Bordeaux Métropole enterre la cogestion, Alain Anziani élu président
Politique 

Bordeaux Métropole enterre la cogestion, Alain Anziani élu président

Conformément à l’accord conclu entre les groupes de gauche et écologiste à la métropole, le maire de Mérignac prend la présidence de l’intercommunalité. Exclus de son exécutif, le président sortant Patrick Bobet, les maires et conseillers métropolitains de droite ont quitté l’assemblée avec fracas.

« L’urgence climatique n’est pas partagée par tout le monde, (…) on ne veut pas faire semblant d’être d’accord sur les objectifs alors qu’on ne l’est pas ». Voila comment Pierre Hurmic a justifié ce jeudi la fin de la cogestion qui depuis 1977 était en vigueur à Bordeaux Métropole.

« Nous avons eu dans certains villes à affronter des coalitions anti-climat, des maires et des partis politiques qui ne se retrouvent pas dans cette priorité, et estiment que les écologistes incarnent le déclin », poursuit le maire de Bordeaux.

Hostile depuis des années à la cogestion reconduite depuis 1977, ce dernier a eu gain de cause dans les négociations avec Alain Anziani. Oui à l’élection du maire de Mérignac à la présidence de Bordeaux Métropole, à la condition de cette « rupture historique » : la fin de la répartition des postes de vice-présidence et des délégations entre les 28 maires de la métropole, quelles que soient leurs étiquettes, remplacée par une « gouvernance majoritaire ».

Alain Anziani a été élu par 66 votes pour, contre une pour Philippe Poutou et quatre blancs (TU/Rue89 Bordeaux)

Inspecteur gadget

Elle s’appuiera sur les deux principaux groupes du conseil métropolitain (30 élus écologistes, 32 socialistes et apparentés – parmi lesquels 4 Génération.s qui pourraient créer un groupe indépendant, et 3 communistes, sur 104 élus). Et elle disposera d’un « bureau politique » rassemblant notamment les 20 vice-présidents et qui « fixera le cap », et d’une conférence des maires qui se réunira au moins quatre fois par an (fréquence édictée par la loi, NDLR) pour que la parole des élus « soit entendue et respectée ».

« Je crains que ce ne soit un gadget, qui donnera les informations aux maires une fois les décisions prises », glisse Patrick Bobet, le président sortant de Bordeaux Métropole. Ce vendredi matin, premier conseil de métropole de la nouvelle mandature, le maire du Bouscat a, une fois son discours prononcé, préféré quitter la salle (en l’occurrence le hall de l’hôtel de métropole), avec dans sa suite les 38 élus du groupe de droite, Communauté d’avenir, parmi lesquels 11 maires.

« J’ai toujours pensé qu’il valait mieux partir avec élégance que d’être congédié avec arrogance. Je crains à cet instant de devoir assumer la seconde partie de cette phrase avant d’assurer la première, a déclaré Patrick Bobet. Nous sommes en effet congédiés, brutalement, après 50 ans de cogestion et de partage de la gouvernance, deux éléments fidèles à l’esprit même de la loi qui a institué les EPCI (établissements publics de coopération intercommunale). »

Le successeur à la métropole d’Alain Juppé a critiqué la « triple erreur » faite par Alain Anziani, son ex premier vice-président qui pensait pourtant « exactement comme [lui] il y a trois semaines » : un « déni démocratique », une « erreur humaine » bafouant le vote des 250000 habitants de ces 11 communes , et une « erreur stratégique » car « élus ne porteront pas de la même manière ces projets et ces décisions dont ils auront été écartés ».

Légendes urbaines

Patrick Bobet qualifie en outre de « légende vendue aux médias » le fait que son groupe aurait refusé trois postes de vice-présidents, affirmant que Pierre Hurmic n’en voulait pas.

Dans son discours et par entretiens interposés, le maire de Mérignac maintient avoir proposé à deux reprises ce « deal » avec l’aval du maire de Bordeaux. Malgré les perches tendues dès le soir du second tour des municipales par Patrick Bobet, Alain Anziani affirme qu’il était « inacceptable » de gérer avec la droite en excluant la ville centre de la gouvernance.

« Pour la première fois depuis 1947 Bordeaux a basculé à gauche, c’est un évènement considérable parfois pas interprété à sa juste valeur, cela ne peut pas être ignoré par l’intercommunalité (…). Et considérer que l’histoire de celle-ci n’est qu’un long fleuve tranquille relève d’une légende urbaine. »

Patrick Bobet quitte la scène (Rue89 Bordeaux)

Le maire de Mérignac rappelle notamment que c’est son prédécesseur, Michel Sainte-Marie, et Jacques Chaban-Delmas qui ont inventé la cogestion pour « surmonter une grave crise en 1977, marquée par la menace de voir Bordeaux qui venait de perdre la majorité (après la victoire de la gauche dans de nombreuses communes, NDLR) quitter la Communauté urbaine. » Les tensions se sont reproduites en 2001 entre Alain Juppé et Alain Rousset.

Rupture historique

Mais à l’arrivée, la cogestion s’est toujours imposée. Avec la fin de celle-ci, une page historique se tourne, ont souligné ce vendredi plusieurs orateurs.

« L’exécutif ne sera désormais constitué que de représentants de gauche, c’est naturel et je m’en réjouis, estime Alain Anziani. Ils ont fait campagne ensemble, et gèrent conjointement des villes ensemble. Mais mon rôle est de dépasser ces clivages. Et je prends l’engagement d’être le garant de l’équité territoriale. Le fait majoritaire ne doit pas effacer le fait communal, et censurer une commune, c’est censurer toute une population. »

Alain Anziani a été élu avec 65 voix pour, contre 1 pour Philippe Poutou (Rue89 Bordeaux)

Bordeaux Métropole devra « inventer » la forme exacte de la conférence des maires – ses pouvoirs ne sont pas clairement précisés dans la loi. Son président indique qu’un « pacte de gouvernance » sera réalisé accouché sous 9 mois pour clarifier cela.

« La nouvelle gouvernance n’a rien d’extravagante, estime Pierre Hurmic. Elle repose sur la reconnaissance du fait majoritaire, ce qu’ont choisi d’autres agglomération comme Nantes, Strasbourg, Lyon et Grenoble. Cette nouvelle gouvernance n’exclut pas, elle clarifie. »

C’est vrai notamment sur quelques sujets de fond, malgré les dénégations de Patrick Bobet : sur les mobilités, dont le schéma fixé par la précédente mandature sera remis à plat, à commencer par les extensions de lignes de tram ; la régie de l’eau, souhaitée par la gauche ; ou sur le logement, la droite étant hostile à l’encadrement des loyers.

Suffrage universel

Reste à la gauche et aux écologistes à passer aux travaux pratiques. Cela commencera par « ouvrir les portes et les fenêtres du blockhaus » qu’est la métropole aux yeux de son nouveau président. Il entend déconcentrer davantage ses services, et encourager la participation des habitants, notamment autour de la refonte promise du PLU.

« Le grand grand absent encore ce matin (vendredi, NDLR) c’est le citoyen qui ne comprend plus la répartition des compétences avec les communes et n’a pas son mot à dire », estime Thomas Cazenave. L’ex candidat marcheur à la mairie de Bordeaux réclame l’élection au suffrage universel direct du conseil métropolitain.

Alain Anziani répond que c’est au Parlement d’en décider. A la demande néanmoins de la métropole concernée, et ce point pourrait faire ressurgir le débat avec les adeptes des communes.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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