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Les travers de la médiatisation de l’agression d’une femme trans à Bordeaux

Après l’agression d’une femme trans le 8 décembre dernier, les associations ont été reçues à la mairie de Bordeaux. En plus d’une réflexion sur une coopération globale entre les collectivités pour lutter contre la transphobie, le traitement médiatique de l’affaire est pointé du doigt. 

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Les travers de la médiatisation de l’agression d’une femme trans à Bordeaux

Dimanche 8 décembre, Bordeaux est sous le choc. Les réseaux sociaux relayent la violente agression d’une femme trans cours du Chapeau-Rouge par quatre hommes à 6h du matin. Difficile à vérifier, les détails de l’agression sont rapportés et vite relayés : insultes transphobes, agression physique et chute de la victime par-dessus un parapet haut de deux à trois mètres.

Le monde associatif s’emballe. Les médias nationaux et locaux, comme Rue89 Bordeaux, reprennent l’information. Le journal Sud Ouest publie un entretien avec la victime. Le Parisien publie sa photo.

 « Le traitement médiatique apporte de la souffrance à la souffrance, remarque Marik Fetouh, adjoint au maire en charge de l’égalité, la citoyenneté et la lutte contre les discriminations. Même si les associations avaient conseillé de ne pas s’exposer médiatiquement, la victime de cette agression a fait le choix de répondre aux demandes d’interviews. Pire, elle a envoyé sa photo. En terme de sécurité et de stabilité psychologique après l’agression, ce n’est pas conseillé. »

Parole aux agresseurs

Avec les associations réunies ce lundi à la mairie – Le Girofard, Trans 3.0, Flag!, Aides, Mobilisnoo… –, une conclusion s’impose : « il faut que ce soit les assos qui montent au créneau ».

« Quand la victime raconte les faits, ajouté l’élu, la mémoire peut être altérée et l’avocat de la défense peut relever des incohérences et s’en servir pour la décrédibiliser. »

Marik Fetouh est d’autant plus remonté qu’un article donne la parole à la défense des agresseurs, revisitant les faits en leur faveur, « la victime n’ayant toujours pas choisi son avocat ».

Une fois l’enquête ouverte suite à l’agression, les quatre suspects ont été retrouvés et placés en garde ; deux d’entre eux ont été déférés devant le parquet. Ils se sont vus notifier leur convocation le 28 février prochain devant le tribunal correctionnel de Bordeaux pour violences ayant entraîné une incapacité totale de travail (ITT) de 5 jours, avec deux circonstances aggravantes : violences commises en réunion et agression transphobe.

La victime aussi inquiétée

Surprise, la victime également s’est vue notifier une convocation devant le tribunal correctionnel pour des violences ayant entraîné une ITT de 4 jours avec une circonstance aggravante : l’utilisation d’une arme par destination ; un talon d’escarpin de 11 cm…

Enfin la hauteur du parapet est revue à 1m30, au lieu des deux ou trois mètres initialement précisés.

« La victime reste une victime de transphobie, ajoute Marik Fetouh. Qu’il y ait des éléments contre elle, peut-être, mais l’agression est là. Celle-ci a eu lieu en deux temps : d’abord une agression sexiste avec des remarques sexistes, et ensuite une agression et des injures transphobes quand les agresseurs ont découvert que la victime est une personne trans. A partir de là, inutile d’inverser les choses. »

Impliquer les collectivités

La réunion a débouché par ailleurs à envisager une action commune de plusieurs collectivités : la Ville et la Métropole, mais également le Département, la Région et l’État.

« Il est nécessaire d’avoir une position concertée sur ces questions et compléter la plan de lutte contre la LGBTphobie établi au mois d’avril et qui se basait sur des études montrant qu’il y a un niveau de transphobie très élevé. »

Publié en mai 2019, un rapport commandé par la mairie aux deux chercheurs Arnaud Alessandrin et Johanna Dagorn révélait déjà des statistiques alarmantes. On pouvait lire dans ses conclusions :

« C’est encore une fois les personnes trans, queer, non-binaires ou intersexes qui témoignent de la fréquence la plus élevée : 17% d’entre elles subissent ces agressions plus de 10 fois dans l’année ! » 

Par ailleurs, signe encore plus alarmant, « entre 11% et 38% des témoins selon les victimes, ont participé à l’agression, c’est-à-dire sont passés du statut de témoin à celui d’auteur ».

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