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Laurie, infirmière en réanimation à 1747€ « largement mérités » par mois
Société 

Laurie, infirmière en réanimation à 1747€ « largement mérités » par mois

par EFJ.
Publié le 3 novembre 2021.
Imprimé le 07 octobre 2022 à 16:59
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Laurie Delcambre a commencé sa carrière d’infirmière en réanimation au cours du premier confinement. À 21 ans, la jeune femme découvre le métier à l’hôpital Saint-André de Bordeaux. Pour Rue89 Bordeaux, elle passe son porte-monnaie au rayon X, la rubrique ranimée par les étudiants de l’EFJ, l’école du nouveau journalisme.

Il est 21 h, Laurie Delcambre pousse la porte de son appartement rue Sainte-Catherine. Exténuée, imprégnée d’une odeur de Bétadine. Après trois ans d’école d’infirmière à Brive-la-Gaillarde, la Corrézienne décroche son diplôme et un emploi dans le service de réanimation de l’hôpital Saint-André de Bordeaux, qui comporte huit lits. « On est débordé par les cas de Covid-19, encore aujourd’hui. »

Avec ses 1747€ par mois, Laurie « vit bien » : « Je ne me prive pas puisque je vis avec mon copain et que les coûts sont divisés pas deux. » Encore étudiante pendant les premières vagues de l’épidémie, elle n’a pas bénéficié de la « prime covid » de 500 à 1500€ versée aux soignants en juin dernier. Mais depuis le mois d’octobre, les médicaux et paramédicaux ont obtenu une revalorisation de 183 euros.

« C’est vraiment top mais c’est dommage que l’Etat s’en soit rendu compte à cause du Covid. Pendant cette épidémie, les paramédicaux et médicaux ont vraiment donné leur vie pour être à l’hôpital le plus possible. Ils ont donné de leur personne et c’est largement mérité. »

Moment de doute

La réanimation était son premier choix. Son service est d’ordinaire dédié aux cancers hématologiques.

« Quand j’ai commencé, le virus était encore inconnu et j’ai eu un moment de doute. J’avais peur de contaminer mes proches. Avec la pneumologie, c’est le service où l’on croise le plus de cas de Covid-19. »

La Covid est devenue son quotidien pour le meilleur et pour le pire.

« À cause de ce virus, ce n’est pas de la vraie réanimation comme j’aurais aimé la pratiquer », déclare-t-elle avant d’ajouter : «La vraie réanimation, sur le plan technique, c’est quand il y a une ou plusieurs défaillances vitales chez une personne. On peut aussi faire de la réanimation pour des problèmes un peu moins grave. »

Actuellement, « se lever tous les matins pour voir dix personnes atteintes de la Covid-19 dans les lits » commence à atteindre son moral. Dans les prochaines années, la néo-Bordelaise envisage de se réorienter en pédiatrie.

Laurie Delcambre (DR)

Les personnels soignants pointés du doigt

Nostalgique, Laurie se souvient encore des applaudissements de 20h qui éclataient aux fenêtres au cours du premier confinement… Les critiques qu’elle entend aujourd’hui sur les soignants qui refusent de se faire vacciner lui font « mal au cœur » :

« On nous demande de nous faire vacciner pour continuer à exercer nos fonctions pour qu’au final des personnes non-vaccinées arrivent en réanimation à cause de la Covid-19. Certes nous sommes protégés mais on a été obligé de le faire. À l’inverse on soigne des gens qui n’y ont pas été obligés, se retrouvent gravement malades et nous exposent. »

Elle déplore aussi le comportement des antivax : « C’est triste de se lever le samedi matin pour soigner les mêmes personnes qui manifestaient deux semaines plus tôt devant l’hôpital. »

« Mon premier décès était choquant »

Au quotidien, Laurie est confrontée à la mort sans y avoir été vraiment préparée. Dans le cadre de sa première année d’étude, elle a pu voir une personne décédée en EHPAD, mais en était « restée très loin ». Encore aide-soignante en pleine première vague, elle se rappelle très bien de son premier cadavre : 

« Franchement c’est très impressionnant, ça choque, j’avais le souffle coupé, les yeux de cette personne étaient encore ouverts et j’entendais encore son dernier souffle. Comme une sorte de râle. C’était vraiment très perturbant. »

Ressassant ce mauvais souvenir, la jeune femme s’allume une cigarette en regardant des photos accrochées au mur. Avant de passer à autre chose quand son compagnon, de retour du travail, ne lui propose une soirée sushis : « On mangera devant Danse avec les Stars », lance-t-elle.

Baptiste Retter

Le porte-monnaie de Laurie

Revenus : 1747€ net par mois en salaire

Dépenses fixes : 678€ par mois

  • Logement : 280€

« Je vis avec mon copain dans un appartement de 30m2. Les 130€ d’APL m’aident à payer ma partie. »

  • Charges (électricité, gaz, eau, chauffage) : 55€
  • Impôt sur le revenu : 173€
  • Abonnement TBM : 20€
  • Assurance voiture : 67€
  • Abonnement internet : 15€
  • Forfait téléphone : 10€
  • Mutuelle nationale hospitalière : 24€
  • Frais bancaire : 3€
  • Abonnement musique et séries : 16€
  • Salle de sport : 15€
  • Train : 30€

« J’essaye de rentrer une à deux fois par mois pour voir ma famille. »

Dépenses variables : 270€

  • Alimentation : 120€

« Hormis les courses, j’essaye de faire un à deux restaurants par mois avec mes copains. »

  • Sortie bar/boite : 40€

« C’est important pour moi de sortir et de voir mes amis autour d’un verre. Ça m’aide à décompresser. »

  • Sortie culture : 10€

« Ce mois-ci je suis allée au zoo de Pessac. C’était super ! »

  • Esthéticienne : 40€
  • Vêtements : 35€
  • Animal de compagnie : 25€

« Depuis quelques semaines, nous venons d’adopter un chaton qui s’appelle Sweetie et ça nous comble de bonheur. »

Épargne : 300€

« Je mets ce que je peux mettre de coté par mois, tout dépend de ce qu’il me reste. »

L'AUTEUR
EFJ
EFJ
Les articles des étudiants de l'EFJ Bordeaux, l'école française de journalisme, en immersion à Rue89 Bordeaux.

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