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Ces Girondins qui tentent de faire barrage à Amazon et aux géants du e-commerce
Economie  Société 

Ces Girondins qui tentent de faire barrage à Amazon et aux géants du e-commerce

par Simon Barthélémy.
Publié le 28 novembre 2020.
Imprimé le 16 octobre 2021 à 17:24
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Alors que des militants ont mis jeudi hors services huit Amazon Lockers dans la métropole bordelaise, Bordeaux Métropole a adopté ce vendredi 27 novembre un plan d’urgence prévoyant notamment la création avec une filiale de La Poste d’une plateforme locale de e-commerce. De son côté, le député Loïc Prud’homme fait une proposition de loi visant notamment à taxer davantage les géants du e-commerce et interdire les entrepôts de plus de 1000 m2, tel que celui envisagé à Belin-Béliet, en Gironde. 

Dans un communiqué diffusé ce vendredi, les groupes ANV-COP21 Gironde, Extinction Rebellion Bordeaux et Attac 33 ont annoncé qu’une vingtaine d’activistes avaient « mis hors service sans dégradations irréversibles » huit boîtes de dépôts Amazon dans la métropole bordelaise.

Jeudi soir, ils ont en effet apposé des autocollants sur l’écran tactile, et placé des affiches revendicatives sur les armoires des Amazon Lockers « afin de rendre visibles à leurs utilisateurs et utilisatrices les méfaits » de la multinationale du e-commerce, dont les ventes ont bondi en novembre de 67% en France, où elle prévoit d’implanter 19 nouveaux entrepôts.

Les militant.e.s ont parallèlement « pris contact avec les commerces locaux fermés ou encore ouverts afin de leur proposer d’afficher sur leur vitrine l’impact désastreux de l’activité d’Amazon » – 4,5 emplois détruits dans les commerces de proximité pour un emploi créé par Amazon, selon une étude menée cette année aux Etats-Unis.

Les activistes anti-Amazon (DR)

Y a écrit La Poste, là

La noria de véhicules entre ses entrepôts géants et les domiciles de ses clients génère quant à elle des émissions de gaz à effet de serre représentant celle d’un pays comme le Portugal. Rue89 Bordeaux avait l’an dernier estimé que le trafic causé par les livraisons du e-commerce équivalait à celle des poids-lourds empruntant chaque jour la rocade.

Grand gagnant de la crise sanitaire, le secteur va-t-il damer le pion aux commerçants locaux ? Pour tenter de freiner le phénomène, Bordeaux Métropole prévoit, dans son plan d’urgence adopté ce vendredi en conseil, de soutenir le développement d’une plateforme locale de vente en ligne avec service de livraison. Cette « marketplace » doit « faciliter la vie des commerçants girondins », indique ce vendredi dans un communiqué la CCI (chambre de commerce et d’industrie) Bordeaaux Gironde. E

Elle s’est pour cela adossée à une filiale du groupe La Poste, Ma ville mon shopping. Un commerce local peut, une fois référencé, mettre en avant ses produits sur ce site, les vendre. Les clients peuvent ensuite les récupérer en « clique et collecte » ou se les faire livrer. Un tarif préférentiel a été négocié avec la plateforme, et « un partenariat d’incitation noué avec Bordeaux Métropole pour un déploiement gratuit auprès des commerces métropolitains ». La CCI envisage de proposer ce service à d’autres territoires.

Coup d’arrêt au e-commerce ?

Dans le même temps, Loïc Prud’homme, député (France insoumise) de Gironde, a déposé une proposition de loi pour « mettre un coup d’arrêt au e-commerce », avec une taxe annuelle de 20 % sur le chiffre d’affaires des géants du e-commerce – contre 3% pour le dispositif anti-Gafa instauré en 2019, et qui avait rapporté 350 millions d’euros.

Dans ce texte qui a peu de chance d’être adopté par l’Assemblée, l’élu girondin suggère également l’interdiction de construire, d’aménager ou d’étendre des entrepôts logistiques de plus de 1000 m2 à destination du e-commerce. Cela viserait directement le projet de Belin-Béliet, dans le Val de l’Eyre, ou le promoteur PRD envisage la construction d’une plateforme de 72000 m2 pour un opérateur encore inconnu à ce stade – le nom d’Ali Baba a filtré, avant d’être démenti.

Une enquête publique est toutefois nécessaire et pour la lancer, les services de l’Etat imposent des exigences environnementales. La DREAL (direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) demande ainsi à l’exploitant d’améliorer son dossier sur les compensations liées aux zones humides et aux espèces protégées, indique la préfecture à Rue89 Bordeaux.

Deux demandes de compléments successives ont été signifiées à PRD en mars et juin dernier. Or à ce stade, « le porteur de projet n’a toujours pas communiqué les éléments demandés, donc en l’état le dossier n’est pas recevable et ne peut être envoyé en enquête publique ».

Pendant ce temps le collectif « Touche pas à ma zone humide » ne reste pas les bras croisés et continue à alerter sur le projet de plateforme, soutenu par les élus de la communauté de communes du Val de l’Eyre.  

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, cofondateur de Rue89 Bordeaux

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