Fin du sapin de Noël à Bordeaux : le maire se fait enguirlander
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Fin du sapin de Noël à Bordeaux : le maire se fait enguirlander

C’était LA « breaking news » que certains ont retenu des deux heures de conférence de presse du nouveau maire de Bordeaux ce jeudi. La refonte de la ZAC Bastide Niel ? La création de couloirs-bus vélo sur 70% des boulevards ? Que nenni : la fin d’une tradition, le sapin de Noël devant l’hôtel de ville, expliquée en ces termes par Pierre Hurmic :

« Nous ne mettrons pas des arbres morts sur les places de la ville et notamment la place Pey-Berland. (…) Ce n’est pas du tout notre conception de la végétalisation. »

Le fil Twitter de la ville relaye l’info, soulignant que le sapin serait replacé par du spectacle vivant. Le site local d’extrême-droite Infos Bordeaux s’empare de la nouvelle, et la droite tradi et de la fachosphère se déchaine contre ce qui est considéré comme « une attaque frontale contre les valeurs chrétiennes » – plutôt cocasse venant d’un maire catholique pratiquant assumé… Ancien adjoint à la culture, Fabien Robert en fait un cheval de bataille, démultipliant les prises de position sur le sujet.

L’élu d’opposition relaye notamment une pétition lancée sur Change.org, « Bordeaux veut garder son sapin de Noël », qui a recueilli une centaine de signatures à cette heure. Il s’en exprime (longuement) dans 20 Minutes ce vendredi :

« C’est purement de la communication pour faire plaisir à une minorité de personnes qui ont un problème avec le fait qu’on coupe des arbres pour en faire de la décoration, ce que je peux entendre, mais on parle des fêtes de fin d’année, des rassemblements familiaux. Je ne parle pas de religion, mais de tradition. »

Où sont mes « racines » ?

L’éditorialiste de Sud Ouest Bruno Dive fustige aussi cette décision dans le quotidien de ce vendredi :

« Cet arbre qui cache la forêt (car un projet de végétalisation de la ville a par ailleurs été annoncé) serait plutôt à mettre sur le compte d’une vision très extensive de la laïcité. (…) Faut-il donc rappeler aux écologistes les bienfaits de nos racines ? Que celles qui plongent dans notre histoire et notre culture sont tout aussi vitales pour notre société ? »

Et d’inviter les écologistes, accusés de « frayer dangereusement avec les indigénistes et les féministes extrémistes » de « se concentrer sur la lutte contre le changement climatique ».

Le « sapingate » devient national, via notamment un tweet de Xavier Bertrand. Le président (ex LR) de la Région Haut de France fait le rapprochement avec les déclarations du maire EELV de Lyon contre le Tour de France, tout comme l’édito de Sud Ouest, qui se demande si les nouveaux maires écolos ont décidé d’ « emmerder les Français ».

Jusqu’à susciter des réactions de membres du gouvernement, dont Marlène Schiappa s’élevant ce vendredi contre « l’écologie punitive » en s’emmêlant les pinceaux entre Bordeaux et Lyon, et en citant la volonté « d’interdire ce qui festif » comme « la fête de Noël » et « la décoration de sapin ».

Pierre Hurmic a du s’en expliquer ce vendredi matin sur LCI. Il y aura selon lui « beaucoup mieux qu’un arbre » :

« On a quand même le droit quand on est maire d’une ville, de dire que l’on va choisir un type d’animation un peu plus vivant pour les fêtes de Noël, plutôt que de faire venir à grand frais un arbre coupé. »

Magie de Noël ?

La Ville précise ce vendredi dans un communiqué que le sapin de Noël coute près de 60000 euros, « auxquels s’ajoutent d’importants coûts induits, écologiques et économiques », notamment « la traversée de la moitié de la France en camion et en convoi exceptionnel (pour un arbre de 17 mètres) », les 4 jours et nuits de temps de montage mobilisant 4 agents, « la mise en lumière de 10 km de guirlandes électriques, le vandalisme fréquent induisant des coûts de gardiennage de nuit »…

Elle ajoute que le sapin a été renversé par la tempête, or « celles-ci vont se multiplier, avec des risques d’accidents mortels ».

Selon la mairie, ces dizaines de milliers d’euros seront alloués aux commerçants ainsi qu’aux associations culturelles pour prévoir durant cette période des chorales ou des spectacles vivants. Tous les arbres de la place Pey Berland ou de la place Jean-Moulin seront par ailleurs éclairés.

« Ce n’est pas une opération symbolique ou politique en faveur de la laïcité, ajoute Didier Jeanjean, adjoint au maire chargé de la nature en ville et des quartiers apaisés. C’est simplement de la sobriété. Pour la féérie de Noël, éclairer des arbres vivants plutôt qu’un arbre mort qui traverse la France pour arriver ici, nous a paru plus pertinent. Je ne vois pas où est la magie dans l’exposition d’un arbre mort ! C’est totalement superfétatoire. »

L’adjoint souhaite par ailleurs revoir la politique des éclairages de Noël qu’ils considèrent « peu équitable » :

« C’est uniquement le centre ville de Bordeaux qui est éclairé, dans les autres quartiers, c’est à la charge des commerçants. Je suis d’accord pour mettre en valeur un centre-ville classé Unesco mais il ne faut pas oublier que Bordeaux c’est huit quartiers. »

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