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À Bordeaux, les « rues aux enfants » sonnent la fin de la récré pour les automobilistes
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À Bordeaux, les « rues aux enfants » sonnent la fin de la récré pour les automobilistes

par Victoria Berthet.
Publié le 18 juin 2021.
Imprimé le 06 décembre 2021 à 02:52
11 681 visites. 3 commentaires.

Jeudi 17 juin, la mairie de Bordeaux a inauguré le lancement des « rues aux enfants », devant l’école élementaire Cazemajor, à Nansouty. Sept écoles rentrent ainsi dans un dispositif d' »espace public apaisé et partagé » : aux heures d’entrées et de sorties des classes, des barrières amovibles interdisent l’entrée aux voitures aux abords des écoles.

A 16h30, la journée de classe terminée, c’est un joyeux brouhaha qui s’élève devant l’école élémentaire Cazemajor, dans le quartier Nansouty, à l’angle du cours de l’Yser. Écoliers, cartables sur le dos, vélos et trottinettes se croisent, sans voitures. Dans la volonté d’apaisement urbain, promu par la municipalité, sept écoles du sud de Bordeaux expérimentent le dispositif « rues aux enfants ». L’objectif : piétonniser, aux heures d’entrée et de sorties, les espaces autour des écoles en période scolaire (soit les lundi, mardi, jeudi et vendredi). Des barrières amovibles bloquent l’entrée aux véhicules motorisés pendant ces plages horaires.

Inauguration des « rues aux enfants », jeudi 17 juin, devant l’école Cazamajor (VB/Rue89 Bordeaux)

Un enjeu de santé publique

Fanny Le Boulanger, adjointe au maire à la petite enfance et au quartier Nansouty Saint-Genès, Sylvie Schmitt adjointe au maire en charge de l’éducation, et Didier Jeanjean adjoint au maire à la nature en ville et aux quartiers apaisés, étaient présents pour le lancement. Ce dernier a fait part d’un enjeu qui dépasse l’apaisement des quartiers :

« C’est d’abord une question de santé publique. L’ARS a demandé une étude sur les établissements sensibles accueillant des enfants ou des personnes âgées. Plus de 60 dépassent les normes en particules fines. Nous ne pouvions plus faire comme si nous ne savions pas. »

L’élu évoque aussi une dimension pédagogique et culturelle :

« Un enfant s’éveille pendant le trajet. S’il fait du vélo ou de la marche, il n’est pas endormi à l’arrière de la voiture. Aller à l’école avec ses enfants, c’est aussi prendre le temps d’échanger. C’est le lien familial, mais c’est aussi le lien social. Dans les pays scandinaves ou en Allemagne, par exemple, les enfants vont à l’école seuls. Ici, à cause de la promiscuité entre les passants et les voitures, les parents ont peur. Cela doit changer. »

Les « rues aux enfants » ont aussi pour but d’éviter les voitures de transit, qui passeraient par les rues des écoles pour gagner du temps. Les élus ont rappelé que ce dispositif s’inscrit dans un cadre plus global de déploiement des quartiers apaisés avec, comme principaux outils, la végétalisation et les modes de transports doux.

Sensibilisation

Sa fille dans les bras, une jeune femme attend la sortie de son fils devant l’école :

« Pour les enfants, c’est gage de sécurité. Ils peuvent traverser et jouer dans la rue sans risques. Mes enfants sont trop petits pour venir à l’école seuls, mais ça me rassure pour plus tard. Avant, même avec les ralentisseurs, les gens roulaient vite. »

A l’angle du cours de l’Yser, des employés municipaux, gilets jaunes sur le dos, surveillent. Matthieu et Jeanine font aussi de la sensibilisation pour le lancement :

« Parfois, des automobilistes ne comprennent pas pourquoi ils ne peuvent pas passer. Souvent, avec des applications comme Waze, ils veulent juste éviter les bouchons sur les cours. On leur explique le concept de la rue aux enfants, les gens comprennent. Et puis, ce n’est que 45 minutes deux fois par jour. Le détour à faire n’est pas non plus conséquent. Deux rues plus loin, il y a la possibilité de tourner à droite. »

Des barrières amovibles sont installées par des agents de la municipalité aux heures d’entrées et de sorties (VB/Rue89 Bordeaux)

Emissaires du futur

Malgré tout, quelques riverains récalcitrants ont plus de mal :

« De l’autre côté de la rue, les barrières amovibles ont été déplacées. Nous n’étions pas là, mais on pense que ce sont des habitants des quartiers qui ne voulaient pas faire le tour. Mais globalement, il y a une bonne réception de la part des riverains. »

Dans la démarche d’un urbanisme tactique, les barrières amovibles devraient être pérennisées aux moyens de plots. Depuis le mois de juin, sept écoles, avec l’école élémentaire Cazemajor, expérimentent le dispositif : Yser, Saint Bruno, Solférino, Jacques Prévert, et Albert Le Grand. D’ici 2026, la Ville ambitionne d’étendre les « rues aux enfants » à 80% des écoles bordelaises.

Didier Jeanjean veut ainsi inculquer de bonnes habitudes :

« Les enfants sont nos émissaires pour l’avenir. Dès le plus jeune âge, ce sont eux qui prendront l’habitude d’un comportement vertueux. S’ils prennent l’habitude de développer la marche ou le vélo pour aller à l’école, ils feront certainement pareil, plus tard, pour aller au travail. »

L'AUTEUR
Victoria Berthet
Journaliste, diplômée de l'IJBA. Du terrain, des faits et de la nuance.

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