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Régionales en Nouvelle-Aquitaine : des candidats aux petits soins pour la santé ?
Politique 

Régionales en Nouvelle-Aquitaine : des candidats aux petits soins pour la santé ?

par Victoria Berthet.
Publié le 16 juin 2021.
Imprimé le 21 septembre 2021 à 14:09
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Plus d’un an après la pandémie et une gestion de crise disparate selon les territoires, les candidats aux régionales ont (presque) tous une case santé dans leurs programmes. Pourtant, comme en matière de sécurité, la santé n’est pas une compétence directement relative au Conseil régional, mais partagée avec d’autres collectivités. La santé se retrouve reliée à la décentralisation, enjeu abordé par tous les candidats. Deuxième volet de notre série sur les principaux sujets qui ont animé la campagne.

Selon le dernier sondage Ifop réalisé pour La Tribune et Europe 1, la santé se hisse à la première place des préoccupations des néo-aquitains (82% des suffrages) pour ces élections régionales. A l’instar de la sécurité, la Région n’a pas de compétences directes en matière de santé. Les candidats se saisissent de leviers, dont la Région a la gestion, que sont l’aménagement du territoire et la formation. A quatre jours du scrutin, tour d’horizon des propositions des candidats.

Innover

Si un candidat a fait du secteur de la santé la pierre angulaire de son programme, il s’agit bien du président sortant Alain Rousset (PS). Sur le concept du « One Health » (approche pluridisciplinaire des enjeux sanitaires avec la prise en compte des liens entre l’homme, l’environnement et les animaux), les socialistes entendent relier les thématiques environnementales et économiques à celle de la santé. Dans le programme de la gauche, la santé figure ainsi dans le même chapitre que l’environnement.

En effet, selon l’Anses, 60% des maladies humaines infectieuses sont d’origine animales. Face à ces zoonoses, Alain Rousset compte ouvrir une école vétérinaire à Limoges. Au-delà de pallier la pénurie de vétérinaires, cette école (qui devrait voir le jour d’ici 4 ou 5 ans) s’inscrit dans le concept d’une « santé pour tous », prônée par le président sortant. Actuellement, la France compte quatre écoles vétérinaires sur son territoire.

Quand Alain Rousset s’appuie sur le « One Health », Nicolas Thierry (EELV) préfère utiliser le concept « EcoHealth », plus axé sur une étude écosystémique que biomédicale. Dans cette dynamique, un « prix Hippocrate » récompensera les meilleurs initiatives liées à la « santé environnementale ». La tête de liste écologiste nomme ainsi « plan Hippocrate » le chapitre consacré à la santé dans son programme.

Pays de Pasteur

Parmi les éléments de ce plan : la multiplication des maisons de santé, renforcement du soutien au « gérontopôle » de Limoges, faciliter l’accès à la télé médecine dans les zones rurales, soutien aux habitats inter-générationnels. Plus largement, le candidat écologiste promeut la prévention avec la volonté d’engager « une grande campagne de lutte contre la sédentarité », mais aussi le développement de « programmes de recherches interdisciplinaires pour améliorer les soins consacrés en bonne santé ».

En bon sortant, Alain Rousset mentionne les projets déjà mis en place. En effet, en mars 2017, le Conseil régional lançait sa « feuille de route santé » sur la période 2018-2021. Alain Rousset cite ainsi le « gérontopôle », inauguré en décembre 2020 à Limoges. Avec ce centre d’expertise sur le « bien-vieillir », la majorité table sur la silver-économie pour créer des emplois dans le secteur de l’ingénierie et des nouvelles technologies. Lors du débat télévisé du 9 juin dernier, le président sortant a insisté sur le poids de la région en la matière :

« J’ai eu honte, quand la France, pays de Pasteur, n’a pas mis à la disposition des français un vaccin. Il y en avait bien un pourtant [mis au point par Valneva, une start-up nantaise, NDLR]. Ni la banque publique d’investissement ni l’Etat n’ont voulu aider. Résultat : c’est l’Angleterre qui a majoritairement financer le projet. Aujourd’hui, la Région investit modestement dans les biotechnologies, il faut que cela progresse. Un médicament a été trouvé pour résorber le déficit cognitif chez les personnes atteintes de trisomie 21. Un autre médicament pour lutter contre les addictions a aussi été mis au point. »

Souveraineté

Alain Rousset fait ici référence à l’AEF0117. Il s’agit du premier traitement pharmacologique pour lutter contre la dépendance induite par le cannabis. Ce médicament a été élaboré par des chercheurs du Neurocentre Magendie, à Bordeaux, pour lutter contre la dépendance induite par le cannabis.

