La Gironde veut un bouillon de cultures au domaine de Nodris
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La Gironde veut un bouillon de cultures au domaine de Nodris

Dans le Médoc, le département de la Gironde aménage le domaine de Nodris. Une trentaine d’hectares seront dédiés à l’installation de jeunes agriculteurs bio, mais aussi à l’insertion sociale et à la culture. Reportage.

C’est inédit dans le département. La Gironde a fait l’acquisition de la trentaine d’hectares du domaine de Nodris, dans le Médoc, et va y installer des agriculteurs pour développer des circuits courts. A quelques kilomètres de Lesparre, Vertheuil et les communes environnantes comptent 25 000 habitants, soit autant de potentiels acheteurs des légumes bios que produira bientôt le site.

Le conseil départemental a en effet lancé un appel à candidatures pour offrir un bail les huit hectares de terres agricoles. Quarante personnes ont d’ores-et-déjà manifesté leur intérêt, un chiffre qui dépasse les attentes du département. Une vingtaine d’entre eux étaient présents ce mercredi matin, lors de la première visite des lieux.

Même si les huit hectares sont morcelables en plusieurs parcelles, seuls « trois dossiers au maximum » pourront être retenus a annoncé Anne Hermann, la responsable du projet. Les critères de sélection ? Les compétences (diplôme ou expérience), la viabilité économique du projet et sa cohérence et surtout le respect des exigences du département : une production entièrement bio, suffisamment importante pour pouvoir en proposer une partie aux collèges du secteur, et « une ambition culturelle et pédagogique ».

Les candidats lors de la première visite organisée par le département au domaine de Nodris (TU/Rue89 Bordeaux)

Des projets en pagaille

Des projets, il y en a pleins. Il y a Hélène, 43 ans, qui veut « une ferme en aquaponie » et des « plants hors-sol », Vincent, la trentaine, plutôt intéressé par du maraîchage classique avec « aussi des cultures pérennes, comme des arbres fruitiers par exemple », ou encore Lucie, qui rêve de champs travaillés avec des animaux plutôt que des machines.

Il y a aussi ce couple, Florian Serreuilles et Fanny Ledauphin, en reconversion professionnelle. Elle était animatrice et professeur des écoles. Lui, cuisinier. Ensemble, le couple souhaite s’installer à Nodris pour un « double projet : du maraîchage et un élevage de chèvres avec transformation sur place ». Les deux finissent actuellement leur formation et doivent encore accumuler stages et petites expériences avant de se lancer pleinement. Ils comptent tout de même déposer un dossier. Et n’oublient pas le volet social demandé par la collectivité :

« On souhaite faire des ateliers pour les enfants notamment, que ce soit sur les produits du maraîchage ou sur les produits laitiers. »

Florian Serreuilles et Fanny Ledauphin, un jeune couple en reconversion intéressé par l’appel à candidatures du département (TU/Rue89 Bordeaux)

« Du maraîchage avec un volet pédagogique »

« C’est un bon point d’avoir le département derrière nous. Ils nous apportent le terrain, une structure et surtout la garantie de ventes soit en AMAP soit auprès des collèges du secteur », avance André Cave.

À 47 ans, cet employé au service développement durable de la ville de Talence a déjà du métier derrière lui. Depuis un an, il s’est lancé à son compte sur une parcelle au Pian-Médoc. Son projet ?

« Du maraîchage avec un volet pédagogique. Je souhaite pouvoir accueillir de la maternelle au collège des classes, qui aient chacune leur parcelle à l’année où elles pourraient venir non seulement observer l’évolution mais également faire, c’est-à-dire planter, semer, et s’occuper du terrain. »

Avec une spécificité de plus, celle de la technique du paillage : « On dépose 10 à 15 cm de paille sur la terre, et ça permet de conserver l’humidité et d’arroser deux à trois fois moins », explique l’agriculteur.

« Un laboratoire à ciel ouvert »

Conjuguer économie, écologie, social et culture, c’est toute l’ambition que s’est fixée la Gironde pour ce domaine de Nodris, dont elle sera définitivement propriétaire du domaine à partir du 22 juillet prochain. Elle a pour cela signé un chèque de 1,6 millions d’euros.

