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« On ne fait plus du soin, mais de la logistique » : une mobilisation contre le « mode dégradé » aux urgences
Société 

« On ne fait plus du soin, mais de la logistique » : une mobilisation contre le « mode dégradé » aux urgences

par Victoria Berthet.
Publié le 24 mai 2022.
Imprimé le 05 juillet 2022 à 08:51
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Un rassemblement s’est tenu sur le rond-point à l’entrée de l’hôpital Pellegrin, à l’aune de la crise aux urgences. L’intersyndicale dénonce une situation « catastrophique » face au « mode dégradé » mis en place par la direction pour pallier au manque d’effectifs.

Moins d’une semaine après la fermeture partielle des urgences adultes de l’hôpital Pellegrin la nuit, un rassemblement intersyndical (FO, CGT et SUD) s’est tenu sur le rond-point à l’entrée du CHU, ce mardi 24 mai de 9h à 13h. Depuis le 17 mai, à partir de 17h, il n’est en effet plus possible d’accéder librement aux urgences.

Désormais, les patients doivent contacter le 15, en amont, pour être orientés par des médecins régulateurs. Sinon, le « tri » se fait à l’entrée du service jusqu’à 22 heures par un médecin et un soignant chargés d’évaluer les cas plus graves. Un changement que sont parvenus à obtenir les syndicats car, jusqu’à présent, cette tâche était confiée à des bénévoles secouristes de la Protection civile.

16% d’absentéisme aux urgences

Gilbert Mouden, infirmier-anesthésiste, est représentant du personnel Sud Santé Sociaux. Il décrit un « mode dégradé » qui peut s’avérer « risqué » pour la prise en charge des patients :

« Le 15 doit tout gérer. Ce n’est pas évident pour les médecins régulateurs, qui ne peuvent évaluer l’état du patient qu’au travers un appel téléphonique. Nous avons remarqué aussi que les patients viennent aux urgences le matin, une fois la régulation de la nuit passée. Mais si une personne a les symptômes d’un infarctus, par exemple, elle ne peut pas attendre des heures avant d’aller à l’hôpital. »

Nicolas, syndiqué FO, a travaillé comme infirmier aux services des urgences :

« Ce qui arrive aujourd’hui est le résultat d’une impasse politique. Il manque du personnel, les absents ne sont pas remplacés. Il y a 16% d’absentéisme aux urgences aujourd’hui. Des soignants en sont à 800 heures supplémentaires. Pourtant, depuis des années, nous faisons des signalements. »

Rassemblement au rond-point de l’hôpital Pellegrin (VB/Rue89 Bordeaux)

Inquiétudes pour l’été

Ce mardi matin, sur le rond-point du CHU, syndicats et soignants ont déploré les conséquences de politiques publiques sur l’hôpital depuis 20 ans, où le travail est effectué « à la chaîne » du fait de la T2A (tarification à l’activité). Valérie est infirmière au bloc opératoire, depuis cinq ans, à l’hôpital Pellegrin :

« Il y a une grande charge mentale pour les soignants. Même quand on rentre chez nous le soir, on continue à penser au travail. On peut passer d’une unité à l’autre parce qu’il manque quelqu’un, on arrive dans un bloc où on ne connaît pas les médecins. Nous n’avons plus le temps non plus de former des étudiants infirmiers, les condition de travail sont usantes. On ne fait plus du soin, mais de la logistique. »

Comme d’autres, Valérie craint l’arrivée de l’été et son lot de touristes :

« Déjà aujourd’hui, il suffit d’un incident ou d’un imprévu pour qu’un service soit débordé. L’été, où nous recevons plus de patients que d’habitude, ça va être catastrophique. Nous ne sommes pas assez nombreux. »

Au CHU de Bordeaux, les mutations de soignants sont gelées jusqu’à septembre pour « passer le cap » des grandes vacances. Les syndicats, eux, réclament la création de nouveaux postes, qu’il s’agisse de soignants ou d’agents administratifs, et un retour à l’ouverture des urgences 24h/24h.

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L'AUTEUR
Victoria Berthet
Journaliste, diplômée de l'IJBA. Du terrain, des faits et de la nuance.

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