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« Système survie, système débrouille » : Clément, brocanteur pour 200€ par mois
Société 

« Système survie, système débrouille » : Clément, brocanteur pour 200€ par mois

par EFJ.
Publié le 7 décembre 2020.
Imprimé le 12 mai 2021 à 06:32
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Brocanteur en Gironde, Clément a vu ses revenus plonger de 1000€ en temps normal à 200€ en novembre. À 27 ans, il louvoie entre galère et entraide et adapte son mode de vie. Il a accepté de soumettre son « porte-monnaie au rayon X ». Cette rubrique culte de Rue89 est ressuscitée par les étudiants de l’école de journalisme EFJ Bordeaux, afin de comprendre comment des anonymes de la région traversent la crise.

Clément, brocanteur de 27 ans installé dans le Cubzaguais, essuie les plâtres depuis le début de la crise sanitaire. Ce mois-ci, il a touché 200€ grâce aux quelques clients solidaires qui le sollicitent. « En ce moment, la déco marche pas. Il faut de l’utile. » Les annonces sur internet fonctionnent mal. La visioconférence est inadaptée  :

« C’est pas les mêmes yeux (sic). Quand je vends un meuble en vrai je peux expliquer ce qui a été réparé ou ce qu’il reste à faire. Par visio c’est complètement différent. Il n’y pas cette chaleur humaine. J’ai besoin du contact ! ».

De 1 000€ à 200€ par mois

Vide-greniers, récupération d’objets, rénovation de meubles… L’activité de Clément lui rapporte en temps normal 1 000€ chaque mois, dont 200 non déclarés. Dans le salon, un tableau égyptien côtoie un meuble télé en cours de rénovation, une peluche Bob Marley et une horloge des années 20.

Clément reçoit ses clients chez lui pour vendre ses objets de brocante – affiches de collection, disques, horloges -, accrochés aux côtés des photos personnelles (CV/Rue89 Bordeaux)

« Chez moi c’est open bar », sourit-il. « Mes clients viennent, on boit le café… Il n’y a pas de séparation avec mon habitation, c’est un peu comme chez Louis la Brocante ».

Clément ne croyait pas à un reconfinement. Mais la mise à l’arrêt de son activité l’inquiète finalement moins que le contexte social : « J’ai surtout peur qu’à force, l’État nous divise et qu’on ne veuille plus s’aider entre nous ».

Père et fils face au confinement

Aux 200€ mensuels de Clément, s’ajoute la paie de 921€ de son père, conducteur en pré-retraite à cause des risques sanitaires avec lequel il partage tout : les joies, les peines et un compte commun.

« Ma mère m’a mis à l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance) à 10 ans et mon père s’est battu toute mon enfance pour me récupérer », balbutie Clément.

Il enchaîne alors les fugues et se sert des brocantes comme lieux de rendez-vous pour retrouver son père. À 18 ans, ils décident de vivre enfin ensemble et se passionnent pour les vide-greniers et les foires girondines. «L’ancienne vie est effacée. Maintenant j’avance avec mon père.»

Solidarité, système D

Aujourd’hui, c’est « système survie, système débrouille », résume Clément. Il a drastiquement réduit ses dépenses. Le budget alimentaire plafonne à 100€ par mois, dont la moitié va aux animaux : « Papa adore la viande rouge, mais depuis le début on a dû en manger trois fois ». Désormais Clément prend le temps de cuisiner plus de légumes et économise les condiments.

L’heure est aussi à l’entraide. Lors du premier confinement il créé un groupe sur Facebook et fait éclore la solidarité entre habitants du quartier. « J’ai une voisine qui avait trop de légumes, elle me les a donnés, j’en ai fait une soupe que j’ai distribuée à tout le monde », raconte-t-il. Des échanges essentiels, entre riverains parfois inconnus. Aujourd’hui ils se cotisent à 4 ou 5 foyers pour acheter un colis de fruits et légumes, qu’ils se partagent ensuite.

Dernièrement, un voisin lui a « gentiment offert une bouteille de gaz », car il était à court. Clément s’en réjouit et s’en désole à la fois. Sa précarité est dure à encaisser : « On nous apporte des solutions sur un plateau, ça me fait bizarre… On s’est dit que quand tout sera fini, on fera un repas des voisins qui se sont aidés ! ».

Célia Vallet

Le porte-monnaie de Clément

Revenus : 1 121€

  • 200€ issus de la brocante pour Clément
  • 921€ de salaire pour son père

Dépenses : 922€

  • Logement : un maison de 90 m2 louée 400€ par mois
  • Charges : 370€ (140€ d’électricité, 80€ d’eau, 150€ d’ordures ménagères)

« La taxe d’enlèvement des ordures ménagères est tombée ce mois-ci, du coup on est dans le rouge. »

  • Assurance décès : 20€

« C’est pour mon père. Au début elle coûtait 10€ par mois mais avec le coronavirus il a voulu en prendre une meilleure. J’ai un oncle qui est décédé il y a pas longtemps et quand on voit combien ça coûte… c’est pas possible. »

  • Assurance voiture : 40€
  • TV, internet et téléphones portables : 182€.

« Le seul loisir qu’on a c’est la télé, et mon activité aussi. Je rénove un peu des meubles, je réponds aux demandes de certains clients. »

  • Courses alimentaires : 50€.

« On mange plus de légumes, on cuisine plus, c’est pas la même nourriture qu’avant mais c’est bien aussi parce que je prends le temps de faire des plats. Par exemple j’ai fait des endives à la béchamel la semaine dernière. Heureusement que j’ai des voisins super sympa. On s’entraide beaucoup, on achète des colis de légumes à plusieurs et on s’échange des aliments. »

  • Animaux : 50€

« Ils sont ma priorité. J’ai deux chats et un chien, on fait en sorte qu’ils ne manquent de rien. Je les ai tous sauvés de la misère… Oui, je suis aussi Brigitte Bardot ! »

  • Cigarettes : 50€

« J’étais un grand fumeur avant, je fumais des blondes que mes amis ramenaient d’Espagne. Maintenant j’ai changé ma manière de fumer, je prends du tabac à rouler premier prix. »

Épargne

  • 781€ cumulés depuis un an

« On a pioché dedans au premier confinement, et là avec le deuxième il n’y a plus rien. On emprunte à nos amis maintenant. »

L'AUTEUR
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Les articles des étudiants de l'EFJ Bordeaux, l'école française de journalisme, en immersion à Rue89 Bordeaux.

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