Pascale Got, conseillère départementale du canton Sud-Médoc et responsable de la mission Médoc, résume la volonté de la collectivité :

« C’est un formidable laboratoire à ciel ouvert, agricole, culturel et d’économie sociale et solidaire. C’est dans la logique du département et de nos interventions autour du développement durable, du circuit court, du sauvetage de la production agricole et avec notre volonté d’aider des jeunes à se lancer. « 

Michel Armaroli, le secrétaire général de la Confédération Paysanne au niveau départemental, présent ce mercredi à Nodris, salue l’initiative, rappelant justement « le malaise profond des agriculteurs » et la difficulté pour de nouveaux exploitants à s’installer. Néanmoins, il juge le projet encore un peu « vague » et surtout géré par des personnes « qui n’ont pas suffisamment de compétences techniques, de terrain ». Le syndicat agricole doit prochainement échanger plus longuement avec le département sur ces points.

Les candidats avec les responsables du projet au département sur le domaine de Nodris (TU/Rue89 Bordeaux)

« Accroître l’autonomie alimentaire du département »

Lors de la présentation du projet devant les candidats, l’autre élu présent, Dominique Fédieu, président de la commission Agriculture au Département, est revenu sur la genèse du projet :

Il s’insère dans le cadre du programme Gironde Alimen’Terre, qui a pour objectif de développer l’agriculture maraîchère dans le département afin d’accroître l’autonomie alimentaire du territoire, mais avec une volonté forte que les agriculteurs puissent vivre dignement de leur travail.

Le projet du département pour le volet agricole du site est ambitieux. La Gironde demande un espace de vente directe, promet l’équipement d’une conserverie, peut-être ouverte à d’autres producteurs de la région, ainsi que l’installation d’un espace pour des poules afin de répondre à la demande d’œufs bios dans le département.

Par ailleurs, un espace de « couveuse » devrait aussi voir le jour, pour accompagner et former des jeunes qui veulent se lancer ou des personnes en reconversion afin de favoriser la transmission et l’installation de nouveaux exploitants agricoles sur le territoire du département.

Nodris, « Darwin du Médoc » ?

À côté des 8 hectares de maraîchage (dont deux sous serre), le département prévoit aussi le développement de nombreux projets socio-culturels.

Nodris accueille déjà le festival Reggae Sun Ska et cet été, des mini-concerts seront également organisés par Music’actions. La collectivité a annoncé qu’une « antenne de Biblio Gironde et des bureaux pour les associations » devraient également être installés sur le site qui accueille aussi les musiciens en herbe encadrés par le programme Démos.

On s’y perdrait presque, mais le département assume ce côté multidimensionnel. Il assume son ambition en termes de résultats. À commencer par l’approvisionnement, partiel ou total, des cantines des cinq collèges du Médoc en produits bio et locaux.

Pour parvenir à ses ambitions, le département va investir 300 000 euros pour clôturer le terrain, amener l’eau courante sur les parcelles agricoles, acheter le matériel pour la serre et construire et rénover les bâtiments nécessaires à la production agricole. « Ce qui restera sur la terre », résume Anne Hermann. Le reste est à la charge du futur locataire.

Pascale Got (à gauche) et Dominique Fedieu, membres du conseil départemental élus dans le canton Sud-Médoc venus présenter le projet aux candidats (TU/Rue89 Bordeaux)

Des questions restent en suspens

Une problématique est rapidement arrivée sur la table : celle du logement des agriculteurs, qui doivent pouvoir vivre près de leur lieu de travail. Les élus se veulent rassurants : ils « réfléchissent » à la création de logements, notamment pour les saisonniers. Un bâtiment déjà présent sur le site doit être également réhabilité en T3 pour l’exploitant.

Nodris peut être pour le département une belle vitrine de son soutien à l’agriculture, à l’économie sociale et solidaire, et à la transition écologique. La livraison est prévue pour la fin de l’année, avec un début d’exploitation par les agriculteurs au printemps prochain. En attendant, les candidats ont jusqu’au 1er septembre pour peaufiner leur dossier.

L'AUTEUR
Théo Uhart
Pousse de journaliste venu faire quelques racines à Rue89 Bordeaux pour grandir. Etudiant à Sciences Po Lyon et au CFJ.

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