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Girondins de Bordeaux : la reprise du club, une bombe à retardement pour les contribuables ?
Sport 

Girondins de Bordeaux : la reprise du club, une bombe à retardement pour les contribuables ?

par Simon Barthélémy.
Publié le 25 juin 2021.
Imprimé le 06 décembre 2021 à 02:50
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Le conseil de Bordeaux Métropole a voté ce vendredi 25 juin un échelonnement de la dette due par les Girondins pour le paiement des loyers, passés et à venir, du Matmut Atlantique. Pas question toutefois de baisser leur montant, la Métropole devant rembourser un emprunt de près de 100 millions d’euros pour la construction du stade. D’où le « soulagement » des élus que le club évite le redressement judiciaires, mais aussi leurs inquiétudes sur la solidité du projet de Gérard Lopez, dont la présidence passée du Losc, le club de Lille, interroge.

« Les Girondins étaient au bord du précipice. Leur redescente en D2, voire la perte de leur statut professionnel, aurait été une catastrophe financière majeure, il n’aurait pas pu s’acquitter du loyer du stade, et le patrimoine sportif de toute une région en aurait été durement affecté. »

Ainsi Alain Anzani justifie-t-il ce vendredi matin le soutien apportée par Bordeaux Métropole à Gérard Lopez, le repreneur envisagé par l’actuel actionnaire du FCGB (football club des Girondins de Bordeaux), King Street. Pas une aide directe, mais un rééchelonnement du paiement des loyers en retard dus par le club pour jouer au grand stade, soit 3,4 millions d’euros pour l’année 2020 (déduction faite de la remise de 1,46 million accordée récemment par la métropole) et 2,46 millions pour 2021.

« Il fallait donner un peu d’air frais aux Girondins donc nous avons étalé le remboursement de cette dette, indique le président de Bordeaux Métropole. Le club pourra payer au minimum 10% de celle-ci par an jusqu’en 2025, et les futures échéances seront aussi étalées ».

Dette sur trois ans

Les loyers dus pour les deux prochaines saisons pourront ainsi être réglés en trois annuités, échelonnées sur les trois saisons suivantes, « la première annuité ne pouvant être inférieure à 30% du montant annuel du loyer ». En cas de non respect de ces clauses, l’intégralité des sommes dues deviendrait exigible sans délai, précise la métropole. La proposition a été acceptée par Gérard Lopez, qui n’envisage pas pour l’heure de racheter le stade.

Ainsi, la collectivité intervient dans la reprise du club sans avancer d’argent public, un principe auquel tenait Pierre Hurmic, maire de Bordeaux et premier vice-président de la métropole. Gérard Lopez avait lui demandé à Bordeaux Métropole d’entrer au capital du club, ainsi qu’une grosse réduction du loyer du stade, de 4,8 à 1,2 millions d’euros par an.

« J’ai refusé, affirme le président de la métropole bordelaise. Pas par vision dogmatique ou idéologique mais par l’économie générale du stade Matmut. Il a été construit sur le fondement d’un partenariat public-privé avec une dette de près de 100 millions d’euros contractée principalement auprès de la banque Sumitomo par la collectivité [La mairie de Bordeaux, dette transférée ensuite à la métropole, NDLR]. Son remboursement coûte 4 millions par an. Si on baisse les loyers, nous n’aurons plus de quoi payer la dette et ce sera le contribuable qui paiera en dernier lieu. »

C’est ce qui serait arrivé si les Girondins avaient été placés en redressement judiciaire, un scénario « à éviter à tout prix », selon Pierre Hurmic :

« Toutes les dettes auraient alors été gelées, puis le tribunal de commerce aurait redistribué l’argent restant, d’abord à l’URSSAF et à l’Etat. La Métropole serait venue en fin de course et nous n’aurions pas touché un centime » des 5 millions de dettes des Girondins à son endroit.

« Soulagement » ?

Pour Alain Anziani, c’est un « soulagement », même s’il concède « beaucoup d’interrogations sur la suite ». D’abord, le montage du reprise du club doit encore être validé, mi-juillet, par la DNCG (direction nationale du contrôle de gestion), le gendarme financier du foot.

Or selon L’Equipe, l’homme d’affaires hispano-luxembourgeois aurait besoin pour cela de 50 millions d’euros – 30 millions de pertes attendues pour la saison 2021-2022 et environ 20 millions d’euros prévus dans les comptes pour les ventes de joueurs -, une somme bloquée sur un compte ou garanties par un établissement bancaire. Et il ne disposerait que de 40 millions, croit savoir le quotidien sportif, dont 10 du fonds de solidarité de l’État.

