Le retour des insecticides « tueurs d’abeilles », une « décision folle »
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Le retour des insecticides « tueurs d’abeilles », une « décision folle »

Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres et ex-ministre de l’écologie, a présenté ce vendredi à Bordeaux les actions contre le projet de loi du gouvernement visant à ré-autoriser ces insecticides néonicotinoïdes. Une coalition se met en place, dont fait partie l’ONG Générations Futures. Celle-ci propose un outil pour interpeller directement les parlementaires.

« On porte des masques à cause de la Covid-19, une zoonose dont l’origine est probablement liée à la destruction des écosystèmes. Et aujourd’hui le gouvernement veut ré-autoriser les néonicotinoïdes qui tuent des abeilles, des papillons, des vers de terre, des oiseaux… C’est une décision folle, un contresens historique grave. »

Delphine Batho ne mâche pas ses mots. Ce vendredi à Darwin, l’ex ministre de l’écologie (2012-2013) et présidente de Génération écologie sonne le tocsin contre le projet du loi du gouvernement actant le retour de l’insecticide « tueur d’abeille », quatre ans après leur interdiction via un amendement à la loi biodiversité, alors déposé par la députée des Deux-Sèvres.

« En 2016 on avait réussi à interdire par la loi les pesticides les plus puissants jamais inventés par l’espèce humaine, 7000 fois plus toxiques que le DDT interdit il y a 50 ans, et cause majeure de la disparition de 85% des insectes et d’un tiers des oiseaux des champs. Le gouvernement met en avant les difficultés de la filière betterave pour revenir sur ce principe d’interdiction mais son décret pourra autoriser des dérogations pour toutes les filières. »

Ce serait pour Delphine Batho « un recul sans précédent, le plus grave en matière de protection de l’environnement depuis des décennies ». Et ce à cause d’une baisse des rendement de 8 à 15% des cultures de betteraves, imputables directement à la jaunisse transmise par les pucerons.

Les abeilles peuvent avoir le bourdon (L’EPI Castelfortain/Flickr/CC)

Shake ton politique

La députée veut donc lancer le débat auprès du grand public, conviée ce vendredi à une conférence à Darwin (rescapée de Climax) avec Nicolas Thierry, vice-président de la Région Nouvelle-Aquitaine. Et elle fait du lobbying avant le vote du projet de loi le 5 octobre prochain.

« J’appelle tous les parlementaires à s’émanciper des consignes et voter en responsabilité pour les abeilles et la santé humaine », soulignant que les trois produits visés par la dérogation ((imidaclopride, thiaméthoxame, clothianidine) sont reconnus perturbateurs endocriniens.

L’ONG Générations Futures a mis en place une plateforme internet, Shake ton politique. Elle permet de savoir si son député ou sénateur est pour ou contre cette loi, ou ne s’est pas prononcé, et de l’interpeller par mail ou Twitter avec un message automatisé.

Si le texte est voté, Delphine Batho se prépare à déposer un recours devant le conseil constitutionnel. Il contrevient en effet d’après elle tant à la charte de l’environnement inscrite dans la constitution qu’au principe de non-régression en matière de droit de l’environnement, selon lequel la protection de ce dernier « ne peut faire l’objet que d’une amélioration constante ».

« 80 tonnes de néonicotinoïdes versés sur 400000 hectares de champs de betteraves vont avoir un effet sur les cours d’eau pour plus de 20 ans », explique Delphine Batho.

Déclin des abeilles

Mis sur le marché dans les années 90, les néonicotinoïdes s’attaquent au système nerveux central des organismes vivants. Non ciblés sur les espèces invasives comme le puceron, mis en cause par les betteraviers, ils sont mis en cause dans le déclin des abeilles.

« On a aujourd’hui un sujet de souveraineté alimentaire sur le miel, dont la production française a été divisée par trois, et dont la France doit importer 80% de sa consommation, souligne Delphine Batho. Mais pas sur le sucre, dont nous exportons la moitié de notre production. On restaurera cette souveraineté en arrêtant de tuer des abeilles. »

Par ailleurs, une telle décision contrevient aux efforts menés par les collectivités locales en faveur de la biodiversité, souligne Anne-Laure Bedu, conseillère régionale (GE) de Nouvelle-Aquitaine :

« Alors qu’on fait des efforts surhumains pour réintroduire la perdrix grise ou la chouette chevêche, on peut être sûrs que nos résultats seront mauvais si on segmente ainsi les politiques publiques. On sait aussi que sans pollinisateurs, les rendements du maïs, du tournesol ou du colza s’effondrent. »

A contrario, l’étude Ecobiose réalisée par la Région démontre que les plus la biodiversité est importante dans les champs, plus la production augmente. Le contraire de l’agriculture chimique prônée par l’agrobusiness…

« Ne doutons pas que ce genre de signal est en train de réveiller les envies de remonter au créneau pour justifier l’injustifiable dans d’autres secteurs, comme la viticulture », prévient de son côté Philippe Barre, de Climax Coalitions, qui compte participer à la mobilisation contre ce projet de loi.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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