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« Contre le virus Blanquer, tous solidaires » : 3000 Bordelais soutiennent la grève dans l’Éducation nationale
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« Contre le virus Blanquer, tous solidaires » : 3000 Bordelais soutiennent la grève dans l’Éducation nationale

par Victoria Berthet.
Publié le 13 janvier 2022.
Imprimé le 16 janvier 2022 à 20:16
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Jeudi 13 janvier, à l’appel d’une intersyndicale, 3 000 personnes se sont rassemblées à Bordeaux, en soutien aux grévistes très nombreux dans l’Académie. Enseignants, parents d’élèves, animateurs périscolaires, infirmières scolaires : ils dénoncent la politique sanitaire du gouvernement dans les écoles et expriment un épuisement général face à un protocole qui varie du jour au lendemain.

« On ne fait pas grève contre le virus », assure une enseignante du primaire, en référence aux propos tenus par Jean-Michel Blanquer, à l’annonce du grève nationale lancée par la majorité des syndicats enseignants, avec le soutien de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE). Comme elle, ils étaient 3 000, selon les organisateurs (1 900 d’après la préfecture), à se réunir place de la Victoire à 12h, jeudi 13 janvier, pour une manifestation qui s’est terminée devant le rectorat.

D’après l’Académie de Bordeaux, le taux de participation au mouvement de grève s’élevait à 31,20%, enseignements primaire et secondaire confondus. Le Snuipp-FSU, syndicat majoritaire du premier degré, revendique, lui, une participation de 75%. Ce dernier réclame, notamment, le retour des fermetures de classe dès le premier cas positif détecté, l’équipement des élèves en masques chirurgicaux, en FFP2 pour le personnel…

Mépris

Philippe Eymat, enseignant dans l’ensemble scolaire Saint-Elme à Arcachon, est le secrétaire général de la Fep CFDT en Gironde, premier syndicat dans l’enseignement privé :

« Il y a une lassitude, autant du côté du corps enseignant que des parents d’élèves. Depuis la rentrée des vacances de Noël, le protocole a été modifié quatre fois. Il y a une doxa de laisser les écoles ouvertes. Sauf qu’il n’y aucune anticipation dans les changements du protocole, ce qui ne garantit pas des conditions de sécurité dans les écoles. »

Une enseignant dans une école privée primaire à Bordeaux manifeste, elle, pour la première fois :

« Trois classes sur six sont fermées actuellement. Deux professeurs ont le Covid, une autre est malade. Il n’y a pas de remplaçants. C’est un poids pour les parents qui doivent se débrouiller pour les faire garder. La continuité pédagogique n’est pas assurée. »

Accompagnée de deux autres collègues de la même école, la jeune femme déplore également le fait « d’apprendre les changements de protocole en allumant sa télé », symptomatique selon elle, d’un « mépris constant du ministère qui est loin de la réalité du terrain ».

Rassemblement devant le rectorat, jeudi 13 janvier (VB/Rue89 Bordeaux)

« On fait de la garderie »

La galère des parents

Fait rare dans les mouvements de grève, la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) s’est joint aux syndicats enseignants pour inciter les parents à ne pas mettre leurs enfants à l’école jeudi 13 janvier.

En première ligne face aux changements de protocole, la principale fédération des parents d’élèves dénonce un manque de visibilité constant sur les mesures. Invitée de France Bleu Gironde, Stéphanie Anfray présidente de la FCPE Gironde, s’est prononcée en faveur de la « multiplication des tests salivaires dans les écoles ».

La FCPE demande également « plus de moyens » pour « installer des capteurs de CO2, des purificateurs d’air ». À l’instar des syndicats enseignants, les parents d’élèves plus de moyens fléchée vers les effectifs de professeurs remplaçants.

Sur les grilles de l’hôtel de Poissac, non loin du rectorat, des masques avec l’inscription « Blanquer démission » sont accrochés par des manifestants. Parmi eux, un professeur de techno dans un collège de Floirac :

« Ce sont les masques qu’on reçoit dans les casiers. Pas des FFP2 ou des chirurgicaux, mais des masques en tissu. Ce sont des masques que les soignants ne peuvent pas porter. Ça veut bien dire que ça ne protège pas. C’est du mercurochrome sur une jambe de bois. »

Il est rejoint par une collègue, professeure d’anglais dans le même collège :

« Il y a beaucoup d’absents. Hier, dans une classe de 30, j’avais quatre absents, et 15 dans une autre. Il suffit qu’il y a un cas positif pour que les absences s’enchaînent. Désormais c’est devenu tabou de fermer des classes. Mais quand plus de la moitié d’une classe est absente, on ne fait pas cours, on fait de la garderie. »

À l’instar d’autres enseignants et personnels éducatifs mobilisés ce jeudi, ces deux professeurs dénoncent la politique globale du gouvernement envers l’Éducation nationale. Ils déplorent un « vivier manquant » du côté des professeurs remplaçants et le recours à des contractuels pour pallier le manque d’effectifs.

Des masques en tissu distribués aux enseignants (VB/Rue89 Bordeaux)

Syndicats reçus à Matignon

Dans le cortège, Sébastien, enseignant en primaire à Floirac, est venu accompagné de sa fille. Syndiqué au Snuipp-FSU, il dresse le constat d’un protocole sanitaire difficile à suivre et qui ne protège pas :

« Les enfants ne sont pas à risques face au virus. Je suis pour qu’il n’y ait plus de protocoles dans les écoles, avec des ajustements, bien sûr, pour les enseignants qui seraient susceptibles de faire des formes graves. Mais pour ça, il faudrait que les enseignants puissent avoir des FFP2. »

Une autre enseignante, syndiquée UNSA éducation, témoigne de « situations ubuesques » :

« Je suis institutrice. Deux semaines avant les vacances de Noël, un cas positif a été détecté dans une classe. La classe ferme, les enfants se font tester. Quand ils reviennent la semaine suivante, il y a 8 cas positifs parmi eux. »

Au 6 janvier, l’Académie de Bordeaux recensait 320 classes fermées, plus de 1 700 cas positifs chez les élèves et 130 au sein du personnel. En fin de manifestation, devant le rectorat les syndicats ont assuré qu’ils ne « lâcheraient rien ». Face à l’ampleur du mouvement national, le Premier ministre Jean Castex devait, lui, recevoir les syndicats en fin de journée.

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L'AUTEUR
Victoria Berthet
Journaliste, diplômée de l'IJBA. Du terrain, des faits et de la nuance.

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