« Hôpital mort », le SOS des soignants à Bordeaux
Société 

« Hôpital mort », le SOS des soignants à Bordeaux

Ils déplorent « d’enchaîner les scanners comme un garagiste des vidanges », de « ne plus avoir le temps de tenir la main aux patients » ou encore de les laisser attendre près de 7 heures aux urgences. Bravant la pluie, plusieurs centaines de médecins, infirmiers, pompiers, manips radio…, pour certains en grève, ont défilé ce jeudi à Bordeaux pour dire qu’ils « sont à bout ». Au delà de leurs revendications pour plus de moyens humains et matériels, ou simplement de reconnaissance, ils manifestent leur fierté et leur désir de maintenir à flot l’hôpital public. Une AG devait se tenir à Pellegrin à l’issue de cette journée d’action nationale. Témoignages. 

« L’hôpital doit rester innovant et attractif »

Caroline Thambo, professeur de génétique au Centre hospitalier universitaire de Bordeaux

Caroline Thambo (SB/Rue89 Bordeaux)

« Nous avons aujourd’hui 80% de grévistes en génétique à Pellegrin, sur 20 médecins et 20 techniciens et infirmie.è.res. Moi je n’avais pas fait grève depuis 1997 ! Nous sommes là par solidarité avec les urgentistes, les infirmières et tous les autres, et pour convaincre que l’hôpital public est à bout de souffle.

Dans notre service, nous avons pourtant des moyens grâce aux financements publics dédiés aux maladies rares. Mais on pleure pour avoir les moyens de continuer à travailler, de garder nos compétences et de continuer à être innovants et attractifs pour les jeunes médecins. Nous réclamons par exemple des séquenceurs du génome à très haut débit (utilisés notamment pour le dépistage prénatal des maladies génétiques comme la trisomie 21, NDLR). On vient d’en recevoir un après deux ans de retard, il nous en faudrait déjà un deuxième. Les chirurgiens ont des robots, mais pas assez de moyens humains pour les utiliser.

Résultats, les patients font plutôt faire leurs analyses dans le privé, qui attire les médecins avec des salaires trois fois plus élevés. Moi je suis restée à l’hôpital car c’est une fierté. On ne manifeste pas tous les jours car nous savons qu’il est fragile et qu’on ne peut pas paralyser le système. Alors on aimerait que notre sonnette d’alarme soit entendue. »

« On ne peut plus tenir la main aux patients »

Gaïta Moy, infirmière au CHU de Bordeaux

Gaïta Moy (SB/Rue89 Bordeaux)

« Depuis de nombreuses années on voit nos moyens et nos capacités à soigner les gens baisser. Avec les fermetures de lits, nous avons moins de personnels pour faire le même travail. Les départs à la retraite ne sont pas remplacés, quand une femme est enceinte elle n’est pas remplacée. Nous faisons des heures sup placées sur un compte épargne temps dont on ne bénéficiera peut être jamais.

Cela se traduit par une qualité de prise en charge médiocre : quand on devrait tenir la main à un patient, on lui promet de revenir dans une heure et on ne le fait jamais. Ce n’est pas acceptable car c’est un boulot d’humanité.

Les gens n’en peuvent plus, ils arrivent au bout du bout. Ils ne veulent même pas travailler ailleurs, mais juste faire autre chose, c’est terrible. D’autant que nous n’avons pas de moyens d’actions, on fait grève ou on manifeste pendant nos jours de repos. On espère juste se faire entendre, et rappeler à tout le monde que la santé est essentielle. »

« Les urgences sont victimes de la pénurie de médecins de ville »       

Laura et Nicolas, infirmier.ère.s urgentistes au Centre hospitalier de Langon

Laura et Nicolas (SB/Rue89 Bordeaux)

Nicolas : « Depuis la fermeture des urgences à la Réole, les patients vont soit à Marmande soit à Langon. Mais nous n’avons pas eu de personnel en plus, et il y a donc de plus en plus d’attente aux urgences – jusqu’à 7 heures, ce qui est énorme pour un petit service comme nous, où l’on fait 20000 à 25000 entrées par an (pour 128 724 au CHU de Bordeaux, NDLR). Les gens sont mécontents, et ils ont raison, ça ne nous satisfait pas non plus.

A part un nouveau camion, on ne voit rien de concret arriver, au contraire : les fermetures de lit continuent, provoquant l’embolie du service. Et si on est en grève depuis le mois de mai, on a pas beaucoup de pouvoirs car il faut qu’on s’occupe des gens, on ne va pas se mettre dans l’illégalité. C’est pourquoi on fait des action sporadiques, ça permet de se faire entendre. Nous verrons si la ministre de la santé, Agnès Buzyn, propose des avancées. »

Flux tendus

Laura : « Et autre chose que la prime de risques mensuelle promise par le gouvernement (de 100 euros, NDLR), parce qu’elle ne donne rien pour la retraite, si on en a une ! Nous voulons une augmentation de salaire. Aujourd’hui, des infirmiers commencent à 1450 euros, avec 10 ans d’ancienneté on est à 1900 euros. Mais moi je touche moins car je suis à 80% – mes horaires de travail généraient beaucoup de frais de nounou, et j’ai préféré libérer du temps pour m’occuper plus de mes enfants.

On est toujours à flux tendus, on travaille un week-end sur deux, à Noël, le Jour de l’an, et tout ça est imposé. Les urgences sont « victimes » de la pénurie de médecins généralistes en ville. Il y en a déjà pas assez, et beaucoup vont partir à la retraite. »    

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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