Confinement, un danger accru pour les victimes de violences conjugales
Société 

Confinement, un danger accru pour les victimes de violences conjugales

Les mesures mises en place pour lutter contre la propagation du Covid19 représentent un danger supplémentaire pour les victimes de violences, confinées avec leur conjoint. Les associations de droit des femmes craignent de voir les violences s’aggraver et tentent de se mobiliser en conséquence, malgré le manque de moyens à disposition. Premier volet de notre série « Derrière les murs ».

« La question des violences va exploser avec le confinement » s’inquiète Monique Nicolas du Planning familial Gironde. Pas de répit pour ces femmes contraintes de vivre en huis clos avec leur agresseur pendant plusieurs semaines. Pour elles, « l’espace le plus dangereux est le domicile, affirme la militante… Le lieu de confinement devient alors un lieu de captivité, et elle, la proie de l’homme violent ».

« Le confinement est une mesure aggravante de leur situation de victime. Elles sont surexposées aux violences et ne disposent plus du temps, de l’espace nécessaire à prendre la fuite ou appeler à l’aide », explique Caroline Chau, présidente de l’Association pour l’accueil des Femmes en difficulté (Apafed).

Moins d’appels, plus de danger

La commandante du groupement gendarmerie de Gironde, la colonelle Olivia Poupot, n’a pour le moment pas constaté d’augmentation du nombre de signalement dans le département depuis le début du confinement (toujours entre cinq et dix par nuit).

Numéros ressources en Gironde

Dans l’urgence :
– 17 : Brigade de Gendarmerie – Commissariat de Police
– 15 : Service des urgences
– Si vous êtes victime de violences et que vous ne pouvez pas appeler pour demander du secours depuis le confinement, envoyez un texto à la police au 114

Pour en parler ou s’informer
– 3919 : Numéro d’appel national (anonyme et gratuit)
– 05 56 40 93 66 : APAFED – Centre d’accueil et d’écoute de jour
– 05 56 51 30 95 : Maison des Femmes de Bordeaux

Pourtant, les associations d’accompagnement et d’accueil rapportent une baisse significative du nombre d’appels.

« C’est un signal très fort du danger que les femmes victimes de violences courent aujourd’hui », assure Caroline Chau.

Sandrine Leroux, l’écoutante de la Maison des femmes de Bordeaux en dénombre moins de la moitié sur la semaine passée :

« Une seule femme a réussi à me téléphoner sur son trajet de voiture car elle fait partie des professionnelles réquisitionnées par l’État, mais aucune autre ne m’a contactée ces derniers jours pour des violences en cours. »

Comme les femmes victimes de violences seront moins en capacité de solliciter de l’aide extérieure en présence de leur conjoint, les militantes se disent très inquiètes pour la suite.

Quand le 3919 ne répond plus

Selon le média chinois Sixth Tone, les violences domestiques auraient doublé, voire triplé, vu les rapports réalisés dans certaines villes pendant la période de confinement en Chine. Une situation que l’exécutif peine pourtant à anticiper en France.

Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes, a d’abord rappelé les dispositifs existants pour aider les victimes de violences conjugales, soit le numéro d’écoute 3919. Pourtant la ligne n’a pas répondu pendant des jours.

Après avoir été interpellée par le collectif NousToutes.org et les associations, la secrétaire d’Etat a indiqué dans un communiqué vendredi que la ligne du 3919 serait rétablie à partir de lundi, mais en horaires réduits (de 9 heures à 19 heures du lundi au samedi) et que la plateforme arretonslesviolences.gouv.fr resterait active 24h/7j pour dialoguer avec des forces de l’ordre en ligne.

Ce « plan d’urgence » permet de maintenir les structures d’écoute existentes mais ne met pas à disposition davantage de moyens pour lutter contre la probable explosion des violences, dans les semaines à venir.

« Nous ne sommes pas égaux face au virus, déplore Monique Nicolas, du Planning familial Gironde. Les inégalités psychosociales vont se manifester de manière évidente à cause d’une gestion des pouvoirs publics défavorable aux personnes vulnérables, en bas de l’échelle. »

De son côté, la présidente de l’Apafed espère qu’acteurs gouvernementaux et non-gouvernementaux parviendront rapidement à mettre en place une complémentarité des interventions d’urgence et de mise à l’abri.

