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Philippe d’Halluin, « curé débordé » pour 816 euros par mois
Société 

Philippe d’Halluin, « curé débordé » pour 816 euros par mois

par EFJ.
Publié le 23 décembre 2020.
Imprimé le 08 mars 2021 à 11:27
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Philippe d’Halluin est au service de Dieu depuis ses 23 ans. Ce prêtre de Pont-du-Casse est aumônier à l’hôpital Saint-Esprit à Agen et à la Candélie. Ses 816 euros net par mois lui suffisent pour vivre mais la crise sanitaire corse son quotidien. Il a accepté de passer son porte-monnaie au rayon X pour Rue89 Bordeaux.

La nuit tombe sur Pont-du-Casse et ses 4 200 habitants. Le prêtre Philippe d’Halluin, 65 ans, arrive essoufflé au presbytère. Il s’excuse de son retard : « Aujourd’hui, j’ai couru partout. » En théorie, le lundi est son jour de repos mais l’abbé de la paroisse Sainte-Marie en Agenais a visité des patients à l’hôpital.

En cette période de pandémie, ce natif de Douzain, dans le Lot-et-Garonne, est débordé. Il exerce dans six communes. À la paroisse, il a « des réunions avec le conseil des délégués pastoraux, le conseil pastoral paroissial, le conseil des affaires économiques, les conseils de relais d’Église ». Il enchaine les visites aux malades à l’hôpital et à leur domicile. A cela s’ajoutent une vingtaine d’appels téléphoniques et une centaine de mails auxquels il répond.

« Beaucoup de personnes se retrouvent en dépression et ont besoin d’écoute ou d’éclairer leur vie », explique le prêtre.

Pas seulement des personnes âgées, il y a beaucoup de jeunes parents, ou de jeunes fiancés. Le curé de la paroisse Sainte-Marie en Agenais continue également les confessions, à l’église ou à domicile. Lors du premier confinement, il procédait par téléphone. Avec le temps qui lui reste, il prépare les futurs mariages, baptêmes, confirmations et obsèques.

Un prêtre débordé

Pendant le confinement, ses 35 messes mensuelles ont toutes été annulées. Pour lui, les restrictions sanitaires s’accommodent mal du message de l’église : « L’Église en grec, veut dire un peuple, qui se rassemble pour répondre à l’appel de Dieu », sourit-il. Le prêtre devait célébrer une vingtaine de mariages cette année. Quinze ont été reportés à l’année prochaine, « certains sont repoussés à 2022 car l’année prochaine est déjà complète ».

Jusqu’à la levée de la jauge des 30 personnes par cérémonie, Philippe d’Halluin s’inquiétait également pour la messe de minuit, qui accueille 500 fidèles. Si dans le contexte actuel, il lui est « difficile d’être privé des visites en Ehpad », le plus dur reste la fin de vie des patients :

« J’ai eu la chance d’accompagner des personnes atteintes de la Covid-19 jusqu’à leur mort. Mais j’ai été leur seule visite. C’est terrible. Une personne malade est avant tout une personne avec une dignité. »

Pour les obsèques, seulement 30 personnes sont autorisées, contraignant certaines familles à faire l’impasse sur la cérémonie.

« Nous avons reçu la vie, la nature. Nous devons en prendre soin. » (PV/Rue89 Bordeaux)

Afin de garder le moral, cet ancien pompier volontaire consacre son temps libre et ses vacances à la marche :

« J’ai déjà fait le chemin de Compostelle, le chemin d’Assise en Italie. Ce pèlerinage représente 1500 km de marche. C’est à la fois un plaisir spirituel et un besoin physique. »

Dans son bureau où une croix côtoie un vélo et une affiche « Retraite, zone tranquille, sieste en cours », l’homme de dieu Désigne un tracteur miniature. « J’ai le même en vrai. Je suis paysan de naissance », annonce-t-il fièrement. L’abbé rêverait de revenir à la ferme familiale. Pour l’instant, son rythme de travail l’en empêche.

Changer les modes de vie

Le curé en est convaincu, « la multiplication des échanges internationaux a propulsé cette crise. Notre consommation excessive est aussi en cause dans cette pandémie ». Pour lui, toutes épreuves doit servir à méditer.

