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Dramane, réfugié guinéen, aux portes d’une sélection en équipe de France handifoot
Portrait 

Dramane, réfugié guinéen, aux portes d’une sélection en équipe de France handifoot

par Walid Salem.
Publié le 2 avril 2022.
Imprimé le 05 juillet 2022 à 07:45
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Après la mort de son père en 2015, Dramane, 15 ans, quitte la Guinée pour le Maroc. Amputé d’une jambe après une blessure au foot, il traverse une partie du désert mauritanien en béquilles. Arrivé sur le sol français en 2019, il est repéré pour la sélection nationale française de handifoot. Son portrait inaugure notre série « Bordeaux à bras ouverts » dans le cadre de la programmation Bienvenue, qui démarre ce samedi 2 avril en Gironde.

Dans le quartier Bolibana de la ville de Siguiri où il est né, au nord de la Guinée-Conakry, Dramane n’avait vu aucun match de foot international à la télé. Il ne savait pas à quoi ressemblaient Zidane, Messie, Neymar ou Ronaldo. Le business autour de ce sport, les salaires démesurés des joueurs, les coûts pharaoniques des transferts… Dramane ne connaissait pas.

« Tout le monde parlait foot, se souvient-il. Tout le monde parlait des scores, des joueurs, des championnats, des matches des compétitions internationales ou de coupe du monde, mais personne n’avait la télé dans mon quartier. »

Siguiri

Pour un jeune à Bolibana, « le foot c’est pour jouer », passer le temps. Le jeune Dramane était un peu plus doué que certains et il avait sa place dans un club de quartier, avec les moins de 13 ans. Entre amour du sport et fierté personnelle, lui qui venait de connaître la mort de son père en 2015, il était de tous les matches. Et notamment de ce tournoi entre clubs du quartier où sa vie a basculé sur un tacle : fracture ouverte du tibia et du péroné.

« Ma mère n’avait pas les moyens de m’emmener à l’hôpital, raconte-t-il. Elle a fait appel à un médecin traditionnel local qui soigne avec des “secrets“. On m’a tenu les bras en croix plaqué au sol, sans anesthésie, pour me redresser la jambe, aligner les os et tenir le tout avec trois planches en bois et de la boue comme plâtre. Une semaine plus tard, la blessure s’est infectée. »

Des familles aisées avaient fait des dons pour financer son hospitalisation. Pour les médecins, il n’y avait plus rien à faire à part l’amputer. En cette année 2016, toute une vie prenait un nouveau virage. Il se sentait en outre abandonné par sa mère qui a convolé en secondes noces. Démuni, il devait quitter l’école et vivre à la rue.

Maroc

C’est le retour d’un membre de la famille au pays qui lui a ouvert une porte. Venu voir sa mère dans sa nouvelle vie, celle-ci lui a annoncé que Dramane était dans les rues de Siguiri. Son cousin le retrouvait au bout de quelques jours et lui proposait de le suivre au Maroc. « Je ne lui faisais pas confiance parce que je ne le connaissais pas bien », raconte aujourd’hui Dramane qui, encouragé par sa mère, a fini par le suivre.

« Nous avons pris un taxi commun jusqu’au Mali. Et une autre voiture ensuite jusqu’à La Mauritanie. Il fallait ensuite continuer à pieds, avec mes béquilles pour arriver jusqu’à la frontière marocaine. Le voyage a duré trois semaines. »

Arrivés au point de rendez-vous, « quelqu’un nous attendait pour nous transporter dans un foyer où il y avait d’autres migrants », poursuit le jeune guinéen. Toujours en compagnie de son cousin, il y a passé trois mois. Il a fallu ensuite « bouger pour aller dans une ville ». Dramane ne sait plus laquelle.

