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« Fip a vocation à s’adresser à tous les Français », selon sa directrice Bérénice Ravache
Droit de réponse  Entretien 

« Fip a vocation à s’adresser à tous les Français », selon sa directrice Bérénice Ravache

par Simon Barthélémy.
Publié le 2 décembre 2020.
Imprimé le 07 décembre 2021 à 10:16
1 919 visites. 3 commentaires.

Hostiles à la fermeture d’ici la fin de l’année des antennes locales de Fip à Bordeaux, Nantes et Strasbourg, les maires de ces villes ont saisi la ministre de la culture. Sans effet : Radio France a même avancé au 18 décembre la fin des décrochages locaux. Dans un entretien à Rue89 Bordeaux, Bérénice Ravache, directrice de Fip, justifie son plan, qui doit permettre de développer la radio partout en France tout en cultivant les partenariats locaux.

Rue89 Bordeaux : Bérénice Ravache, vous avez tenu à réagir à un article dans lequel nous annoncions l’arrêt de Fip d’ici la fin de l’année, et l’opposition du maire de Bordeaux à ce projet. Pourquoi ?

Bérénice Ravache : Nous déplorions que pour cet article toutes les parties prenantes n’aient pas pu être sollicitées. Car il est faux de dire que Fip diffusera seulement de la musique. Il y aura toujours le Club jazz à Fip et des animatrices continueront à intervenir toute la journée, toutes les 10 à 12 minutes. Mais cela ne se fera plus au niveau local car Fip a vocation à s’adresser à tous les Français.

La radio a une mission de service public que ne remplit aucune autre, celle de promouvoir la diversité musicale et les labels indépendants, et nous continuerons à le faire, avec une opportunité en or : l’extension de notre couverture hertzienne, qui va nous permettre de passer de 28% à 85% de couverture (via le DAB+). Nous devons donc assurer un équilibre entre les manifestations promues sur tout le territoire.

Que va-t-il advenir des Fipettes, les sept animatrices de la radio concernées par son arrêt à Bordeaux-Aracachon ?

Sur les sept Fipettes, deux ont fait valoir leur droit à la retraite, une sera reclassée à la direction territoriale de France Bleu, deux intègreront la direction musicale de Radio France comme déléguées, et une cachettière sera intégrée à France Culture en CDI. Toutes les personnes concernées ont ainsi aujourd’hui des projets, à l’exception d’une cachettière pour laquelle on étudie des pistes.

C’est justement cette situation qui nous a conduit à avancer la fin des animations locales au 18 décembre 2020, pour permettre à celles qui vont commencer leur nouvelle activité d’avoir quelques jours de sas. L’une d’entre elle devait débuter dès le 15 décembre, ce qui ne lui permettait pas d’animer l’antenne du 19 au 31 décembre, et nous bloquait dans la construction des plannings.

Deux pétitions ont réunies 163000 signatures pour sauver les trois dernières locales de Fip à Bordeaux, Nantes et Strasbourg, dont les maires vous ont écrit. Pierre Hurmic demandait un moratoire sur 2021, afin que Fip « joue son rôle de médiatisation culturelle dans cette période de sortie de la Covid ». Que leur répondez-vous ?

J’entends l’inquiétude des élus, j’en ai rencontré beaucoup et j’essaye de les rassurer sur le fait que nous restons bel et bien dans ces villes à côté des acteurs culturels locaux. La présidente de Radio France, Sibyle Veil, les en a assuré.

Dénicher des pépites

Fip n’est pas une antenne parisienne ! Nous avons souhaité conserver son ancrage local avec ces déléguées musicales implantées dans chacune des villes où Radio France est présente pour profiter de leurs connaissances et de leurs réseaux. Les 800 infos culturelles par mois diffusées par les animatrices de Fip sont actuellement, pour l’essentiel, liées aux partenariats que la chaîne noue au niveau national, comme les huit albums sélection Fip. A côté de cela, les animatrices ont des textes dits libres, où elles peuvent faire part d’un coup de cœur, et elles continueront à le faire demain.

Elles iront à la rencontre des partenaires pour faire un premier tri entre les évènements qui ressemblent à Fip ou pas, et de décider de la teneur des partenariats, de la visibilité à l’antenne à la délocalisation d’une émission en passant par les places à faire gagner aux auditeurs ou la captation de concerts.

Mais ce temps d’antenne dédié à des évènements locaux sera forcément moins important, ce qui inquiète nombre de responsables de lieux culturels…

Nous sommes la radio musicale éclectique de Radio France, et entendons continuer à soutenir des manifestations originales, innovantes, parfois underground. On ne va pas forcément mettre en avant des évènements à rayonnement national, mais des petites pépites, comme les 24h du Swing à Monségur dont nous sommes historiquement proches.

Nous sommes aussi très régulièrement en contact avec Patrick Duval, le directeur du Rocher de Palmer cité dans votre article, et sommes partenaires du Tremplin action jazz qui aura lieu le 23 janvier prochain à Cenon. Cela a permis à des groupes régionaux comme V.E.G.A (vainqueur du tremplin en 2019, NDLR) d’être diffusé sur Fip et d’avoir un rayonnement national.

Mais nos déléguées à Bordeaux pourront aussi repérer des évènements et estimer qu’ils sont plus adaptés à la ligne éditoriale de l’une des sept chaînes de Radio France représentées localement – le Mouv, France Culture, France Musique…

« Nos concurrents sont Deezer et Spotify »

Ne craignez-vous pas de casser une radio qui fonctionne bien aujourd’hui pour faire l’économie de quelques postes ?

On jouit d’audiences extraordinaires dans toutes les villes. A Bordeaux nous sommes aujourd’hui la troisième antenne de Radio France la plus écoutée, avec 4,8% de parts d’audience et 39000 auditeurs. Mais nous avons 5,1% d’audience et 43000 auditeurs à Toulouse (où Fip n’a pas d’antenne locale, NDLR). Si les auditeurs sont mécontents la sanction sera rapide.

Le projet de réorganisation aurait été considéré autrement si le contexte économique et budgétaire n’était pas aussi contraint, et où chaque chaine de Radio France doit fournir sa part d’effort dans le plan d’économie. Mais je pense que les auditeurs et les acteurs culturels s’y retrouveront dans ce projet qui vise au développement sur tout le territoire.

C’est une bonne nouvelle pour les artistes et la curiosité des amateurs de musique. Nos concurrents sont aujourd’hui Spotify et Deezer mais on s’affiche en offre complémentaire. Quand un abonné se retrouve face aux millions de titres d’une plateforme, Fip joue un rôle de filtre et lui fait découvrir des artistes différents. On restera notamment représentatifs de ce qui se passe en régions, où sont basés 85% des labels indépendants.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, cofondateur de Rue89 Bordeaux

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