Violences conjugales (cc/Wikipedia)

Des associations renforcent leur dispositif

La Maison des femmes de Bordeaux a fermé les accueils physiques mais tient une permanence téléphonique, du lundi au jeudi de 10 heures à 18 heures, avec un créneau supplémentaire le vendredi de 9h à midi.

« Je travaille plus que d’habitude parce qu’on doit être sur le pont pour anticiper au mieux et aider ces femmes », explique Sandrine Leroux, la salariée de l’association, en télétravail.

Des équipes réorganisées et un accueil téléphonique renforcé également au Planning familial Gironde. Les permanences se tiennent de 9 heures à 17 heures du lundi au vendredi. À l’Apafed les missions d’accueil, d’écoute, de soutien et d’hébergement sont maintenues malgré une présence des employés réduite de 44% et le manque de masques au foyer.

Quant à la police et à la gendarmerie, aucun dispositif particulier n’est prévu, mais la colonelle Poupot assure qu’en Gironde, le 17 fonctionne toujours pour les urgences.

« Si vous êtes en danger ou que vous entendez un conflit intrafamilial violent appelez le 17 ! Une patrouille sera dépêchée pour intervenir. Les femmes ne sont pas abandonnées des services de police et de gendarmerie », assure-t-elle.

Appel à la solidarité

Les associations appellent à la solidarité et à la vigilance entre voisins…

« Composez le 17, même si vous avez un doute. On ne vient pas dénoncer, on vient protéger : il s’agit de conscience morale, de responsabilité citoyenne, souligne la présidente de l’Apafed. Nous ne savons pas que ces violences existent, alors si vous les subissez, faites vous entendre, taper contre les murs afin d’alerter votre voisinage. »

Depuis le début du confinement, les associations s’accordent à rappeler aux femmes en danger qui n’ont plus la possibilité d’appeler le 17 : « malgré les mesures restrictives, fuir n’es pas interdit. »

« Bien souvent, les femmes ne partent pas, faute de solution d’hébergement », pointe Caroline Chau. Théoriquement, si les forces de l’ordre interviennent à la suite d’un signalement pour violences conjugales, la loi veut que ce soit le conjoint violent qui soit évincé du domicile (article 220-1 du Code Civil).

Campagne du collectif Collage féminicides Bordeaux (WS/Rue89 Bordeaux)

Fuir pour aller où ?

Les associations déplorent le non-respect de cette législation et tentent donc de trouver des solutions de mises à l’abri efficaces. La seule structure d’hébergement d’urgence entièrement dédiée aux violences conjugales en Gironde est le foyer de l’Apafed.

Faute de places, « en temps normal, nous répondons négativement à six femmes sur sept », regrette la présidente de l’association. Ce foyer regroupe les 34 seules places permanentes et dédiées disponibles dans tout le département.

« On a peine déjà à trouver des solutions en temps normal, alors j’ai du mal à imaginer en temps de crise », constate la colonelle à la tête du groupement gendarmerie de la Gironde, Olivia Poupot.

Dans un contexte de pandémie mondiale, que l’on sait dangereux pour les femmes victimes de violences, le nombre de demandes en foyer d’hébergement risque d’augmenter rapidement.

Pour le Planning familial Gironde, le Maison des femmes de Bordeaux, l’Apafed et d’autres associations, la solution à court terme serait de réquisitionner des chambres d’hôtel vides pour les mettre à disposition des femmes qui voudraient fuir. Ces associations en appellent donc à la solidarité des établissements hôteliers, et discutent avec les pouvoirs publics pour réagir au mieux à la multiplication des cas de violences conjugales dans le département.

L'AUTEUR
Pauline Achard
Pauline Achard
Journaliste presse écrite/web en formation à l'IJBA. Intéressée par les questions de genre, la politique, les mouvements sociaux. De Paris à Montréal, de Lyon à Bordeaux. Passée par l'Agence Capa et Quartier Libre.

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