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La Gironde est encore le département français le plus friand de pesticides
Ecologie 

La Gironde est encore le département français le plus friand de pesticides

par Simon Barthélémy.
Publié le 12 mars 2021.
Imprimé le 20 septembre 2021 à 16:46
1 007 visites. 2 commentaires.

La Gironde est en tête du classement des achats de produits phytosanitaires par département, établi par Générations Futures sur la base de données publiques. L’association s’inquiète de l’utilisation « à grande échelle » de pesticides à la dangerosité avérée comme le glyphosate, le folpel ou le mancozebe.

Cinq ans après l’enquête Cash Investigation qui avait révélé l’ampleur de l’usage des pesticides, la Gironde sent toujours le soufre. Ce fongicide, utilisé contre l’oïdium de la vigne, représente en effet près de la moitié des quelques 3000 tonnes de produits phytosanitaires achetés en 2019 (dernières données disponibles) dans le département.

Cela fait de la Gironde et de son importante surface agricole le plus gros consommateur de pesticides en France, devant la Marne (2800 tonnes) et le Loiret (2200 tonnes), selon Générations Futures, qui a établi son palmarès « Glyph’Awards » à partir du répertoire des données publiques sur l’eau.

« Mais les chiffres bruts ne sont pas représentatifs de la dangerosité des produits, précise Cyril Giraud, représentant à Bordeaux de Générations Futures. Ainsi, le soufre est irritant, et peut être un problème pour les utilisateurs et les riverains, mais il n’est pas connu pour avoir un impact à long terme sur la santé et l’environnement. Comme un grand nombre de pesticides, il est utilisé en bio comme en conventionnel ».

Glyph’ d’argent

Si la Gironde se démarque en tonnage, elle n’est que « Glyph’ d’argent » pour l’utilisation de glyphosate – 185 tonnes, contre 241 en Charente-Maritime. C’est le troisième pesticide le plus utilisé dans le département, après le soufre et un autre fongicide, le fosetyl aluminium (347 tonnes vendues).

« 185 tonnes de glyphosate, c’est loin d’être anodin, reprend Cyril Giraud. Cet herbicide est rémanent dans les sols et pollue les eaux de façon importante. Son produit commercial, le Roundup, contient la substance active et un cocktail de produits chimiques tout aussi toxiques mais tenu secret. Ces données ne sont pas accessibles lorsqu’il faut soigner les gens, ce qui est grave. »

Un épandage de pesticides en Gironde (SB/Rue89 Bordeaux)

Le représentant de Générations Future souligne aussi que 53 tonnes de folpel ont été achetées en 2019. Or ce fongicide classé cancérogène, mutagène et reprotoxique (CMR) est très volatil, se déplace sur de longues distances – sa présence a été mesurée dans l’air à Bordeaux par l’Atmo.

Il relève enfin la vente de 27 tonnes de mancozebe, « tristement célèbre dans l’affaire de Villeneuve de Blaye pour avoir été pointé par l’ARS comme la cause des malaises des enfants ». Ce produit, toxique pour la reproduction, est interdit depuis le 31 janvier par l’Union européenne.

Vent du changement

Le classement des produits écoulés révèle également que les fongicides SDHI sont également prisés en Gironde (2,2 tonnes de fluopyram et 1 tonne de boscalid, ont par exemple été vendues en 2019), alors que la dangerosité de cette famille de molécules interpelle. 450 chercheurs et médecins ont demandé l’an dernier dans une tribune l’interdiction des SDHI.

« Tant qu’on voit ces molécules actives utilisées à grande échelle, ce n’est pas un très bon signal, estime Cyril Giraud. C’est révélateur des contaminations du sol, de l’eau et des airs, et bien sûr des riverains et des professionnels qui utilisent ces produits. Ce sont pour la majorité des ouvriers agricoles qui exécutent ce qu’on leur demande. Certains patrons font ce qu’il faut, respectent les délais de sortie équipent leurs salariés mais on sait que ce n’est malheureusement pas le cas partout. »

Et la « micro-avancée » que constitue les zones de non-traitement n’est pas toujours respectée, pointe le militant de l’ONG :

« En 2020, nous nous sommes plaints à la gendarmerie car un exploitant du Médoc faisait un épandage alors que le vent était trop fort. On a réalisé qu’il n’avait même pas d’anémomètre ! »

Avec ce classement, Générations Futures souhaite pousser au changement de pratiques agricoles. « Pas contre les vignerons et les agriculteurs, mais avec eux car ce sont les premières victimes », selon Cyril Giraud. L’ONG milite aussi pour un changement des procédures opaques d’homologation des pesticides.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, cofondateur de Rue89 Bordeaux

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