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Clément, croque-mort bon vivant à 1750 euros par mois
Economie 

Clément, croque-mort bon vivant à 1750 euros par mois

par EFJ.
Publié le 15 mars 2021.
Imprimé le 23 avril 2021 à 07:41
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Clément (prénom d’emprunt) est un croque-mort « expérimenté » à seulement 23 ans. Il exerce depuis ses 19 ans et dirige même des cérémonies. La Covid-19 n’a pas bouleversé son quotidien, dans une petite ville du sud des Landes. Suite (et fin) de nos « porte-monnaies au rayon X », la rubrique culte de Rue89 ressuscitée par les étudiants de l’EFJ.

« La première fois, je n’étais pas dans l’optique de me dire que j’allais voir un mort. J’étais plutôt dans le stress de mal faire, par rapport à la famille et aux gens qu’il y avait autour. »

En 2017, Clément a 20 ans et remplace au pied levé un employé absent dans une entreprise de pompes funèbres. À l’issue de la cérémonie, il décide de « garder le costume » et signe son premier CDI quelques mois après. À la longue, il s’est habitué aux commentaires dans sa petite ville de 8 000 habitants : « Les gens me disent “Moi je ne pourrais pas faire ça !”, “Moi, je n’arriverais pas à en dormir la nuit !” »

La crise sanitaire a beau épargner le sud des Landes, ces temps-ci, tout le monde lui pose la même question : « Il y a beaucoup de morts de la Covid-19 ici ? » Clément sourit :

« Ici on est tranquille. Je discutais avec un mec de Saint-Étienne qui est croque-mort là-bas, c’est n’importe quoi. Moi j’en ai fait une poignée depuis le début de l’épidémie. Quand on fait des interventions “Covid”, on a une grosse combinaison. Impossible de le choper. On nous dit que quelqu’un est contagieux jusqu’à 48 heures après le décès. Mais personne ne sait vraiment. Ce qui change le plus, ce sont les cérémonies, limitées à 50% de la capacité de l’église. Mais personne ne respecte vraiment… »

« Je peux faire des trucs assez trash »

Son rapport à la mort a forcément changé. Surtout quand on sait que Clément et ses 10 collègues peuvent prendre en charge 40 décès en une semaine. « Quand tu es croque-mort, t’es obligé de te détacher. » Clément s’est ainsi créé une carapace, une « protection » qui le rend insensible à ce qu’il voit au quotidien, faite en partie d’humour noir.

« Demain je vais devoir porter un mec de 160 kilos, avec le cercueil ça fait 200. Il ne faut pas que je me couche trop tard ce soir », plaisante-t-il en caressant son chat.

Une semaine par mois, Clément est « de garde ». Le téléphone du boulot peut sonner à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Au bout du fil, son collègue « assistant funéraire » l’informe des personnes décédées à aller chercher. Au moment de partir, il ne sait jamais ce qui l’attend.

« Je peux faire des trucs assez “trash”, aller chercher des morts sur la route, des suicidés… Quand j’en parle, c’est bizarre, mais on me dit que je n’ai pas de sentiments. La seule chose qui me fait peur, c’est de me dire qu’à tout moment je peux trouver un copain. » 

Un jour, Clément a été appelé pour aller chercher le corps d’un homme de son âge.

« Pas vraiment un copain mais un mec avec qui j’ai grandi. Je suis allé le chercher… Mort. Ça fait bizarre c’est sûr. Mais quand je suis dans le boulot, je suis dans le boulot. »

« Je ne passe pas mes journées à faire des enterrements »

Clément aime son métier. Ou plutôt, il aime le fait que ses journées ne se ressemblent pas.

« On ne commence jamais à la même heure, on ne finit jamais à la même heure, on ne va jamais aux mêmes endroits… J’ai horreur de la routine. Je ne passe pas mes journées à faire des enterrements. Les gens ne se rendent pas compte. Parfois je fais des travaux dans les cimetières, je creuse des trous, j’ouvre des caveaux… On a aussi une boutique de fleurs alors parfois je vais dans la forêt, cueillir de l’arbousier par exemple. »

Dans le futur, Clément se verrait bien à son compte. Dans un endroit où il n’y a pas ou peu de concurrence. D’ici là, il savoure sa vie dans sa ville, avec sa bande de potes, son coloc et son duplex de 75 m2 à quelques mètres des plages. Le croque-mort n’a pas encore fait de supplique pour y être enterré.

Nelio Da Silva

Le porte-monnaie de Clément

Revenus : 2000€ par mois 

  • Salaire : 1650€ nets en moyenne
  • Colocation : 250€. Clément a acheté son appartement en 2019.

« Je ne vais jamais gagner la même chose d’un mois à l’autre. Je fais tout le temps des heures sup. Ça dépend aussi combien de semaines de garde je fais. Au maximum, j’ai dû me faire 2000 euros dans le mois. »

Dépenses fixes : 905€ par mois 

  • Charges (électricité, eau, TEOM) : 83€ en moyenne
  • Assurance logement : 20€
  • Taxe foncière : 565€ par an, soit 47€ par mois  
  • Responsabilité civile : 7€
  • Protection juridique : 8€
  • Crédit : 480€. Clément a souscrit un prêt immobilier en 2019. Il remboursera cette somme jusqu’en 2034.
  • Internet : 10€
  • Voiture : leasing de 250€ par mois
  • Assurance voiture : 54€ par mois

Dépenses variables : 1020€ par mois 

  • Essence : 60€
  • Sorties : 450€

Le reconfinement puis le couvre-feu diminuent forcément ces dépenses même s’il concède retrouver ses potes dès qu’il en a l’occasion, et aime se faire plaisir auprès des bonnes tables comme des fast-food .

  • Vacances : en moyenne 80€ par mois 

Avec l’épidémie, Clément n’a pas prévu son prochain voyage, mais a quelques destinations en tête : Bali, Thaïlande, Croatie… Il épargne pour pouvoir partir avec sa copine.

  • Alimentation : en moyenne 200€

Il partage une partie des frais avec son colocataire

Restaurants : environ 150€.

  • Habillement : 50€
  • Coiffeur : 20€
  • Cadeaux : 60€
  • Épargne : environ 100€ par mois
L'AUTEUR
EFJ
EFJ
Les articles des étudiants de l'EFJ Bordeaux, l'école française de journalisme, en immersion à Rue89 Bordeaux.

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