage d’aller plus loin.

« J’ouvre le débat avec les agents, répond-il à Rue89 Bordeaux. Mais avant de prendre une décision je veux avoir tous les éléments de la part de la préfecture sur les questions réglementaires de formation ou encore de stockage des armes. Il y a une vraie demande par effet miroir, et l’épisode de l’attaque de la préfecture de police de Paris a rappelé combien les agents sont en première ligne. »

Le contexte à Bordeaux est par ailleurs sensible, comme l’a rappelé le conseiller municipal et candidat à la mairie de Bordeaux, Vincent Feltesse, lundi en conseil municipal :

« L’été et la rentrée ont été marqués par plusieurs agressions à l’arme blanche, dont une mortelle, des rixes multiples aussi bien à Saint-Michel qu’à Caudéran, le maintien d’un trafic de drogue important à la Victoire, Saint-Michel ou encore Bacalan ou le Grand Parc, sans parler des nombreux cambriolages. Cette dégradation réelle nécessite une pression forte auprès de l’État, mais aussi une nouvelle approche de maintien de la sécurité en ville. »

L’ex président de la CUB réclame « plus d’ambition » en la matière, sans toutefois préciser encore dans quel sens. L’écologiste Pierre Hurmic, également candidat à la mairie, et Matthieu Rouveyre mettent en garde la Ville contre « le doigt dans l’engrenage » de la sécurité publique :

« Je ne suis pas favorable à ce qu’on arme les policiers car on leur ferait courir des risques, estime Matthieu Rouveyre. Et ce serait un glissement des compétences et des charges qui relèvent de la police nationale. La question doit d’abord être de sortir les personnes qui occupent l’espace public. »

Il faut « extraire les fauteurs de troubles des quartiers » renchérit Nicolas Florian. Ce qui va vraiment nécessiter des moyens humains.

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