Comme le signalent Les Echos, la DNCG va aussi sans doute mettre son nez dans le « passif lillois » de Gérard Lopez. Il avait racheté le club de Lille en 2017, avant d’être « éjecté du capital par Elliott Management, son créancier, fin 2020 ».

« Durant ce bref actionnariat du club lillois, sa gestion a été pointé du doigt par les commissaires aux comptes, rappelle le quotidien économique. Ces derniers ont fait un signalement à la justice au sujet de “doutes” qui étaient apparus autour du transfert d’un joueur évalué à 81 M€ et qui n’aurait rapporté que 10 M€ au LOSC. Le Procureur de la République a reconnu que l’affaire est en cours d’examen. »

Par ailleurs, Médiacités relaye des infos de l’Equipe « sur de curieux mouvements d’argent (près de 68 millions d’euros sur quatre ans) entre le club et différentes sociétés offshore de Gérard Lopez ».

Foot business

Aussi, « il est prématuré de se réjouir de cette reprise », estime Thomas Cazenave (La République en marche), taclant au passage la sortie de Pierre Hurmic sur la « fin du système du foot business » :

« Le montage de Gérard Lopez va reposer sur beaucoup de dettes, un modèle du foot business tout ce qu’il y a de plus classique. Et King Street va financer la reprise, c’est un scénario à la Visconti qui se dessine : « Il faut que tout change pour que rien ne change [Une fameuse citation du « Guépard », NDLR]. »

King Street et Fortress devraient en effet accompagner le repreneur en souscrivant une dette subordonnée, indiquent Les Echos. L’homme d’affaires devrait aussi bénéficier d’un apport de fonds propres de 5 M€ du Club Scapulaire, un groupement de quelque 250 entreprises bordelaises.

« Gérard Lopez est un entrepreneur plein de dynamisme, dont on connaît le parcours mais nous n’avions pas d’autre solution que celle-ci pour donner une chance aux Girondins de pouvoir survivre, euphémise donc Alain Anziani. M. Lopez m’a fait bonne impression, il connaît parfaitement le foot et ses arcanes, et il connaît son modèle fondé sur l’endettement, cela peut marcher mais nous pouvons avoir une vigilance particulière sur ces différent points. »

Le président de Bordeaux Métropole assure que des réflexions sont en cours sur le modèle économique du club :

« Il y a un gisement de recettes du côté de Fayat et Vinci [réunis dans le consortium SBA qui a construit et exploite le Matmut, NDLR] si les Girondins se substituent à eux pour exploiter le stade. C’est une des voies qui sont explorées. »

Elite à tout prix

Ce billard à trois bandes met donc sur la table deux scénarios, analysait récemment 20 Minutes : le « marseillais », privilégié par la métropole bordelaise, verrait les droits d’exploitation du stade cédé au futur repreneur, comme MacCourt au Vélodrome. « SBA resterait officiellement la société d’exploitation mais concéderait ses droits au nouveau propriétaire des Girondins moyennant finances », selon le quotidien.

Mais une autre option serait catastrophique pour la collectivité : le dépôt de bilan de SBA. Bordeaux Métropole « serait dans l’obligation de reprendre l’exploitation du stade en régie directe sans la redevance annuelle de 4,6 millions d’euros de SBA et avec une reprise du personnel », selon un expert cité par le quotidien gratuit.

« La reprise ne va rien solutionner du tout, tonne donc en séance Philippe Poutou, rappelant ce signalement des commissaires au compte du Losc au parquet. Le risque de redressement judiciaire ne se voit que repoussé avec un tel homme aux manettes. Quand des usines ferment comme Ford on s’en remet, visiblement vous vous en êtes relevés, si les Girondins tombent en 4e division on va s’en remettre et là on pourra discuter d’une nouvelle gouvernance sur des bases sociales saines associant les supporters. »

Mais avec un éléphant blanc paissant près du lac, et coûtant une dizaine de millions d’euros par an aux contribuables. D’où l’agacement d’Alain Anziani, jugeant « inadmissibles » et « diffamant » les propos de l’élu de Bordeaux en luttes.

« Vous enfoncez les portes ouvertes », abonde Pierre Hurmic, rappelant que « quelques élus responsables » n’avaient pas attendu Philippe Poutou pour « voter contre la construction du stade et l’arrivée de King Street ». Le maire souligne aussi « la pression terrible des supporters », plus soucieux que le club reste dans l’élite que de participer à sa gouvernance.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, cofondateur de Rue89 Bordeaux

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