« Actuellement, il y a un énorme besoin spirituel dans le monde. Les personnes n’ont plus de repères. […] Nous devons changer nos modes de vie et adopter une écologie intégrale », plaide-t-il avant de citer le pape François et son encyclique Laudato si (« Loué sois-tu ») : « Nous ne pouvons pas protéger la nature sans protéger l’être humain et inversement. La pandémie révèle cela. »

Depuis le premier confinement, Philippe d’Halluin accueille une famille de migrants. Elle vit indépendamment du presbytère. « Je loge aussi un jeune Malien, mineur » pour lequel la mairie n’a pas trouvé de solution. Le curé est révolté :

« Cette situation me ronge mais je peux pas faire plus. Quand il y a des étrangers, nous devons les accueillir. C’est le Christ lui même qu’on accueille. »

Le manque de solidarité général l’indigne. De même, les mobilisations pour la reprise des messes lui semblent égoïstes. « Ils veulent leur messe. » Lui, n’en veut pas pour le moment. Il souhaite que tout le monde puisse se rassembler et s’inquiète : « Les fidèles qui se sont mobilisés peuvent contaminer des personnes, si les gestes barrières ne sont pas respectés. »

Les cloches de 19h ricochent sous la nef. Le curé se hâte : « C’est l’heure de ma prière. »

Pauline Valles

Le porte-monnaie de Philippe d’Halluin

Revenus : 816€ net par mois

« Je touche 425 euros de l’hôpital et 271 euros de la Candélie. La paroisse me donne 120 euros. »

Dépenses fixes

  • Logement : 0 euro.
    Le curé habite dans le presbytère de 90 m2, pris en charge par la paroisse.
  • Charges (électricité, gaz, eau, chauffage) : 0 euro.
    Pris en charge par la paroisse
  • Taxe foncière : 0 euro
    « Je payais la taxe foncière jusqu’à présent. Depuis que j’ai l’âge de la retraite, je ne la paie plus. »
  • Impôt sur le revenu : 0 euro.
    « Avec 805 euros par mois, je ne risque pas d’être imposable », sourit-il.
  • Mutuelle : 79 euros par mois
  • Cotisations maladie : 0 euro.
    Ses cotisations sont prélevées sur le salaire de l’hôpital.
  • Cotisations retraite : 62 euros par mois
  • Contribution sociale généralisée (CSG) : 142 euros par mois
  • Contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) : 7 euros par mois
  • Assurance vieillesse : 115 euros
  • Internet, télé, et téléphone portable : 19 euros par mois
  • Transports en commun : 0 euro par mois.
    « Je préfère le vélo, marcher ou prendre la voiture quand c’est loin. »
  • Carte senior train : 4 euros par mois
    « Cette carte me sert pour revenir de mes pèlerinages mais cette année je m’en suis pas servie et elle n’est pas remboursée. »
  • Frais bancaires : 21 euros par mois
    « Je les trouve un peu trop élevés, mais il faut bien les payer. »
  • Frais médicaux : 0 euro.
    Pris en charge par la paroisse

Dépenses variables

  • Alimentation : 160 euros par mois
    « Hors confinement, mon budget est de 240 euros car je mange entre deux et trois fois au restaurant dans le mois. J’évite aussi d’aller faire mes courses pour me préserver. »
  • Vêtements : 30 euros par mois
    « J’achète davantage d’accessoires pour la marche. »
  • Déplacement pour la paroisse : Remboursé
  • Loisirs : 10 euros par mois
    « Je suis adhérent au club d’Aquagym et de Gym. »
  • Dons à des associations : 70 euros par mois
    « Je fais principalement des dons au Secours Catholique, à la Fondation Abbé Pierre, à la Croix de Malte et aux Œuvres Pontificales missionnaires. »
  • Achats de livre et abonnements aux journaux et revues de presse : 15 euros
    « Je suis abonné au journal La Croix, à La Pastorale Santé, et à la revue De Toutes à Tous, au Courrier de la Fraternité et aux Lettres des équipes Notre-Dame. »
  • Animal de compagnie : 8 euros par mois
    « Mon chat n’a pas des goûts de luxe. Il se contente de peu. »
  • Essence : 35 euros par mois

Épargne : 39 euros par mois

« Je veux épargner pour acheter une nouvelle voiture, pratique et commode. Comme ma fourgonnette, avec 200 000 kilomètres, elle arrive à la fin. »

Pour les cadeaux de Noël, il puisera environ 125 euros dans ses économies.

L'AUTEUR
EFJ
EFJ
Les articles des étudiants de l'EFJ Bordeaux, l'école française de journalisme, en immersion à Rue89 Bordeaux.

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