Infos et enquêtes à Bordeaux et sa métropole
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Le « défi immense » de l’eau pour des milliers d’habitants de Bordeaux Métropole
Société 

Le « défi immense » de l’eau pour des milliers d’habitants de Bordeaux Métropole

par Simon Barthélémy.
Publié le 22 mars 2021.
Imprimé le 23 avril 2021 à 07:48
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A l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, le collectif Action Bord’eaux, qui regroupe plusieurs associations dont Médecins du monde et France-Libertés, interpelle le président de Bordeaux Métropole sur les difficultés à l’accès à ce bien commun et à l’assainissement pour les 2500 sans-abri et 2000 autres vivant dans les squats et bidonvilles. Il s’inquiète aussi de la sous-utilisation du dispositif Chèque Eau, qui permet aux habitants de la métropole d’alléger leur facture.

En ce 22 mars, Journée Mondiale de l’eau, le collectif Action Bord’Eaux alerte le président de Bordeaux Métropole sur les « défis immenses » de l’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène, alors que la crise sanitaire « met en évidence son importance vitale dans la lutte contre la transmission des maladies ».

Selon les associations qui en font partie (Médecins du Monde Aquitaine, France Libertés Gironde, Coalition Eau…), les 2500 personnes sans domicile fixe et les 2000 vivant dans une centaine de squats et de bidonvilles de l’agglomération rencontrent toutes des difficultés d’accès à l’eau et à l’assainissement.

« Il y a eu de belles avancées depuis 2016, estime Morgan Garcia, coordinateur de la Mission squats de Médecins du Monde. Ainsi, Suez permet désormais aux squatteurs de souscrire un abonnement sans avoir à fournir de titre de propriété. Et sous la présidence de Patrick Bobet, la métropole s’est engagée à mettre l’eau dans tous les lieux informels. Cela s’est accéléré avec la Covid, qui a fait prendre conscience que l’eau est un bien absolument nécessaire contre la pandémie. Mais la situation est toujours critique pour plusieurs sites. »

Latrines dans un squat de la métropole (DR)

Manifest’eau

Ainsi, les squats de Bordeaux Lac ou de la Bache de l’eau ne disposent toujours d’aucun accès à l’eau potable. D’autres bidonvilles de la métropole n’ont qu’un point d’eau pour des centaines de personnes, « bien en deçà des indicateurs du HCR pour les camps de réfugiés et déplacés, qui estime nécessaire un point pour 80 personnes et pas à plus de 100 m », poursuit Morgan Garcia.

En outre, plusieurs sites n’ont pas de toilettes, contraignant leurs occupants à déféquer à l’air libre. Cela peut engendrer « de lourdes conséquences en termes de santé publique (exposition plus forte aux risques épidémiques et aux pathologies dermatologiques et digestives) », et constitue « une grave atteinte à la dignité humaine », selon Action Bord’Eaux.

Les toilettes et douches publiques des Quinconces sont actuellement fermées (SB/Rue89 Bordeaux)

Le collectif souhaite s’entretenir avec Alain Anziani, auquel il demande de signer le Manifest’eau, comme l’a fait son homologue lyonnais. Il presse la métropole de s’appuyer sur le diagnostic technique établi pour 7 des bidonvilles de l’agglo par l’association Solidarités International, et de « développer les infrastructures publiques pour toutes les personnes non raccordées vivant dans la métropole (fontaines, toilettes et bains-douches) ».

« Bordeaux est peut être mieux dotée que certaines communes, mais son taux d’équipement est ridicule si on la compare à d’autres, indique Morgan Garcia. Il y a une fontaine pour 1700 habitants à Paris, contre une pour 4700 à Bordeaux ; une toilette publique pour 2800 à Paris, 3500 à Bordeaux ; et des bains douche pour 4300 à Paris, zéro à Bordeaux ! Imaginez la galère pour rester digne quand on vit à la rue. »

Colère

Vice-présidente de Bordeaux Métropole en charge de l’eau, Sylvie Cassou-Schotte se dit « en colère contre une situation qui ne devrait plus exister chez nous » :

« On essaie petit à petit d’offrir des conditions d’accueil dignes mais on n’y arrive toujours pas parce qu’il y a la Covid et que c’est long de mobiliser tous les services concernés. Il est par endroit techniquement difficile et cher de tirer des réseaux, notamment pour les deux sites squattés du lac, qu’il vaudrait mieux résorber. Il faut de la patience, même si c’est insupportable quand il s’agit d’êtres humains. »

Point d’eau potable dans un squat de Bordeaux, aujourd’hui évacué (SB/Rue89 Bordeaux)

Reconnaissant les efforts entrepris sous la précédente mandature, avec notamment la création de la Mission Squat de la métropole, l’élue rappelle aussi que la situation reste problématique car « les squats ont continué à se développer mais aussi à se déplacer suite aux évacuations successives ».

« Ce n’est qu’en mettant en œuvre des politiques constructives comme les ETI (espaces temporaires d’insertion) qu’on doit y arriver, en étant lus dans la prévention que dans la réparation. On a trop tardé à agir et on est débordés. »

Chèques en bois ?

Alors « des centaines de ménages sont confrontés à des difficultés pour payer leurs factures d’eau », Action Bord’Eaux interpelle aussi la métropole sur l’efficacité du dispositif Chèque Eau, et souhaite que la métropole « mobilise les fonds non-consommés au profit des personnes en situation de précarité ».

Instaurés dans le cadre des expérimentations de tarification sociale, ce « chèque » permet au délégataire du service de l’eau, Suez, d’alléger la facture ou des créances pour les plus modestes, généralement de 100 à 250 euros. L’octroi de l’aide revenant aux 22 centres communaux d’action sociale (CCAS).

« Il y a chaque année un grand décalage entre le budget que l’on vote – 400000 euros – et les montants versés – 66792 euros en 2020, soit 412 dossiers retenus sur 417 instruits, indique Sylvie Cassou-Schotte. Cela veut dire que les demandes instruites sont quasiment toutes satisfaites, mais qu’il y a un vrai problème d’accès aux droits, comme pour d’autres aides sociales non versées. On voit aussi une disproportion entre les communes : ce ne sont pas celles dont les populations seraient les plus concernées où l’aide est la plus sollicitée. »

Sylvie Cassou-Schotte annonce qu’une réunion avec tous les CCAS doit permettre d’identifier les causes de ce problème, et d’y remédier. En attendant la création par la future régie publique de l’eau d’une véritable tarification sociale et progressive – « distinguer le prix de l’eau de la carafe de celui de la piscine, et en fonction des revenus des familles ».

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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