Le 25 mars dernier, un détenu au centre de rétention administrative (CRA) de Bordeaux s’est donné la mort en ingurgitant des somnifères et anxyolitiques. Ce suicide fait suite à une dizaine de tentatives enregistrées en 2020, et a entraîné de nouvelles grèves de la faim des personnes enfermées au CRA.
Au printemps, plusieurs d’entre elles se sont également volontairement mutilées pour échapper au sous-sol du commissariat de Mériadeck. « De la simulation » pour une majorité de ces actes afin « d’échapper à une expulsion ou à un prolongement de leur rétention », lâche la directrice de la police aux frontières, Valérie Maureille, interrogée par Libération.
Dans une enquête édifiante parue ce lundi 23 août (accès abonnés), le quotidien dépeint pourtant les conditions de vie déplorables des étrangers retenus à Bordeaux. Régulièrement dénoncées par la Cimade ou les élus qui visitent parfois le plus petit CRA de France – 20 places, ramené à 14 depuis l’épidémie -, elle nourrissent le mal-être des personnes privées de liberté parfois sans raison autre que leur situation irrégulière. La majorité d’entre elles sont d’ailleurs ensuite relâchées sur ordre de la justice.
Pauline Achard (qui collabore également à Rue89 Bordeaux) et Eva Fonteneau énumèrent et décryptent les entraves au droit – arrestations au faciès, retenus n’ayant pas accès à leurs dossiers dans leur langue, ou ne bénéficiant pas de l’assistance d’un interprète… – et atteintes à la dignité, qui sont monnaie courante à Mériadeck.
Violences
Le quotidien relève ainsi l’augmentation des témoignages de violences physiques et verbales, ouvertement racistes, mettant en cause des agents de police. Et il souligne la prise en charge médicale défaillante :
« Bien que la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Dominique Simonnot, préconise depuis 2019 une permanence psychiatrique, les retenus du CRA ne bénéficient que d’une unité médicale restreinte » – deux infirmiers et un médecin généraliste qui vient environ trois fois par semaine – et « surmenée », qui recourt seulement à la « camisole chimique », « pour faire face à l’absence de repères, au stress ou aux troubles du sommeil des retenus ».
Les journalistes évoquent aussi le cas d’un retenu probablement atteint d’une maladie contagieuse nécessitant son isolement et qui, malgré les recommandations de cinq médecins, n’a pas été conduit au CHU « faute d’escorte » policière mais transféré comme beaucoup d’autres au CRA d’Hendaye. La promiscuité et l’absence de possibilité d’isoler les retenus a d’ailleurs créé un cluster en novembre dernier.
Malgré l’appel à fermer les CRA par la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, la métropole bordelaise pourrait prochainement ouvrir un nouveau centre de 140 places.
Une enquête à retrouver sur le site Libération.fr
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