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Un « virus » nommé Émile

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Un « virus » nommé Émile

J+20, les jours passent, se ressemblent et finalement, je pense que je ne les ai pas vus s’égrener. Le fait d’être à mon compte et de continuer à travailler quasi-normalement doit être une des raisons principales et puis… s’ajoute à cela mon rôle d’institutrice en herbe et de maman à mi-temps.

Finalement, j’ai un petit koala accroché à mon dos une semaine sur deux, même quand je vais prendre ma douche. Forcément, lui qui s’échappe déjà de la maison à 7 ans et demi pour aller courir avec ses copains devant la maison, était bien embêté tout seul !

« Maman ! Mamaaaaan ! Mais Mamaaaaaaaaaaaan ! (Dois-je vraiment répondre ? Bon…)
– Oui Émile !
Est-ce que je peux boire ? »

Depuis que je lui ai expliqué le confinement, le rationnement des denrées, l’attestation à remplir en cas de sortie, en somme le coronavirus, il pense que même pour bouger un orteil, il doit me demander l’autorisation ! Alors comme, au fond de moi (comme au fond de la plupart d’entre-nous d’ailleurs), je sais (nous savons) que cette situation risque de durer pluuuus longteeeemps que la quinzaine de jours + l’autre quinzaine de jours déclarées, je suis devenue zen. Toute seule. Sans sophrologue. Peut-être même qu’à la fin de ce confinement, j’aurai atteint une sagesse digne d’un moine bouddhiste ! Mais le soir, il faut l’avouer, je suis éreintée.

En une semaine, j’ai déjà revu le son [j], expliqué les connecteurs et les substituts, réappris le matériel scolaire en anglais, suivi le trajet d’une goutte d’eau, posé des additions et des soustractions à trois chiffres, révisé les tables de 1 à 5, regardé mon fils tracer des axes de symétrie et assisté à deux « conf call » avec des enfants de 7-8 ans (et parfois leurs parents). J’ai même fait du yoga et du breakdance en suivant des tutos !

Très honnêtement, le maître de mon fils n’est pas seulement « maître d’école », il est « super-maître d’école » ! Et je ne décris pas le flegme dont il fait preuve pour parler aux enfants en visio… mêmes enfants qui l’écoutent LUI et retournent hurler hors champ de webcam. À bien y penser, je ne suis pas certaine que ce confinement imposé permette à tous les parents de jouir de cette béatitude d’être enfin devenus zen !

Et puis, après ma journée d’enseignement ou pendant les récréations, je déconnecte du CE1 et je reprends le chemin de mon (télé)travail de rédactrice. J’apprends de nouvelles choses. Je sais désormais que poser une clôture n’est pas seulement planter un piquet et enrouler un grillage et que le trèfle à quatre feuilles est le fruit d’une mutation génétique de la plante. J’ai de la chance, mes clients me restent fidèles et je ne suis pas vraiment impactée professionnellement.

Ce qui change pour moi depuis ces dernières semaines, c’est la « proximité avec mes proches ». Cette jolie petite famille recomposée et récemment réunie dont l’équilibre prend racine grâce à ce confinement. On avait l’habitude de vivre loin les uns des autres en partageant le même toit. Aujourd’hui, on partage à cinq un canapé quatre places.

« Mamaaaaaaaaan, je peux enlever ma veste ? »

Je pense que je vais finir par lui écrire une attestation dérogatoire spéciale et par cocher moi-même les cases…

Alexandra Arquey – Rédactrice 


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