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Patrick Maupin, Mr Greenpeace Bordeaux,  passe doucement la main
Portrait  Série 

Patrick Maupin, Mr Greenpeace Bordeaux, passe doucement la main

par Simon Barthélémy.
Publié le 24 décembre 2021.
Imprimé le 08 août 2022 à 02:49
1 291 visites. 4 commentaires.

Adhérent depuis 31 ans à Greenpeace, Patrick Maupin a longtemps animé son groupe local à Bordeaux, suivant notamment de près le dossier de la centrale nucléaire du Blayais. Ce juriste retraité de la Caisse des dépôts continue toutefois à militer pour l’écologie, entre autres combats. Suite de notre série de portraits « Gueules de bénévoles ».

« Je vais encore faire mon vieux con », prévient fréquemment Patrick Maupin avant de lâcher une anecdote. Il revendique ainsi avec fierté, mais non sans auto-dérision, son côté ancien combattant.

« Je suis soixante-huitard même si en 1968 je n’étais pas sur les barricades ! Mais bon, Laurent Joffrin ou Alain Geismar y étaient, et on voit comment ils ont fini… Mon engagement part de valeurs fondamentales et de principes éprouvés depuis l’adolescence, dont la non-violence nourrie par Thoreau et Mandela, et la fraternité. Quelle que soit notre couleur, notre religion, notre éducation… on vit sur une seule et même planète. »

Tous les militants écolos du coin connaissent sa gouaille et son accent de titi parisien, quoique vivant en Gironde depuis 40 ans. A 71 ans, il est engagé depuis quelques décennies, principalement à Greenpeace, dont il était jusque récemment la figure incontournable à Bordeaux.

Le déclic

Il adhère à l’association écologiste en 1990, dans un contexte de médiatisation croissante de ses combats, notamment contre la chasse à la baleine ou celle aux bébés phoques, « et surtout contre le nucléaire ». Patrick Maupin franchit le pas peu après la catastrophe de Tchernobyl en 1986 et, l’année précédente, le sabotage du Rainbow Warrior, navire avec lequel Greenpeace protestait contre les essais nucléaires français dans le Pacifique.

En 2015, pour le trentième anniversaire de cet évènement, le groupe bordelais de Greenpeace déposera à Darwin une plaque en hommage à Fernando Pereira, photographe portugais tué dans ce sabordage mené par les services secrets français.

« Cela a été le déclic final, confie le militant. Cela m’horripile que des gens censés me représenter au sommet de l’Etat fomentent un attentat contre une association agissant de façon tout à fait légitime et pacifiste, et qu’après cet attentat, ils n’aient même pas la décence et l’honneur d’en accepter la responsabilité. Le tout au nom de la raison d’Etat, inattaquable devant les tribunaux, et symbole de la monarchie républicaine dans laquelle nous vivons. »

Patrick Maupin à son bureau, devant la reproduction d’un tag réalisé par son fils et deux affiches de Woordstock et de la Commune de Paris (SB/Rue89 Bordeaux)

J’aurais voulu être activiiiiste

Son action au sein de l’ONG n’a toutefois pas consisté à s’introduire illégalement dans les centrales nucléaires, à arraisonner des navires de pêche ou à barrer la route à un convoi de déchet radioactif, précise toutefois ce juriste, retraité de la Caisse des dépôts :

« J’aurais pu être activiste mais c’était assez difficile vis à vis de mon travail d’être mobilisé 3 ou 4 jours et de me retrouver en garde à vue. En soutien à des copains jugés à Cherbourg on s’était quand même accrochés devant le tribunal. Greenpeace a aussi mis une échelle sur les grilles de la centrale du Blayais de nuit pour faire croire qu’on était entrés, le jour où des collègues l’avaient fait au Tricastin. Mais nous, on y était pas ! »

Il n’est pas rare en revanche de le croiser dans les manifs déguisé en ours polaire ou enduit de faux pétrole, ou de s’exprimer micro en main. Car Patrick Maupin aime bien communiquer, informer et former les gens, dans le cadre de son boulot comme de son engagement. Une mission dont il s’acquittait notamment pour Greenpeace à la CLIN (commission locale d’information nucléaire) du Blayais, où 9 associations sont représentées, parfois contre vents et marées.