La question de la souveraineté sur les recherches vaccinales a aussi été abordée par la tête de liste RN, Edwige Diaz, dans une interview accordée à France 3 Nouvelle-Aquitaine, le 29 janvier dernier :

« Un vaccin avait été trouvé en France, mais c’est l’Angleterre qui en profitera en premier. C’est une succession d’erreurs méthodologiques, stratégiques et politiques de la part de ce gouvernement. »

Sans site Internet officiel de campagne, il est cependant difficile de trouver des propositions claires du RN en matière de santé. La liste Force ouvrière quant à elle, représentée par Guillaume Perchet, pointe du doigt des vaccins « rationnés à cause de Big Pharma et de la propriété privée ». L’organisation syndicale plaide en faveur de l’expropriation des laboratoires pharmaceutiques et d’une « réorganisation de ces entreprises sous le contrôle des travailleurs ».

Former

Un point commun figure dans les programmes des candidats aux régionales : il faut former plus de personnels. En effet, la formation du milieu paramédical est une compétence régionale. Dans un live Facebook, Geneviève Darrieussecq, tête de liste LREM, a détaillé ses propositions. La candidate, médecin de formation, est aussi présidente de la Fédération hospitalière de France en Nouvelle-Aquitaine :

« Il faut une action forte sur les centres de formation. Et avant la formation, l’orientation est nécessaire aussi. Concernant les étudiants en médecine en externat, il faut innover. On le sait, le nombre de ces étudiants va croître. Il faut que des stages d’externat puissent être réalisés en dehors des CHU par la création d’antennes locales dans des villes moyennes. »

Du côté de la liste On est là!, menée par Clémence Guetté (LFI), la formation du personnel soignant doit être financée par la Région en « contractualisant l’engagement des personnels formés dans les établissements de soins publics pendant une durée à déterminer ». Autre proposition à retenir du côté de LFI : la création d’un Conseil régional de santé. Ce Conseil serait un « contre-pouvoir » à l’Agence Régionale de Santé (ARS), basé sur le principe de démocratie participative citoyenne. Si les compétences de la Région restent aujourd’hui limitées dans le domaine de la santé, des représentants régionaux siègent à l’ARS et aux Conseils de surveillance des CHU.

Manifestation de soignants en service de réanimation, le 12 mai dernier, devant l’ARS (VB/Rue89 Bordeaux)

La liste EELV, conduite par Nicolas Thierry, promeut la multiplication des contrats de professionnalisation dans le secteur paramédical. Dans la même lignée, Alain Rousset propose la création de logements en colocation « à loyers très modérés » pour encourager les stages d’étudiants en santé sur tout le territoire. Le président sortant, dans la continuité de son mandat, compte également augmenter le nombre d’écoles dans les territoires ruraux. « 30 de plus demain ! », c’est ce que peut lire sur son programme, sans savoir quelle échéance se trouve derrière le mot « demain ».

Lutter contre les déserts médicaux

A droite, la santé figure en deuxième priorité sur le programme de Nicolas Florian (LR), après la sécurité. A l’instar des autres listes, qui ont fait du désenclavement du territoire une litanie, la droite souhaite améliorer l’accès aux soins en accélérant la création de maison de santé et en déployant la télémédecine dans ces dernières.

Une idée partagée par Geneviève Darrieussecq, tête de la liste LREM :

« Il est nécessaire de déployer de la télémédecine dans un environnement médical avec du très haut débit et du personnel qualifié. La télémédecine ne devrait pas seulement concerner les médecins généralistes, mais aussi les spécialistes. On sait aujourd’hui que la plupart des spécialistes sont concentrés dans les grandes agglomérations et ne sont pas facilement accessibles à l’ensemble des néo-aquitains. »

Clémence Guetté (LFI) propose, quant à elle, la création de « centres de santé » avec du personnel public. Ces structures se veulent une alternative aux actuelles maisons de santé « qui ne font que rassembler et faciliter l’installation d’activités libérales et lucratives ».

En novembre 2020, Le Guide de la santé a mené une enquête sur les déserts médicaux français. En Nouvelle-Aquitaine, 3% des communes sont considérées comme des déserts médicaux. Le département des Pyrénées-Atlantiques est le plus impacté (40 communes sur 547).

L'AUTEUR
Victoria Berthet
Étudiante à l'IJBA, en alternance à Rue89 Bordeaux. Du terrain, des faits et de la nuance.

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