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Masque sanitaire pour les enfants : « Les inégalités sont, là encore, bien visibles »
Témoignage 

Masque sanitaire pour les enfants : « Les inégalités sont, là encore, bien visibles »

par Témoignage.
Publié le 9 janvier 2021.
Imprimé le 05 août 2021 à 09:44
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Alors qu’un appel à une mobilisation nationale est lancé ce samedi pour interpeller les autorités sur la question du masque à l’école – à Bordeaux à 10h place de la Bourse –, une enseignante girondine livre un témoignage sur son quotidien avec ses élèves. Elle s’interroge sur l’efficacité de la consigne.

J’assure les compléments de service dans trois classes différentes cette année, CP, CE1, CE2. Je travaille ainsi hebdomadairement avec quatre-vingt élèves âgés de six à neuf ans. 

Lundi, c’était la grande première. La première journée de classe avec des élèves tous masqués. Ce jour-là, je retrouve les CE2. Il n’y a plus de temps d’accueil dans la cour de l’école pour éviter le « brassage » (comprendre : les échanges entre différentes classes). Les enfants s’assoient directement à leurs bureaux dans la classe et écrivent la date du jour dans leurs cahiers. Ceux qui portent des lunettes ont leurs verres remplis de buée et n’y voient plus. V. a donc déjà baissé son masque. L., elle, a préféré enlever ses lunettes. Ça commence mal. 

Y. entre. Il est malentendant et appareillé. Il me tend son micro que je porte autour du cou afin d’amplifier le son de ma voix dans ses oreilles. Je le prends et regrette qu’il n’en ait pas apporté 29, pour pouvoir désormais entendre ce que vont dire ses copains de classe derrière leurs masques dans la cour de récré. 

« Au point de vouloir être appareillée »

Ça y est, ils sont tous là. 30 élèves avec le visage couvert. Heureusement qu’ils ont gardé les mêmes places qu’avant les vacances. La journée commence. Je tente un trait d’humour. « Merci pour votre solidarité, j’étais bien en peine depuis quelques semaines avec ce morceau de tissu sur le visage. » Un flop. 

J’interroge R. au fond de la classe qui lève la main. Je lui demande trois fois de répéter ce qu’elle veut dire. Quand c’est au tour du timide C, qui parle habituellement avec une voix très faible, j’en suis au point de vouloir être appareillée comme Y. 

C’est la récré, mais pas question de souffler – ni d’inspirer librement : le protocole sanitaire prévoit le port du masque pendant ce temps d’aération et de jeux. 

Lavage de mains avant, après. Je pense à ces collégiens en file indienne qui reçoivent leur distribution de gel hydroalcoolique à l’entrée de chaque salle de cours. Pouah.

Vivement la vaccination ?!

La matinée se termine. Je passe à la cantine et j’entends des animateurs houspiller des récalcitrants : « On enlève son masque uniquement quand on est assis à table et on le remet quand on se lève ». 

Je calcule mentalement que certains enfants peuvent être masqués aujourd’hui jusqu’à 11 heures d’affilée par jour, l’accueil péri-scolaire commençant à 7h30 le matin et se terminant à 19h. Brrrr. Vivement la vaccination ?!

Je rencontre une maman qui me parle de son inquiétude quant aux effets de cette obligation. Je la remercie intérieurement et espère silencieusement qu’elle ne soit pas la seule.

La semaine se poursuit. La communication non-verbale est réduite avec le visage aux deux-tiers couvert. Les activités orales sont rendues compliquées. Outre le volume de voix, comment apprendre les sons des lettres en lecture-écriture, la prononciation pour un enfant allophone, l’anglais ? 

Les inégalités sont, là encore, bien visibles : certains élèves ont tous les jours deux masques propres sagement pliés dans une pochette de congélation tandis que d’autres ont un masque pour la journée, le même masque que la veille, un masque terreux ou un masque poussiéreux.

Masqu-arade

Le vendredi, je retrouve les CP et j’atteins avec eux le sommet de la masqu-arade. A six ans, la raison sanitaire invoquée pour obliger le port du masque ne tient pas et ce, malgré les consignes des familles (socialement favorisées) et de l’enseignante dont je complète l’emploi du temps (très stricte sur l’application du protocole). En famille, peut-être. Dans une classe, non. Ce n’est pas crédible. Pire, c’est risqué pour la santé. Peut-on tester les fermentations de bactéries au bout d’une heure ?

Voici quelques unes des multiples utilisations originales du masque que j’ai pu observer : le chiffon pour laver son bureau, la serviette pour s’essuyer la bouche après avoir bu, la fronde pour envoyer des boulettes de papier, le sac à main miniature, le masque de nuit pour reposer les yeux, le bandeau à cheveux pour retenir la frange, l’éventail en rotation autour de l’index, le col offrant une protection automnale, la barbe de sage, la boucle d’oreille de pirate pendante, le tissu fantôme au travers duquel on mâchouille son capuchon de stylo, le bracelet anti-transpiration avec lequel on s’essuie le front, la brosse d’ardoise, le marque-page à BD… 

Au final, le masque est-il vraiment efficace et sans risque ?

Une enseignante girondine

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