Pierre Mora dans la peau d’une femme en 1949, « L’année du grand incendie »
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Pierre Mora dans la peau d’une femme en 1949, « L’année du grand incendie »

Dans l’après-guerre, l’héroïne réécrit sa vie l’année d’un terrible feu de forêt qui a ravagé les Landes de Gascogne.

J’avais beaucoup aimé le premier roman de Pierre Mora, Leurs voyages, qui racontait dans une construction très habile, les vagues successives d’immigration espagnole vers le sud ouest de la France, depuis le début du XXe siècle,  le courage de ces hommes et de ces femmes pour quitter la misère ou la persécution politique et tenter de s’intégrer dans une société qui n’était toujours pas tendre à leur égard.

Le climat est tout autre dans L’année du grand incendie. La forme est beaucoup plus classique ; une jeune femme, seule dans un château du bordelais, avec sa vieille servante et un petit qui semble ne pas tenir encore une très grande place dans sa vie, évoque les hommes qui ont été importants pour elle, qui l’ont en quelque sorte déterminée à être ce qu’elle est maintenant.

Rose n’a pas vraiment été maîtresse d’elle-même. Entre un père qu’elle a adoré, mais qui est mort et un mari qui a choisi la carrière des armes, entre les amis d’une mère particulièrement distante et immature qui lorgnent sur la propriété et ses vignes, entre Louis le jeune jardinier qui vient de la maison de redressement voisine et Marc son éducateur qui tente de se racheter des lâchetés qui furent jadis les siennes, elle semble ballotée et incapable de s’affirmer.

L’époque est trouble, c’est celle de l’avant-guerre – temps suspendu de l’adolescence et de la découverte de l ‘amour, puis celui de la guerre, mais Rose a été envoyée à l’abri dans le sud, la résistance, la collaboration, elle n’en prendra conscience que plus tard ; enfin l’après-guerre et les difficultés qu’il y a à s’occuper d’un domaine quand on n’est qu’une très jeune femme, proie facile pour les manigances des uns et des autres.

Roman psychologique

Vient cette année de 1949 qui est celle des grands incendies qui dévastent les Landes et auxquels elle assiste, impuissante. Mais étrangement cette catastrophe l’aide à se construire, à s’affirmer. En explorant ses souvenirs, en retrouvant les images qui se sont inscrites en elle sans qu’elle ait toujours eu conscience de ce qu’elles signifiaient, elle remet à leur juste place ces images d’hommes, elle découvre des secrets, elle comprend mieux les uns et les autres et ses propres réactions.

Ce qui brûle en elle c’est la passivité, la paresse de remettre en cause ce qui lui assurait un certain confort intérieur – tellement plus simple de ne pas se poser trop de questions – et ce qui va naître des cendres c’est une volonté de vivre sur cette terre, d’en aimer la beauté, d’en accompagner le renouveau.

L’écriture de Pierre Mora est tout en finesse, il parvient à se couler dans cette sensibilité féminine, sans aucune mièvrerie, sans céder à aucun cliché. Tombent les faux semblants, les masques et les mensonges d’une certaine bourgeoisie terrienne. Et sont mises en lumière des personnalités courageuses et combattives – celle de Clémence, celle de Louis – qui sont beaucoup plus proches de la terre. C’est à la fois un roman psychologique qu’on pourrait croire traditionnel et une approche très contemporaine de la difficulté qu’il y a pour une femme à échapper à tous les conditionnements qui lui ont été imposés.

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L'AUTEUR
Patrick Rödel
Patrick Rödel
Jadis prof de philo, désormais écrivain à temps presque complet, ne détestant pas la forme courte des billets de blog pour parler littérature et philosophie.

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