Des Gilets jaunes loin d’être essoufflés pour leur première bougie à Bordeaux
Politique 

Des Gilets jaunes loin d’être essoufflés pour leur première bougie à Bordeaux

Un an après le début du mouvement des Gilets jaunes, 1800 personnes ont selon la Préfecture battu le pavé à Bordeaux, sans incidents graves.

De la place de la Bourse à Stalingrad, via le Grand Théâtre, Tourny, Gambetta, le cours d’Albret et le cours Victor-Hugo, la manifestation déclarée en préfecture a seulement été émaillée de quelques échauffourées lorsque certains Gilets jaunes ont tenté de bifurquer vers le centre ville, puis se sont engagés sur les quais à la fin du cortège.

Neuf personnes ont été interpellées, pour outrages et jets de projectiles, selon la préfecture, dont le dispositif de sécurité était sans doute aussi volontairement plus discret. Peu de dégradations ont été commises, hormis un abribus détérioré et quelques tags. « Anniversaire tous les jours » a notamment été bombé sur les murs du tribunal.

Des manifestants se font refouler par la police en tentant de rallier la place Pey-Berland (SB/Rue89 Bordeaux)

« Les miettes du gâteau »

Loin des mobilisations de janvier, au cours desquelles jusqu’à 6000 manifestants défilaient chaque samedi, l’anniversaire marque un net regain par rapport aux derniers mois, et ses participants ne comptent pas laisser tomber.

« On ne nous laisse que des miettes, c’est pour ça qu’on est encore là », explique Jean, 59 ans. « Un an, on prendrait bien une part du gâteau », indique d’ailleurs la pancarte brandie par cet ouvrier manutentionnaire, chez PSA à Cestas.

« J’ai fait presque toutes les manifs des Gilets jaunes depuis un an. Et rien ne s’est amélioré. On a eu une prime de 300 euros, c’est dérisoire. Moi je gagne 1500 euros, j’ai à peine de quoi boucler mes fins de mois. Et surtout je voudrais pouvoir prendre ma retraite. Je marche 10 à 15 km par jour dans les rayonnages, je travaille parfois la nuit, et j’ai perdu l’audition d’une oreille depuis qu’on m’a soigné une tumeur au cerveau il y a 20 ans. Mon handicap est reconnu et pourtant chaque année on repousse ma demande de départ. C’est honteux. »

Alors Jean, qui manifeste tout seul, sera encore là les prochains samedi. Car il ne croit ni aux syndicats, ni aux politiques, « tous corrompus ». 

Christina, 49 ans, attend aussi avec impatience le 5 décembre, journée de mobilisation nationale contre la réforme des retraites. Les Gilets jaunes sont pour cette conseillère de vente au chômage le premier engagement politique.

« Je ne manifeste pas pour moi »

Et la Bordelaise continue, malgré « une grosse peur » lors de la manifestation du 8 décembre – « j’ai été gazée et bloquée dans une rue, il y avait des vieux et des enfants, on a pu s’échapper que parce que des gens nous ont ouvert des portes ». 

« Aujourd’hui je suis au chômage après un accident du travail, mais je ne manifeste pas pour moi, je le fais pour les travailleurs pauvres, les femmes seules avec des enfants, les jeunes à la rue… Il faut qu’on augmente les salaires, qu’on gèle les loyers. »

Bien que manifestant en fauteuil roulant, Pierre-Louis, 28 ans, n’a pas raté beaucoup d’ « actes » des Gilets jaunes – le 17 novembre 2018, il bloquait le pont Chaban-Delmas. 

« On ne peut pas avoir de justice climatique sans justice sociale. Moi j’ai été indemnisé après mon accident et 13 ans de procès, je ne m’inquiète pas pour mon avenir personnel, mais on ne peut pas être heureux dans ce monde là. Depuis un an il n’y a pas eu d’avancées, la preuve c’est qu’on est encore nombreux aujourd’hui. »

Fin de la manifestation déclarée des Gilets jaunes porte de Bourgogne (SB/Rue89 Bordeaux)

« Prise de conscience »

Pour Alicia, assistante de direction sans emploi, 28 ans, « les seuls changements depuis un an sont dans les mentalités » :

« Les gens ont pris conscience qu’ils ne peuvent plus vivre comme ça et qu’ils ne sont pas seuls à le penser. La parole s’est libérée, on se sent plus légitime de donner son opinion, de critiquer ouvertement Macron. »

Coorganisateur de la manifestation officiellement déclarée en préfecture, marchant en tête de cortège, Pierre-Jean Marquet souligne aussi cette « prise de conscience collective » :

« Même si les gens ne nous rejoignent pas, cela marque les esprit, il faut qu’on continue. »

Vers quoi ?

« Un système plus démocratique, avec des référendums d’initiative citoyenne (RIC), répond ce consultant en informatique. Sinon on continuera d’avoir des décisions sous l’influence des grands chefs d’entreprise français et qui vont dans le même sens, celui de la démolition des mesures prises par le conseil national de la Résistance. » 

Aussi, Pierre-Jean Marquet aimerait que le mouvement passe d’une « gestion sauvage » à quelque chose de plus organisé. C’était l’un des objectifs de la soirée qui, après la manifestation, allait se dérouler à Darwin. Le fait que les Gilets jaunes « légalistes » comme lui et les composantes plus anars soient parvenus à marcher ensemble ce samedi est selon lui un pas important. 

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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