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LGV Bordeaux-Dax-Toulouse : La Région Nouvelle-Aquitaine vote le financement malgré la colère des élus locaux
Politique 

LGV Bordeaux-Dax-Toulouse : La Région Nouvelle-Aquitaine vote le financement malgré la colère des élus locaux

par Simon Barthélémy.
Publié le 14 décembre 2021.
Imprimé le 28 janvier 2022 à 00:03
1 074 visites. 3 commentaires.

Le conseil régional de Nouvelle-Aquitaine a validé ce lundi son apport de 710 millions d’euros au Grand projet ferroviaire du Sud Ouest, passant outre l’exaspération de nombreux élus de Gironde, du Lot-et-Garonne et des Landes, dont des maires de communes promises à être traversées par les LGV.

Deux salles, deux ambiances ce lundi à l’hôtel de Région de Nouvelle-Aquitaine. Le matin, 200 personnes, dont de nombreux maires et élus (dont les parlementaires Monique de Marco et Loïc Prud’homme) sont venus écharpe tricolore autour du coup exprimer leur « colère ». Ils dénoncent la « gabegie financière » que s’apprête à engager le conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, en validant son plan de financement de GPSO (grand projet ferroviaire du Sud Ouest).

« 14 milliards d’euros pour gagner quelques minutes, c’est insupportable, tonne Raymond Girardi, maire d’Argenton et président de l’association. Cette ligne ne va servir que les deux métropoles, Toulouse et Bordeaux, et vider le Lot-et-Garonne. Alors qu’aujourd’hui, de nombreux habitants de Marmande préfèrent ne plus prendre le train car ils stressent d’arriver en retard au travail à Bordeaux. »

« Doublement pénalisés »

Tandis que des billets de Monopoly pleuvent sur le rassemblement, ces élus dénoncent « le drame » que représentera la LGV pour les communes traversées, à l’instar de Michel Darrouman, maire de Pindères près de Casteljaloux dans le Lot-et-Garonne) :

« 100 hectares de forêt vont être détruits, ainsi que des maisons récemment restaurées. Et notre village va être partagé en deux, on va littéralement voir passer les trains : on va payer pour un TGV qu’il faudra aller prendre à Bordeaux ! »

Ces anti-LGV ne digèrent pas que leurs administrés, entreprises ou particuliers, doivent bientôt s’acquitter de deux impôts (taxe spéciale sur les équipements et taxe sur les bureaux) destinés à financer l’infrastructure.

« Nous sommes doublement pénalisés, estime Bernard Daudet, adjoint au maire d’Escandes. Nous allons payer pour GPSO alors que nos maisons ne vaudront plus rien. Le tiers de notre commune, soit 180 hectares de forêts et de zones humides, plus 14 maisons vont disparaître. On est en plein dans le triangle. »

200 personnes manifestent devant l’hôtel de Région (SB/Rue89 Bordeaux)

Fake news

Cette commune du sud Gironde se retrouve à l’embranchement de GPSO où le tronc commun de la LGV depuis Bordeaux se divisera en deux lignes, l’une à destination de Toulouse et l’autre de Dax. Soit 14 kilomètres de LGV pour un territoire sensible, une zone Natura 2000 traversée par le Ciron et une trentaine de ruisseaux qui se jettent.

Pourtant, l’après-midi, malgré la reconnaissance générale d’un plan financier « bancal », auquel plusieurs contributions manquent à l’appel, les élus du conseil régional ont à la quasi unanimité (groupe écologiste excepté) suivi Alain Rousset sur sa ligne pro-LGV. Ils ont validé à main levée des délibérations présentées aux élus vendredi soir, deux jours avant le vote, et non soumises pour avis au CESER (conseil économique, social et environnemental de la région).

Tout en finançant par ailleurs un site web, www.lgv2030.fr, censé faire la chasse aux « fake news », le président a martelé qu’on ne pas « refaire le match puisque le conseil d’Etat a validé la déclaration d’utilité publique » de GPSO. Il faut voter vite, l’ordonnance de création de l’EPL (établissement public local, qui pilotera la construction des LGV) devant être prise et validée (également par le conseil d’Etat) avant avril prochain.

Au tournant

Et les élus Socialistes, Communistes, Radicaux, Les Républicains, Modem, en Marche ou encore Rassemblement national se sont évertués à en faire les SAV : gains de temps, promesse d’un miracle immobilier voué à alimenter la taxe sur les bureaux, 10000 camions qui ne manqueront pas de prendre le train depuis l’Espagne, report modal massif depuis l’avion ou la voiture, alternatives irréalistes…

Les conseillers régionaux ont dénigré l’étude Claraco, qui leur a été remise par les élus locaux manifestant devant l’hôtel de Région, car ses conclusions auraient été écartées par le rapport de l’école Polytechnique de Lausanne (en fait, ce rapport que Rue89 Bordeaux a lu n’avait pour mission que d’analyser les études existantes, et a constaté qu’une alternative à la LGV n’a jamais été aussi sérieusement travaillée que GPSO).

Certes, les LGV génèrent bien quelques impacts (près de 5000 hectares d’espaces naturels ou forestiers et de terres agricoles détruits)… mais ils seront bien sûr compensés, c’est à dire recréés ailleurs, et trois fois plus grand, les crapauds, loutres, papillons et humains vivant sur le tracé n’ont plus qu’à préparer leurs valises.

De toutes façons, l’infrastructure est « prévue pour durer 100 ans », la nature aura le temps de se refaire une santé d’ici là, estime l’élu bordelais Fabien Robert (Modem), selon lequel le pire ennemi de la région serait « la décroissance, une erreur fondamentale ». La décroissance attend pourtant au tournant les territoires traversés à grande vitesse.

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L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, cofondateur de Rue89 Bordeaux

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