Covid-19 : la deuxième vague prête à submerger la Gironde
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Covid-19 : la deuxième vague prête à submerger la Gironde

Les autorités publiques et sanitaires s’alarment de la hausse exponentielle de l’épidémie dans la région, en particulier en Gironde, et par le doublement en une semaine des hospitalisations au CHU de Bordeaux. En attendant de nouvelles mesures restrictives, dont des zones de port du masque obligatoire autour des stades, elles appellent solennellement les citoyens, et en particulier les jeunes très touchés par l’épidémie, à respecter les gestes barrières.

« Nous sommes dans une situation sérieuse, pas dramatique, mais on a franchi un nouveau seuil », selon Fabienne Buccio, préfète de la région Nouvelle-Aquitaine.

« La pente de la courbe de nouveaux cas est exponentielle, s’alarme Hélène Junqua, directrice de l’ARS (Agence régionale de santé) et on ne sait pas où elle va s’arrêter » dans la région, où le taux d’incidence (nombre de cas positifs pour 100000 habitants) est passé de 10,9 début juillet à 65,6 actuellement, le plus élevé après l’Île-de-France, et même à 150 en Gironde et 272 à Bordeaux.

Aussi, les autorités ont de concert voulu alerter la population à travers une conférence de presse commune, ce mercredi au centre hospitalier de Bordeaux, dont le directeur Yann Bubien évoque une situation « préoccupante » :

« Tous les signaux sont au rouge, nous avons donc besoin de réactiver la cellule de crise, au ralenti pendant l’été, et rouvrir des lits », affirme son directeur.

27 néo-aquitains en réanimation

En une semaine, le nombre de personnes Covid-19 positives hospitalisées à Pellegrin a en effet doublé, soit 68 patients. 21 d’entre eux sont actuellement en réanimation (27 dans toute la région), « quasiment toutes en insuffisance respiratoire sévère », et essentiellement des personnes âgées, indique Didier Gruson, déplorant déjà un décès parmi les malades admis ces derniers jours dans son service de réanimation médicale.

« Si nous sommes en tension, nous n’avons besoin de rien pour l’instant en terme de matériel, et on peut travailler sereinement pour l’instant », poursuit ce dernier. Mais il fait passer ce message : « Ce n’est pas parce que je suis jeune et que je risque moins d’avoir des symptômes graves que je ne dois pas me protéger. Je dois le faire pour protéger les autres, c’est un devoir de citoyen responsable et solidaire. »

C’est aussi le message martelé par Denis Malvy. Le chef du pôle maladie infectieuse du CHU s’inquiète du « relâchement des jeunes de 20-40 ans », qui a « fait basculer la région vers une zone de circulation active » du virus.

« Ce groupe ne va pas rester en lieu clos et faire que la circulation virale reste cantonnée aux 18-40 ans. Comme on est en train de le voir dans l’ensemble des métropoles française ou en Floride, elle finit par gagner les personnes vulnérables, les précaires, et nos aînés. Un taux d’incidence de 470 cas pour 100 000 habitants (chez les jeunes, contre 150 en Gironde et 272 pour 100 000 à Bordeaux, NDLR), ce n’est pas possible. On ne peut pas laisser ce réservoir se constituer. »

Pierre Hurmic, Fabienne Buccio, Yann Bubien et Denis Malvy, ce mercredi 9 septembre (SB/Rue89 Bordeaux)

« Bulle monstrueuse »

Contre cette « bulle monstrueuse », l’infectiologue appelle à « travailler sur la communication, être plus vigilants et intrusifs notamment sur certains espaces de convivialité qui ne respectent pas les règles sanitaires ». La préfète signale justement avoir ordonné la fermeture administrative de cinq établissements bordelais, dont un bar sur les quais, et promet davantage de sévérité envers les contrevenants.

Si Fabienne Buccio reconnait avoir envisager cette piste, elle écarte en revanche pour l’instant l’obligation pour tous les cafés, bars et restaurants de fermer leur portes plus tôt, comme cela a été un temps imposé par son collègue des Bouches-du-Rhône, avant de devoir « revenir sur son arrêté ». Plutôt que de sanctionner tout un secteur ayant besoin de travailler, et où « 90% des gens sont sérieux », elle veut « sortir du jeu ceux qui font du tort à la profession et mettent des vies en danger ».

« Nous sommes en contact avec l’Umih (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie) qui est dans la même optique, ajoute Pierre Hurmic, maire de Bordeaux. Nos contrôles seront de plus en plus renforcés car le laxisme peut entrainer des clusters urbains. Il revient à ces établissements de faire la police dans leurs salles et terrasses. »

Pierre Hurmic précise également avoir écrit à toutes les associations étudiants quant au respect des gestes barrières dans les soirées, « pour les alerter officiellement et de façon un peu dramatique sur les conséquences de ce type de réunion ».

Au stade prospectif

Sans aller là non plus jusqu’à des interdictions, Hélène Junqua souligne en effet que des mesures trop drastiques peuvent entraîner le déplacement des regroupements festifs vers des lieux privés « qui échapperaient à toute surveillance ». Or une bonne partie des clusters (85 au total dans la région, dont 44 en Gironde) se forment souvent lors d’évènements privés ou familiaux.

La préfecture pointe également le développement de l’épidémie dans le milieu sportif. Elle va d’ailleurs prendre prochainement un arrêté pour imposer le port du masque dans un périmètre autour des stades de Bordeaux, afin de prévenir la propagation du virus entre supporters de foot et de rugby, d’âges souvent différents.

A côté du renforcement des mesures de contrôle, Pierre Hurmic a annoncé que la Ville allait développer le volet préventif. Un guide sanitaire a été distribué à tous les agents – incités à télétravailler deux à trois jours par semaine pour ceux qui le peuvent – et aux prestataires de la mairie. Des masques inclusifs seront proposés aux agents travaillant auprès d’enfants et de personnes malentendantes.

La mairie créera par ailleurs un « conseil de résilience sanitaire », réunissant « chercheurs, cliniciens, acteurs du monde hospitalier pour mener une réflexion prospective et faire des propositions pour guider la décision politique ».

Préparer la vague

Celle-ci pourrait-elle aller dans le sens d’un reconfinement territorialisé ? Non, assure la préfecture. Denis Malvy invite lui « l’ensemble de la société à s’emparer des mesures barrières afin de préserver les activités économiques, sociales, scolaires… qui nous sont vitales ».

« Il ne faut pas restreindre notre vie sociale mais s’approprier ces particularités liées à l’épidémie. Par exemple, si je veux fêter mon anniversaire, inviter 10 ou 15 personnes plutôt que 30, ou repousser la fête à un moment plus approprié. »

C’est pour l’infectiologue l’ « enjeu des six semaines de la rentrée ». Ensuite, avec la chute des températures et le retour des maladies saisonnières comme la grippe, viendra « l’apparition hautement probable de la deuxième vague », estime-t-il. En fait, une « première vague pour la région », relativement épargnée jusqu’à présent, note Fabienne Buccio.

« Il faut nous y préparer et arriver à cette période de façon à ce que le plateau soit le plus bas possible, estime Denis Malvy. Nous avons désormais des tests, des masques, nous avons appris des patients et savons mieux les soigner – les corticoïdes sauvent des vies et diminuent les risques de passage en réanimation. Nous sommes en train de tester des vaccins. Je ne suis pas optimiste mais je suis plein d’espoir et de confiance dans notre système et l’esprit de solidarité des Français. »

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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