« Il m’a dit de le suivre, je l’ai fait. Je ne comprenais rien. Après plusieurs jours, on est arrivé sur une plage. Je n’ai pas posé de questions. A 15 ans, on suit, on ne pose pas de questions. Il y avait un groupe, des femmes et des hommes africains. Mon cousin m’a dit d’attendre avec eux parce qu’il voulait chercher à manger. A peine il est parti, des bateaux sont arrivés. C’était des passeurs. On m’a aidé pour monter à bord. J’ai demandé “on va où ?“, on m’a dit “en Europe“. J’ai demandé “c’est quoi ?“, on ne m’a pas répondu. J’ai dit à des gens qu’il fallait attendre mon cousin, personne ne me répondait. Je l’ai dit plus fort plusieurs fois et sinon j’allais descendre. Une femme qui était avec des enfants m’a répondu “tu n’auras pas une deuxième chance“. Je suis resté avec elle. Vingt minutes plus tard en mer, j’ai commencé à vomir. Il y avait 50 personnes sur un petit bateau. Je n’avais aucune idée de ce qu’on faisait. Je ne savais même pas que des gens traversaient la Méditerranée pour aller en Europe. Un bateau de la Croix Rouge est venu vers nous et on a débarqué à Manilva, en Espagne. »

Dramane, au match et à l’entrainement (DR)

Bordeaux

Plus de nouvelles de son cousin. C’est la femme du bateau, Binta, qui s’est alors occupé de Dramane, se présentant comme responsable légale. Il est resté trois semaines avec elle dans un « campo » pour migrants avant de prendre la route pour la France en 2019.

« Elle voulait aller en France. Je l’ai suivie. Elle m’a payé un billet jusqu’à Bayonne. Ensuite, elle voulait aller à Paris et m’a proposé de me rendre à Bordeaux parce qu’il y avait un “hôtel“ pour mineurs. Ce que j’ai fait. Nos routes se sont séparées à Bayonne. J’ai voulu la recontacter, je n’ai pas pu. Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans elle. »

Dramane n’a finalement pas séjourné dans ce foyer pour mineurs non accompagnés, à Eysines, car sa minorité n’a pas été reconnue. Papiers guinéens, test des os, empreintes, avocat, recours… rien n’y a fait. Il a demandé un titre de séjour pour étranger malade et s’est retrouvé à la rue.

« Je me suis dit : “Si c’est pour ça que je suis parti de Guinée, il aurait mieux valu que j’y reste.” »

En janvier 2020, Dramane a rejoint un squat où il a vécu jusqu’au confinement de mars.

Sélection nationale

La crise sanitaire a apporté son lot de bonnes et mauvaises nouvelles. Les nombreux guichets fermés par les confinements n’ont pas simplifié la suite des démarches administratives. Il a toutefois été pris en charge par l’association Médecins sans frontières qui lui permet d’obtenir une prothèse et de séjourner quelques semaines au centre de la Tour de Gassies. Il y a suivi une rééducation jusqu’à sa majorité fin avril 2020, et est passé une deuxième fois dans ce centre après une nouvelle intervention chirurgicale sur son amputation.

De retour dans un squat expulsé en octobre 2020, il est arrêté et en garde à vue durant 24 heures. A sa sortie, il est mis à l’abri pendant plus d’un an dans un autre squat, le Tedhougal, jusqu’à sa fermeture suite à un incendie en février 2021. Après deux mois au Kabako, il est accueilli par une famille d’hébergeurs solidaires à Bègles. De là, Dramane intègre un Institut d’éducation motrice à Eysines, tenu par l’APAHJ (Association Pour Adultes et Jeunes Handicapés) pour une formation professionnelle aux techniques de vente.

Entre temps, Dramane s’est mis à rêver : se remettre au foot.

« J’ai vu sur Youtube des vidéos de match de handifoot et j’ai appris que ça existait. Je me suis renseigné et j’ai trouvé un club à Eysines : l’Etoile sportive eysinaise. »

Le jeune guinéen retrouve sa passion. Après quelques matches en championnat national, il est rapidement repéré par le staff de l’équipe nationale handifoot. Dramane, qui participe à des stages en amont des matchs internationaux, espère aller jusqu’au bout des sélections et obtenir le Graal : la nationalité française.

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
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