Esclavage : 6 plaques de rues de négriers et une sculpture pour ne pas oublier
Société 

Esclavage : 6 plaques de rues de négriers et une sculpture pour ne pas oublier

Ce lundi 2 décembre, c’était la journée internationale pour l’abolition de l’esclavage. À cette occasion, 6 plaques explicatives pour les rues portant des noms de négriers ont été présentées et la sculpture « strange fruit », réalisée par Sandrine Plante-Rougeol, a été inaugurée.

Les plaques des rues Mareilhac, Gramont, David-Gradis, Desse, du passage Feger et du cours Journu-Aubert seront remplacées, « d’ici mars, en janvier probablement », annonce Marik Fetouh, adjoint au maire à l’égalité et à la citoyenneté.

Les nouvelles expliqueront le rôle de ces six négociants bordelais dans la traite négrière – ils ont réalisé chacun entre une et dix expéditions. Mais « ils ont aussi rendu des services à la Ville », poursuit l’élu, citant notamment le cas de Bernard Journu-Auber, dont les collections léguées à la collectivité ont donné naissance au Muséum d’histoire naturelle. On pourra y lire que « La firme David Gradis et Cie a armé 221 navires pour les colonies de 1718 et 1789 dont 10 pour la traite des Noirs » ou encore « Pierre Desse (1760-1839), marin bordelais, a été capitaine de 4 expéditions négrières entre 1789 et 1818 ».

À travers ces plaques explicatives, la Ville veut « assumer son passé sombre », explique Nicolas Florian, maire de Bordeaux :

« Il faut être des combattants de la cause de la traite et de l’esclavage. C’est un travail du quotidien. »

Haut et court

La question des noms de rues est un dossier sensible pour la ville, du fait des interrogations sur le rôle joué par les personnalités incriminées, et l’impact pour leurs descendances. L’installation d’œuvres d’art enrichissant le parcours mémoriel est elle moins polémique. La sculpture ‟strange fruit” de Sandrine Plante-Rougeol a été inaugurée ce lundi dans les jardins de l’Hôtel de Ville.

« C’est un devoir de mémoire pour rendre hommage aux esclaves qui ont subi des souffrances », révèle la sculptrice.

En l’occurrence les lynchages, d’où une œuvre évoquant un arbre auquel sont suspendues trois têtes d’hommes, ces « fruits étranges » selon la chanson interprétée par Billie Holiday.

« Trois visages, trois émotions : la peur, la douleur, l’abandon », commente Nicolas Florian, selon lequel Bordeaux ne doit pas « oublier ses racines ».

Bordeaux a été, entre la fin du XVIIe siècle et le début du XXe,
deuxième port pour la traite négrière (150 000 esclaves déportés) puis premier port colonial pour le commerce en droiture.

Marik Fetouh, Nicolas Florian et Sandrine Plante-Rougeol ont dévoilé « Strange fruit » (CL/Rue89 Bordeaux)

Après des décennies d’omerta, un travail de mémoire est entrepris depuis 10 ans, avec notamment l’ouverture de salles sur l’esclavage et la traite négrière au Musée d’Aquitaine, en 2009, et  l’installation d’une statue à l’effigie de Modeste Testas inaugurée le 10 mai 2019 sur les quais rive gauche de la Garonne.

L’association Mémoires et Partages estime que cette tâche reste inaboutie, et milite pour la création d’un mémorial, un lieu dédié à la traite et l’esclavage, comme à Nantes. Si la mairie avait initialement accueilli fraîchement de projet, le maire ne l’a ce lundi pas totalement écartée : « C’est une idée, peut-être un prochain projet. »

En attendant, le projet de Maison contre les esclavages a recueilli 2500 euros pour un objectif de 30000 euros sur la plateforme de financement participatif HelloAsso.

L'AUTEUR
Carole Latouche
Je suis journaliste en contrat de professionnalisation à l'École Supérieure de Journalisme de Montpellier et au Dauphiné Libéré à Annecy en Haute-Savoie. J'écris pour diverses thématiques (jeunesse, environnement, politique, santé, sport, culture, etc.).

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