« J’ai le souci d’avoir une information fiable et au bon moment, dans mon boulot comme dans mes activités de citoyen. Il faut aussi être capable de comprendre ce qu’il y a derrière un texte, je suis toujours un peu juriste. Donc parfois un peu chieur. On me reproche aussi parfois de passer trop de temps à expliquer les choses. »

S’impliquer à tous les étages

« Il est très bavard », abonde sa femme Pascale. Et quand il le peut, Patrick Maupin aime bien filer des tuyaux aux médias. Jeune homme, ce fils d’ouvrier, curieux du monde qui l’entoure et grand lecteur de la presse, se voyait d’ailleurs plutôt journaliste que cadre dans un établissement public. Après deux années à la fac de droit, il a ainsi tenté d’entrer au CFJ, une école parisienne de journalisme, sans succès.

« Puis j’ai commencé à bosser et me suis dit qu’en tant que salarié je pourrais tout aussi bien m’intéresser à ce qui se fait ailleurs et m’impliquer en tant que citoyen, membre d’association ou de syndicat. »

Après quelques petits boulots, il intègre en 1972 la préfecture de Paris, puis passe un concours pour entrer au ministère des finances. Il demande alors à être détaché à la Caisse des dépôts, qui, sous l’impulsion du Premier ministre et maire de Bordeaux Jacques Chaban-Delmas, déconcentre en Gironde son service retraites et prévoyance, et cherche des volontaires prêts à déménager.

« Le père de ma femme vivait à Audenge, moi j’avais ma grand-mère et de la famille à Pau, ça nous rapprochait. On vivait en outre à 30 kilomètres de Paris, avec un premier fils de 2 ans et demi et un nouveau-né. Cela nous offrait un autre cadre de vie. »

Patrick Maupin avant et après (SB/Rue89 Bordeaux)

Une ONG trop verticale

Installé en Gironde, Patrick Maupin s’implique à tous les étages. Ses compétences de juriste ont aussi servi à Greenpeace, puisqu’il a participé à la refonte des statuts de l’ONG, afin de créer des groupes locaux en son sein. Celui de Bordeaux compte une trentaine de militants actifs.

« Mais le fonctionnement hyper vertical de Greenpeace me pèse, confie Patrick Maupin, qui a récemment transmis ses responsabilités dans l’association. Les groupes locaux n’ont pas d’autonomie financière et juridique, ils dépendent directement de Paris, où il faut demander l’autorisation quand on souhaite lancer une action locale, ou participer à un évènement militant qui n’est pas organisé par Greenpeace. Et on n’a pas de permanents locaux salariés, or en tant que bénévoles on ne peut pas répondre à toutes les sollicitations. »

En tant que salarié, le cadre de la CDC était membre de la CFDT – « une des premières centrales à parler d’autogestion ou d’égalité entre hommes et femmes, un aspect global et transversal qui me parlait ». Puis, désapprouvant le virage gestionnaire de son syndicat, il est passé chez Sud après les grandes grèves de 1995.

En tant que père de famille, il ne se contentait pas de déposer ses fils à leurs activités sportives, mais filait un coup de main aux clubs de foot et de baskets, et rédigeait leurs compte-rendus de matchs pour Sud Ouest. Et quand Patrick Maupin a adhéré à Enercoop, l’entreprise de fourniture d’électricité vraiment verte, il est aussi entré au conseil d’administration de la coopérative.

Cet abonné de la première heure à Politis, qui fait partie depuis 2007 de l’association des lecteurs de ce « journal de gauche non partisan, écolo et féministe », et aussi devenu secrétaire de celle-ci. Ces dernières semaines, il relaye activement la campagne de financement pour sauver (à nouveau) l’hebdomadaire, en quête de 500000 euros.

Libertaire, chérie

Il n’y a guère que la politique à laquelle Patrick Maupin n’a guère touché. Une seule fois candidat sur une liste écolo pour les municipales à Parempuyre, en 1995, il a décliné une invitation à figurer sur la liste EELV aux régionales en 2015. Et les vagues vertes aux dernières élections n’ont pas fait changer d’avis le bonhomme, qui n’aime pas trop les querelles d’appareil et se revendique plutôt libertaire.

Cela ne l’empêche pas néanmoins, depuis son appartement à Mérignac, où pendant les vacances scolaires il garde ses petits-enfants, de donner encore beaucoup de son temps à diverses œuvres.

« Un peu trop, râle Pascale, ce qu’il enlève d’un coté il le prend de l’autre, ce sont des vases communicants ».

Par exemple, s’il est toujours membre de Greenpeace, le jeune retraité a transmis à d’autres bénévoles l’animation du groupe local… tout en adhérant à la Sepanso, l’association aquitaine de défense de l’environnement, qu’il va désormais représenter à la CLIN. Bref, Patrick Maupin n’a pas encore tout à fait passé la main.

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L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, cofondateur de Rue89 Bordeaux

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